S'il fallait une preuve supplémentaire de la pénurie qui touche le secteur de l'éducation, elle se trouvait à l'Université de Montréal, hier, où il y avait pratiquement plus d'employeurs que d'étudiants dans le cadre d'une journée carrière destinée à recruter de futurs enseignants et professionnels.

Publié le 16 janv. 2019
MARIE-EVE MORASSE LA PRESSE

«On peut vous offrir un poste sur-le-champ!» Nathalie Carnevale ne manquait pas d'enthousiasme pour convaincre les futurs enseignants de lui laisser un curriculum vitae. Hier midi, elle tentait de persuader Élisabeth-Anne Gauthier et David Thibault qu'une carrière au Conseil scolaire catholique de Providence, en Ontario, était toute désignée pour eux.

Comme ils n'avaient pas marché jusqu'à son stand, elle s'est avancée pour les rejoindre. Parmi ses arguments massue visant à pourvoir 14 postes permanents, il y avait la météo clémente dans le sud de l'Ontario et le fait qu'après une dizaine d'années de service, un enseignant puisse espérer un salaire qui frôle la centaine de milliers de dollars.

Élisabeth-Anne Gauthier, qui étudie à la maîtrise en littérature, semblait étonnée d'être l'objet de tant d'attention. «J'ai apporté deux copies de mon CV, mais j'aurais peut-être dû en apporter plus...»

Elle n'entendait toutefois pas passer l'entrevue offerte par le Conseil scolaire catholique de Providence aux employés potentiels l'après-midi même. «Je veux essayer éventuellement de me trouver un poste au cégep, mais je suis venue voir les occasions pour acquérir de l'expérience», dit la jeune femme de 23 ans.

Étudiants très demandés

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) semblait elle aussi avoir dépêché plus de représentants qu'il n'en fallait.

«Il y a deux ou trois ans, c'était plein et on avait de la misère à se promener tellement il y avait du monde. Mais comme on fait de gros efforts de recrutement chez les étudiants depuis les dernières années, ils sont déjà presque tous en emploi», dit Alexandre Geoffrion, analyste en ressources humaines à la CSDM et habitué de ce genre de salons.

«Les étudiants savent qu'ils peuvent se trouver un emploi comme ça», poursuit-il en claquant les doigts.

La CSDM mise entre autres sur la flexibilité des horaires pour convaincre les futurs enseignants, orthopédagogues et psychologues d'envisager une carrière chez elle. Presque toutes les universités du Québec sont visitées par ses représentants, mais les sources de recrutement doivent être plus diversifiées que jamais, dit Alexandre Geoffrion.

«On n'a pas le choix de s'adapter. Si on garde les mêmes stratégies que par le passé, on n'y arrive pas. On parle même de faire des missions en Europe pour aller recruter des enseignants ou des professionnels.»

Il a tout de même reçu quelques CV, hier. «On prend tout ce qui passe pour nous aider, pour donner un second souffle aux enseignants.»

À quelques stands de là, la Commission scolaire de Laval (CSDL) faisait le même constat. «Je suis très étonnée du peu de monde. Vous voulez mon hypothèse? Je crois qu'ils font déjà tous de la suppléance, qu'ils sont déjà en action. Je pense qu'ils savent qu'on les attend», dit Bernadette Desmarais, conseillère en insertion professionnelle à la CSDL.

«On essaie toute la créativité possible. Malheureusement, il y a encore des postes non comblés», poursuit-elle.

Mais il est bien connu que le malheur des uns fait le bonheur des autres. «Je ne m'attendais pas à ce qu'on soit autant en demande», s'est enthousiasmée Justine Latulippe, finissante au baccalauréat en orthophonie qui arpentait le salon avec quelques CV en main. Pour elle comme pour les autres étudiants présents à l'Université de Montréal, tout portait à croire qu'ils trouveraient vite preneur...