(Montréal) Après avoir prévu il y a moins de deux semaines que les écoles situées dans des régions qui passent à l'orange limiteraient les activités parascolaires à une seule bulle-classe, Québec change d’avis. Ainsi, dans les écoles, le fait qu’une région hausse le niveau d’alerte du jaune à l'orange ne change strictement rien.

Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Des directives envoyées aux écoles le 11 septembre dernier prévoyaient qu’au palier orange, les projets pédagogiques particuliers et les activités parascolaires, dont les sports, seraient permis à l’intérieur d’une seule bulle-classe. Or, cette règle a été réécrite dimanche.

« Considérant que les écoles ne semblent pas un vecteur de propagation du virus, la Santé publique juge qu’il est souhaitable, pour le moment, de surseoir au rétablissement automatique du groupe-classe fermé dans les zones orange », a écrit Francis Bouchard, attaché de presse du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Ainsi, partout au Québec, les élèves peuvent « jusqu’à nouvel ordre » continuer de fréquenter deux groupes stables dans le cadre d’activités parascolaires, en plus de leur groupe-classe.

Cette décision fait l’affaire de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE).

Je ne cacherai pas qu’administrativement, l’aller-retour [entre les zones jaune et orange] demande une bonne organisation. Il faut retransmettre l’information aux parents, l’expliquer aux élèves. Le fait qu’il n’y ait pas de changement en zone verte, jaune et orange, c’est une bonne nouvelle.

Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement

À la fin d’août, la décision du gouvernement de ne pas permettre le mélange des bulles a soulevé l’ire de parents et d’organisateurs scolaires, qui dénonçaient que des ligues sportives civiles poursuivaient leurs activités tandis que les écoles devaient observer des règles plus strictes. Une manifestation avait même été organisée à Québec. « Je pense que le Ministère a tenu compte des indications de la population », a dit Nicolas Prévost.

Répercussions sur les écoles

C’est une volte-face que ne s’explique pas le directeur général du Collège Jean de la Mennais, Richard Myre. La « multiplication des bulles » a des répercussions directes dans les écoles, qui doivent ensuite vivre avec les cas de coronavirus, déplore-t-il.

« Les écoles subissent les conséquences d’un cas de COVID-19 du sport civil et aussi du sport scolaire », dit M. Myre. Alors que depuis le début de l’année, environ une dizaine d’élèves de son collège de La Prairie étaient chaque jour en attente d’un résultat de test de COVID-19, ce nombre a doublé lundi.

Dans le contexte où les résultats des tests tardent à être livrés, les apprentissages devraient avoir préséance sur les activités parascolaires, estime le directeur général du Collège Jean de la Mennais.

Le président de la FQDE a beau se réjouir de la décision de Québec, il se dit « très inquiet » de la multiplication des cas dans la population. Selon la plus récente mise à jour du gouvernement, il y avait vendredi dernier 334 écoles touchées par au moins un cas de coronavirus, et 235 classes étaient fermées.

En point de presse lundi, le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, a réitéré que les cas dans les écoles « [étaient] associés à des introductions par les contacts sociaux que les enfants peuvent avoir à l’extérieur ». « La transmission active dans les écoles, ce n’est pas significatif », a-t-il ajouté.

Les enseignants, « moins importants » ?

Le Québec est déjà plongé dans une deuxième vague, mais sur le terrain, les enseignants ont l’impression que, pour eux, rien ne change, dit la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

Elle cite le télétravail, encouragé à la grandeur de la province par le gouvernement, mais interdit par certains centres de services scolaires, même quand les enseignants ne sont pas en présence des élèves. « Quand il faut donner du service aux élèves, il faut être là », reconnaît Josée Scalabrini, mais certains centres de services refusent que les enseignants travaillent de la maison lors de journées pédagogiques ou quand ils ont du temps personnel.

La santé et la sécurité des enseignants sont-elles moins importantes que celles de la population en général ? demande-t-elle. Et surtout, qui décide ? « On a le sentiment qu’il y a trois maîtres à bord : le Ministère, la Santé publique et la CNESST », déplore Mme Scalabrini.

L’Université de Montréal « réajuste » ses activités

Parce que le niveau d’alerte est passé à l’orange à Montréal, l’Université de Montréal a décidé d’annuler toutes les activités « para-universitaires » qui étaient prévues sur son campus. Les cours qui doivent se donner en présence des étudiants sont maintenus, et les bibliothèques demeurent ouvertes, mais les salles de classe converties en salles de travail ont été fermées jusqu’à nouvel ordre. L’université conseille « fortement » à son personnel de demeurer en télétravail jusqu’à ce que le niveau d’alerte redescende. À l’Université du Québec à Montréal, on indique que les activités sur les campus ont été restreintes au maximum dès le début de la session.