De nouveaux parcours seront bientôt offerts dans les universités pour mener au brevet ceux qui enseignent dans les écoles primaires de la province sans l’avoir obtenu. Car la pénurie d’enseignants, bien réelle avant la pandémie, risque encore de s’aggraver à la prochaine rentrée scolaire.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

À l’Université de Montréal, on souhaite proposer dès l’automne prochain un programme de maîtrise de 60 crédits qui mènerait au brevet d’enseignement. Actuellement, seul le baccalauréat de 120 crédits offert dans plusieurs universités mène au brevet d’enseignement au préscolaire et au primaire.

« Vraisemblablement, on ne gradue pas suffisamment d’enseignants du 1er cycle avec nos bacs en enseignement primaire et préscolaire, malgré le fait qu’on a beaucoup d’étudiants dans ces programmes-là », dit Josianne Robert, vice-doyenne aux études de premier cycle à la faculté des sciences de l’éducation de l’UdeM.

Depuis les dernières années, des centaines d’enseignants non qualifiés ont obtenu des contrats dans les écoles primaires de la province. Selon le ministère de l’Éducation, en 2018-2019, près de 1765 personnes sans brevet ont obtenu une « tolérance d’engagement » pour enseigner dans le réseau public.

L’Université de Montréal doit d’abord obtenir l’approbation du ministre de l’Éducation pour offrir sa maîtrise menant au brevet. Elle espère l’obtenir d’ici l’automne. Entre-temps, les étudiants qui veulent suivre les cours sont inscrits comme étudiants libres. Ils sont plus de 250 à avoir choisi cette voie, avant même d’avoir la certitude qu’elle mènera au brevet d’enseignement.

C’est aussi un programme que veulent offrir l’Université du Québec à Trois-Rivières et l’Université TELUQ. Elles ont annoncé récemment la création d’un diplôme d’études supérieures spécialisées en éducation préscolaire et enseignement primaire tout en précisant que ce programme « représente une première étape vers l’offre d’une maîtrise qualifiante en éducation préscolaire et en enseignement primaire sur tout le territoire québécois ».

Le ministère de l’Éducation affirme que « oui, ces programmes pourraient mener à un brevet ». À la fin de 2018, les commissions scolaires de la région de Montréal avaient demandé l’aide des universités francophones de l’île pour endiguer la pénurie.

« Le ministre a soutenu l’an dernier le développement de nouveaux parcours universitaires qui mèneront à l’obtention du brevet. L’idée est de diversifier les points d’entrée dans la profession », dit le porte-parole du ministère, Bryan St-Louis. C’est le ministre qui prendra la décision finale, ajoute-t-il.

Bac à temps partiel

À l’Université du Québec à Montréal (UQAM), on a plutôt décidé d’offrir le baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire à temps partiel dès l’automne.

L’UQAM vise d’abord ceux qui travaillent déjà dans les commissions scolaires, mais souhaite admettre « monsieur et madame Tout-le-Monde » dès septembre 2021.

On pense que c’est une bonne solution d’avenir pour aller chercher plus de monde pour le milieu de l’enseignement avec une formation de qualité sans coupure dans le programme. On a eu beau analyser le programme de tous les sens, de passer de 120 crédits à 60 crédits, ça commence à être une coupure importante.

Henri Boudreault, vice-doyen aux études de la faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM

Il ajoute que « la bataille n’est pas de dire quelle université offre la meilleure affaire ». « Une seule université ne peut pas suffire à la demande, la pénurie est là pour un bon bout de temps », ajoute M. Boudreault, qui rappelle qu’une certaine proportion d’enseignants pourraient ne pas être au poste en septembre en raison de la COVID-19.

À l’Université de Montréal, on reconnaît qu’il y « aura toujours des détracteurs » à l’implantation d’un nouveau programme de formation des enseignants, par exemple la maîtrise.

« Il ne faut pas oublier que les exigences aux cycles supérieurs sont plus élevées qu’au baccalauréat et il ne faut pas négliger toute l’expérience de vie que ces gens-là ont. On a développé une formation en alternance, basée sur des expériences terrain. La majorité de ces gens travaillent, ont fait de la suppléance, il ne faut pas négliger ces acquis expérientiels », dit la vice-doyenne Josianne Robert.