Les parents préoccupés par la qualité de l’eau des fontaines auxquelles boivent leurs enfants à l’école en auront le cœur net : le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur s’engage à rendre publics les résultats des tests qui seront réalisés dans les prochains mois pour mesurer la concentration de plomb dans l’eau dans tous les établissements scolaires de la province.

Caroline Touzin Caroline Touzin
La Presse

« La question de la transparence a toujours été très importante pour nous. Au fur et à mesure que le ministère [de l’Éducation] recevra l’information [des commissions scolaires], on la rendra publique », a promis le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, hier, en entrevue avec La Presse.

Rappelons que de récentes enquêtes de La Presse et du Soleil ont révélé que l’eau de certaines écoles primaires québécoises contenait trop de plomb. Après la publication de ces deux enquêtes, le ministre de l’Éducation a ordonné que toutes les écoles soient testées.

Aussi, dans notre reportage, plusieurs experts, dont Michèle Prévost, titulaire de la Chaire industrielle en eau potable de Polytechnique Montréal, dénonçaient la méthode de prélèvement « désuète » – privilégiée jusqu’à la semaine dernière par les autorités provinciales – qui consistait à faire couler l’eau cinq minutes avant de la prélever.

La Presse a également révélé récemment que seules 300 écoles et garderies avaient été testées en moyenne chaque année depuis 2013, alors que le Québec compte 3236 écoles et 17 200 garderies ; ce qui faisait dire à plusieurs experts que le Québec jouait à l’autruche alors que le problème du plomb dans l’eau était connu depuis des décennies.

Or, plus tôt cette semaine, le gouvernement de François Legault a annoncé qu’il suivrait finalement sur les plus récentes études scientifiques et les recommandations de Santé Canada. 

Le Québec deviendra la première province à adopter la nouvelle concentration minimale acceptable de plomb dans l’eau de cinq microgrammes par litre.

Dans le document de 24 pages envoyé aux directions des commissions scolaires et aux directions d’écoles privées, hier, que La Presse a pu consulter, le ministère de l’Éducation confirme qu’il exige que la méthode de prélèvement la plus stricte soit employée (deux prélèvements par point d’eau, dont le premier réalisé sans écoulement préalable tôt le matin, alors que l’eau a stagné durant au moins six heures) et que les normes les plus sévères soient suivies (concentration minimale de plomb de 5 microgrammes par litre, comparativement à 10 mg par litre auparavant).

« Il faut procéder en priorité pour protéger nos tout-petits, car la science dit qu’ils sont les plus vulnérables au plomb », ajoute le ministre Roberge, en précisant qu’il demande aux commissions scolaires de tester en priorité les établissements scolaires primaires construits avant 1981, ensuite ceux construits entre 1982 et 1990, et finalement les écoles les plus récentes.

« Les parents peuvent être rassurés : on a un plan très ambitieux, et notre réponse à la situation est non seulement rapide, mais très rigoureuse », insiste le ministre Roberge.

D’ici juin 2020 au primaire

Ainsi, Québec exige que les tests soient faits et que les correctifs à apporter soient déterminés et amorcés d’ici le 23 juin 2020 en ce qui concerne les écoles primaires. Quant aux autres établissements, l’échéance est fixée au 1er novembre 2020. Les écoles privées sont incluses dans les directives.

« Nous sommes conscients qu’il s’agit d’une opération d’envergure nécessitant le concours de plusieurs ressources », écrit d’ailleurs le sous-ministre adjoint à la gouvernance des technologies, des infrastructures et des ressources, Sylvain Périgny, dans sa directive envoyée hier aux commissions scolaires.

Vous pourrez compter sur notre entière collaboration afin de garantir un milieu sain et sécuritaire aux élèves et au personnel des écoles du Québec.

Sylvain Périgny, sous-ministre adjoint

Le ministre Roberge dit ne pas douter que la majorité des robinets et des fontaines dans les écoles offrent de l’eau de « bonne qualité, voire exemplaire ». Pour les autres, ajoute-t-il, « l’argent est là pour faire les réparations qui s’imposent » puisque son gouvernement a récemment annoncé une somme de 2,3 milliards pour rénover les écoles québécoises.

Il n’existe pas de seuil sous lequel l’exposition au plomb serait sans danger, selon l’Organisation mondiale de la santé. Le plomb est hautement toxique. Il agit à très faible dose. Et les jeunes enfants sont les personnes les plus vulnérables à ses effets nocifs. « Le plomb circule dans le sang et traverse la barrière du cerveau pour venir interférer avec le fonctionnement normal du système nerveux central », expliquait d’ailleurs l’experte en santé environnementale Maryse Bouchard dans l’enquête de La Presse. « En résulte une diminution des habiletés cognitives, mais aussi des problèmes de comportement chez les enfants. Ça augmente l’hyperactivité. »

Québec donne deux choix aux commissions scolaires et aux écoles privées quant à la prise des mesures de concentration de plomb dans l’eau potable : elles peuvent demander à des membres de leur personnel – « à la condition qu’ils aient été préalablement formés » – de le faire à l’aide d’un appareil portatif de mesure, ou encore confier ces analyses en sous-traitance à un laboratoire agréé. Dans le cas où l’établissement opte pour la sous-traitance, Québec exige que le sous-traitant soit accompagné d’un membre du personnel de l’école qui connaît bien les lieux.