Le gouvernement Legault tente de se raccommoder avec les centres de la petite enfance (CPE) échaudés par le déploiement de la maternelle 4 ans. Il ajoute 2500 places subventionnées, en plus de relancer des projets équivalant à 11 000 places de plus qui sont au point mort depuis des années.

TOMMY CHOUINARD LA PRESSE

« C'est certain qu'il y a des mécontents » dans le réseau en raison de la maternelle 4 ans, « mais mon objectif, c'est de lancer un appel au calme », affirme le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, en entrevue avec La Presse. « On n'abandonne pas les services de garde éducatifs à l'enfance, pas du tout. »

Il en veut pour preuve le plan de développement qu'il présentera aujourd'hui. Il annoncera l'ajout de 2500 places subventionnées - 85 % en CPE et 15 % en garderie privée. Un appel de projets sera lancé bientôt.

Ces 2500 places avaient déjà été autorisées par le Trésor dans le passé, mais elles « dormaient sur les tablettes » de la Famille, selon M. Lacombe. Elles verront le jour d'ici la fin du mandat, a-t-il indiqué. Une fois les places attribuées, les promoteurs devront en effet les concrétiser dans un délai maximal de deux ans. « On s'entend que dans le passé, ça a été pas mal plus long comme délai. »

Tellement long que 11 000 places promises depuis 2011 et 2013 ne se sont jamais concrétisées. « La majorité de ces projets sont à l'étape 0. C'est un problème, c'est inacceptable », soutient le ministre. 

« Je vais signer plus de 300 lettres adressées à chacun des projets pour leur dire que ça doit aller de l'avant et leur demander ce qu'on peut faire pour les aider. »

Dans certains cas, les règles de financement seront assouplies. Québec n'exigera plus que le CPE finance 50 % des coûts d'infrastructures. Pour d'autres projets, des « exigences administratives ou de construction » seront allégées. « On va faire preuve de gros bon sens », résume M. Lacombe.

Il imposera cependant un délai maximal de deux ans pour que les places voient le jour. En cas de défaut, Québec reprendra les places et les réattribuera. « Je n'aurai pas beaucoup de patience pour des projets qui ne se réalisent pas. Quand je parle de patience, je parle de patience envers le Ministère et envers les projets. Si on est exigeant avec les gens qui font une demande de permis, il faut aussi être exigeant envers nous et être capable de livrer la marchandise », affirme le ministre.

« Ménage »

Il convient qu'un « ménage » doit être fait parmi tous ces projets de 11 000 places. Certains d'entre eux « ne sont plus d'actualité parce qu'il n'y a plus de volonté du milieu lui-même de les mettre de l'avant. Dans ces cas-là, d'un commun accord, on va reprendre les places et on va les réattribuer par la suite », explique-t-il. Québec lancera alors des appels de projets ciblés.

Environ 40 fonctionnaires seront affectés à la réalisation du plan de développement de places, précise-t-il.

Mathieu Lacombe demande également à son ministère de revoir le portrait concernant l'offre et la demande de places. « On s'est rendu compte qu'il y avait des données qui n'avaient pas d'affaire là, qui faussaient les résultats et qui nous démontraient qu'il n'y avait pas de besoin de places alors qu'il y en a, des besoins », lance-t-il. Un exemple : 8000 places subventionnées dans les garderies en milieu familial sont comptabilisées en trop. Elles n'existent pas dans les faits. Le ministre demande aux bureaux coordonnateurs de la garde en milieu familial de les donner à des éducatrices intéressées, ce qui s'annonce difficile en raison de la perte de clientèle causée par la maternelle 4 ans (voir onglet suivant).

Environ 42 000 enfants attendent une place et sont inscrits au guichet unique Place 0-5 en ce moment.

L'annonce de Mathieu Lacombe ne comprend pas les 1600 places qui ont été attribuées par son prédécesseur Luc Fortin l'an dernier et qui vont de l'avant comme prévu.

LE RÉSEAU ACTUEL EN CHIFFRES

CPE : 95 881 places (dans 1570 établissements)

Garderies privées subventionnées : 47 108 places (dans 713 garderies)

Services de garde en milieu familial : 91 604 places (dont 8000 qui ne sont pas attribuées) et 12 779 éducatrices

Total de places subventionnées : 234 593

Garderies privées non subventionnées : 69 796 places dans 1275 établissements