« C'est la panique » dans les garderies privées et « la peur » gagne les éducatrices en milieu familial devant les résultats de l'analyse d'impact réalisée par Québec sur le déploiement de la maternelle 4 ans.

TOMMY CHOUINARD LA PRESSE

Selon cette analyse publiée dans La Presse mercredi, l'implantation de ce nouveau programme partout au Québec causerait des pertes de 187 à 385 millions par année, en 2023-2024, aux éducatrices en milieu familial et aux garderies privées non subventionnées en raison d'une baisse de la clientèle. De nombreuses fermetures sont à prévoir.

Des représentants de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ), qui représente des éducatrices en milieu familial notamment, ont interrompu leur rencontre à Montréal pour manifester leur mécontentement devant les bureaux du ministère de la Famille, mercredi après-midi.

« C'est inquiétant ce qui se passe. On représente des femmes qui adorent leur métier, et elles ont peur de perdre leurs enfants. Parce que le gouvernement fait la promotion de la maternelle 4 ans au détriment de notre service. Il dénigre notre métier et justifie la maternelle 4 ans en nous rabaissant », a déploré sa présidente, Valérie Grenon.

Elle fait allusion aux propos tenus la semaine dernière par le premier ministre François Legault à l'effet que les parents d'enfants en difficulté auront bientôt « le choix entre une garderie avec deux tiers d'employés qui sont des techniciens de garde, ou une maternelle à 4 ans, avec des enseignants et toute l'équipe de spécialistes de l'école primaire ». Il ajoutait que « c'est une évidence » que la seconde option est préférable.

« On capote ! » a réagi de son côté la présidente de la Coalition des garderies privées non subventionnées du Québec, Marie-Claude Collin. Elle accuse la Coalition avenir Québec de se contredire, rappelant que le parti vantait le modèle d'affaires des garderies privées il n'y a pas si longtemps. Elle craint maintenant que certaines soient acculées à la faillite. « Il faut être conscient qu'on peut perdre nos maisons là-dedans ! Ça va être l'enfer », a-t-elle affirmé.

Même son de cloche au Regroupement des garderies privées du Québec, qui représente des établissements subventionnés ou non. « C'est la panique. On a vraiment besoin que nos enfants restent dans nos services de garde », a soutenu sa vice-présidente, Julie Plamondon. Selon cette ex-enseignante au primaire, les enfants de 4 ans, « ça ne va pas dans les écoles. Ils ont besoin d'un endroit structuré dans un petit milieu ».

Mme Plamondon s'oppose à l'annonce de mercredi du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe : l'ajout de 2500 places subventionnées, surtout en centres de la petite enfance, et l'accélération du développement de 11 000 autres places promises dans le passé. « Je pense qu'on n'avait pas besoin de ça », a-t-elle dit, soulignant que certains de ses membres ont de la difficulté à combler toutes leurs places.

Le ministre fait valoir quant à lui que 42 000 enfants attendent une place et sont inscrits au guichet unique.

L'Association québécoise des CPE salue l'ajout de places mais elle demeure « hautement préoccupée par les effets de l'implantation du projet des maternelles 4 ans ».

L'autre regroupement de CPE, le Conseil québécois des services de garde éducatifs à l'enfance, accueille favorablement l'annonce mais il invite le ministre à « ne pas créer un surplus de places et un gaspillage d'argent public ».

« Il ne faut pas se leurrer et sauter pieds joints dans cette tentative d'appel au calme et de détournement d'attention », ajoute-t-il. Car « des conséquences désastreuses sont à prévoir » avec la maternelle 4 ans.

L'analyse d'impact conclut que les CPE s'en tireraient sans conséquence. Ils perdraient des enfants au profit de la maternelle 4 ans, mais ces places « seraient comblées par des enfants de 18 à 47 mois provenant des responsables de service de garde en milieu familial et des garderies non subventionnées », peut-on lire dans le document.

Qu'en pense le ministre?

« Le réseau (des services de garde) va changer certainement. C'est juste de dire qu'il y aura des conséquences principalement pour les garderies en milieu familial et les garderies non subventionnées. Je suis en communication avec les associations pour voir comment on peut atténuer ces impacts-là », a dit le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, évoquant la création de postes dans les écoles avec la maternelle 4 ans.