(Québec) La censure perturbe « la fonction capitale d’espace de libre débat » des universités, conclut un groupe de travail présidé par le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion.

Patrice Bergeron
La Presse Canadienne

Le volumineux rapport de ce groupe, intitulé L’Université québécoise du futur, a été rendu public lundi et remis à la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann.

« On assiste à un accroissement de la “ rectitude politique ” influençant les discours publics et les débats de société, et imposant des formes de censure, peut-on lire. Ces phénomènes atteignent les universités, dont elles [sic] commencent même à perturber la fonction capitale d’espace de libre débat. »

Plus loin, on peut aussi lire que « la liberté académique peut aussi être menacée dans l’institution même par des groupes internes qui bloquent les échanges d’idées pleinement ouverts en raison de convictions préalables récusant a priori certaines idées, conceptions ou théories ».

Les auteurs du rapport réclament un « énoncé » du gouvernement du Québec qui reconnaîtrait « la liberté académique comme condition nécessaire d’accomplissement […] de la mission universitaire dans les activités de formation, de recherche et de création […] et la protection appropriée des membres de la communauté universitaire ».

Parité homme-femme

Le document recommande aussi aux universités de viser la parité hommes-femmes du corps professoral d’ici à 2030. Actuellement, un peu plus du tiers des corps professoraux des universités est féminin.

« La proportion de femmes dans les corps professoraux à plein temps a progressé de 23,6 % à 37,4 %, mais la zone de parité globale n’est pas encore atteinte », constate-t-on.

À l’opposé, on remarque que la parité est pratiquement atteinte dans les effectifs étudiants, à raison de 1,07 étudiant pour chaque étudiante. Cependant, ce résultat positif est obtenu, écrit-on, en raison des inscriptions au premier cycle. Au deuxième et au troisième cycles, les hommes sont encore largement majoritaires dans l’ensemble.

Questions d’argent

Étonnamment, autant l’accessibilité aux études universitaires a été un débat vif au cours de la crise étudiante de 2012 notamment et de ses lendemains, autant cet enjeu est assez peu présent dans le rapport de plus de 100 pages.

On note seulement quelques lignes, parmi les actions recommandées, soit celle de « viser à abaisser les obstacles financiers limitant l’accès à l’université ».

Toutefois, le rapport réclame un financement accru pour que les établissements d’ici puissent concurrencer ceux d’ailleurs. Il note d’ailleurs que le financement des chercheurs provient de plus en plus en majorité du fédéral et non du Québec.

« Le pourcentage de financement obtenu du gouvernement fédéral augmente constamment depuis 2002, tandis que ceux obtenus du gouvernement du Québec et du secteur privé canadien est à la baisse. »