Démotivés. Démoralisés. Découragés. Les étudiants interrogés par La Presse sur l’entrée en vigueur des nouvelles mesures dans les universités en ont gros sur le cœur. D’autant que la session d’hiver sera aussi largement à distance. Ce n’est pas une hypothèse, mais une certitude. « Que vaudra notre diplôme ? », s’inquiètent-ils.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Yasmine Hachemi, 21 ans, termine son baccalauréat en finance à HEC Montréal. Si, en septembre, elle s’accommodait tant bien que mal de l’enseignement à distance, ce n’est plus le cas. Les récentes mesures la dépriment au plus haut point. Non seulement tous ses cours sont en ligne, mais elle a appris que sa prochaine session le sera aussi.

« On commençait à voir la lumière au bout du tunnel, dit-elle. Mais là, ils nous rajoutent encore la session d’hiver à distance. Et dans les messages qu’on reçoit, on ne voit même plus de possibilité que l’université rouvre peut-être dans un an. C’est déprimant ! C’est vraiment déprimant, parce qu’on est démotivés et démoralisés. On attendait juste une bonne nouvelle. Puis là, on nous a encore shut down avec une nouvelle. »

Yasmine Hachemi est catégorique : ses cours à distance ne sont pas d’aussi bonne qualité que ceux en personne.

« Je n’ai pas le même niveau d’apprentissage qu’en présentiel. Je ne peux pas poser des questions, je n’utilise même pas les logiciels comme il faut, énumère-t-elle. On est vraiment juste dans le théorique, moins dans le pratique, pas de discussions. Il y a beaucoup d’habiletés qui sont mises de côté avec l’enseignement à distance. »

C’est vraiment dommage pour les étudiants qui sont en dernière année parce qu’on va se retrouver sur le marché du travail avec une expérience tellement théorique, alors que ce n’était pas ça que HEC nous avait promis. Je me retrouve sans simulations, sans pratiques. Démoralisant, bref.

Yasmine Hachemi, étudiante en finance à HEC Montréal

Et pour coiffer le tout, ses droits de scolarité n’ont pas été réduits.

« Il y a tellement moins de services qui sont offerts que je ne comprends pas comment ça se fait qu’on paye les mêmes montants, déplore-t-elle. On voit sur notre facture ‟Association étudiante ». Mais voyons ! Je n’ai pas de comités, il n’y a pas d’évènements à la cafétéria, il n’y a pas de réseautage, il n’y a absolument rien. Je ne comprends pas qu’il y a un 200 $ de ma facture qui va à une association étudiante, présentement, en pandémie, alors que la seule chose qu’on fait, c’est nos cours en ligne. »

« Je n’ai pas grand-chose à faire ici »

Kysma Mbodje, 22 ans, paye beaucoup plus cher que Yasmine parce qu’il est étudiant international : de 4500 $ à 5000 $ par session. Mais ce qui le dérange le plus, ce n’est pas tant ça que le fait d’être confiné dans son petit appartement montréalais, où il vit seul.

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Kysma Mbodje, étudiant en gestion des opérations, songe sérieusement à rentrer au Sénégal.

« Je pense rentrer au Sénégal après les examens intra, c’est-à-dire pendant la relâche, le 24 octobre, confie-t-il. Le gym, c’était ma seule sortie de la journée, si on peut dire. Finalement, ils ont fermé. Du coup, je pense que je n’ai pas grand-chose à faire ici alors qu’au Sénégal, tout est ouvert. Le port du masque est obligatoire partout et en tout temps, mais les gyms sont ouverts, les restaurants sont ouverts. Donc, je pense sérieusement à rentrer, quoi. »

Kysma songe sérieusement à poursuivre ses cours en gestion des opérations à distance de Dakar, où le décalage horaire avec Montréal est de quatre heures. « Je préfère ça à être seul dans mon appartement ici », dit-il.

Perte de temps

Anne Schafer, 22 ans, a fait une année en design de l’environnement, après des études en commercialisation de la mode, avant d’entrer au baccalauréat en architecture à l’Université de Montréal. « C’est sûr que le fait que je ne peux plus sortir de chez moi, dans mon petit appartement, et ne plus voir d’amis, c’est vraiment démotivant », dit-elle.

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Anne Schafer entame des études en architecture à l’Université de Montréal.

Les profs sont organisés, mais je trouve qu’on a beaucoup de perte de temps à cause des outils comme Zoom, les partages d’écran qui ne fonctionnent pas. On attend tellement longtemps à chaque cours pour que ça fonctionne que ça devient un petit peu décourageant.

Anne Schafer, étudiante en architecture à l’Université de Montréal

Et ce qui l’est encore plus, c’est de savoir que la session d’hiver sera aussi en ligne.

Trop peu trop cher

Cilia Enola, qui poursuit ses études en stratégie de production culturelle et médiatique, au baccalauréat en communication à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), n’a pas l’impression d’en avoir pour son argent.

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Cilia Enola poursuit ses études à l’UQAM.

« C’est sûr qu’il y a de la difficulté un peu à se concentrer, avec les cours en ligne, surtout que je vis avec mon copain qui suit aussi ses cours à distance et qu’on vit dans un petit appartement », explique cette étudiante de 21 ans qui vient d’un village ensoleillé de la Côte d’Azur, Saint-Cyr-sur-Mer.

« Je suis un peu déçue aussi parce que je suis une étudiante internationale et que j’ai l’impression que tout ce charme de vivre et d’étudier à Montréal s’est un peu effacé. Je ne sais plus vraiment ce que je fais ici. Et il y a aussi le fait que je paye 4500 $ par session. Pour des cours en ligne, c’est un peu décevant. C’est un peu démotivant, surtout que des cours de trois heures durent juste une heure trente ; 850 $ pour un cours en ligne, ce n’est pas mérité. »

« Vraiment poche »

À 19 ans, Valérie London entame son baccalauréat en psychologie à l’Université McGill. Déçue ? Le mot est faible. Tous ses cours sont en ligne, la plupart en format asynchrone, ce qui veut dire sans interactions en temps réel avec les profs et les autres étudiants.

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« Je trouve ça vraiment poche », dit Valérie London au sujet de sa session en ligne à l’Université McGill.

L’entrée en vigueur des nouvelles mesures ne changera pas grand-chose à sa vie, mais l’idée de faire sa session d’hiver à distance lui mine encore plus le moral.

« Ça prend énormément de motivation pour regarder une personne parler pendant trois heures sur Zoom, explique-t-elle. Il faut dire que j’ai un déficit d’attention, mais juste écouter des capsules vidéo, c’est difficile. Je voulais vraiment entrer à l’université, mais c’est sûr que je trouve ça vraiment poche. »