(Québec) Le gouvernement Legault a demandé aux commissions scolaires de faire la promotion des futures prématernelles 4 ans à « un large bassin de parents, et ce, sans égard aux services dont leur enfant pourrait actuellement bénéficier ».  

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Cette consigne, envoyée dans une lettre que La Presse a pu lire dans son intégralité, a été transmise aux directions générales des commissions scolaires le 21 mars dernier par la sous-ministre à l’Éducation, Sylvie Barcelo.    

« Cette lettre est conforme avec notre engagement d’offrir le libre-choix aux parents. Pour avoir un vrai libre-choix, les parents doivent être pleinement informés de l’ensemble des services qui leur sont offerts. Il n’a jamais été question d’inscrire quiconque de force dans une classe de maternelle 4 ans. D’ailleurs, les inscriptions vont bon train : 100 % des classes annoncées seront ouvertes l’an prochain », a défendu mercredi le cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.  

Le ministre de la Famille interpellé 

Interpellé sur le sujet lors de l’étude des crédits du ministère de la Famille, mercredi, le ministre Mathieu Lacombe a défend que Québec n’avait pas envoyé de directives aux commissions scolaires afin qu’elles recrutent des enfants fréquentant déjà un service de garde éducatif pour remplir les futures classes de prématernelles 4 ans.  

Le 22 mars dernier, la présidente de l’Alliance des intervenantes en milieu familial du Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine, Kathy Côté, a envoyé une lettre au président de la commission scolaire des Phares pour lui faire part « de [sa] déception sur le recrutement fait par [la] commission scolaire auprès des parents fréquentant les services éducatifs en milieu familial régi et subventionné de [sa] région ».  

« Nous avons été informés que certaines de vos écoles sollicitent directement les parents afin de combler des places de maternelle 4 ans à temps plein en milieu défavorisé. Nous considérons que ces sollicitations vont […] contre les besoins des enfants de notre région », a-t-elle écrit.  

Dans sa réponse envoyée le 8 avril dernier, le président de la commission scolaire a confirmé qu’il est en période d’inscription pour la prochaine rentrée scolaire, ce qui inclut les prématernelles 4 ans.  Dans cette lettre, il a précisé que la sous-ministre Sylvie Barcelo avait spécifiquement demandé par écrit aux directions générales de contacter un large bassin de parents afin de les informer de l’ouverture de ces nouvelles classes « et ce, sans égard aux services dont leur enfant pourrait actuellement bénéficier ».  

L’opposition fulmine 

Lors de l’étude des crédits du ministère de la Famille, mercredi, la députée du Parti québécois (PQ), Véronique Hivon, s’est dite vivement préoccupée par la directive envoyée par Québec.  

« Je rappelle [au ministre] qu’il a [lui-même] assuré les Québécois que les nouvelles classes [de prématernelle 4 ans] seraient instaurées de manière à ne pas nuire aux garderies et aux CPE », a-t-elle dit au ministre Lacombe.  

« Où est la logique en ce moment ? Où est le plan, a poursuivi la députée péquiste. Pourquoi […] solliciter des parents dont les enfants sont dans des services éducatifs plutôt que de mettre [des efforts pour rejoindre] les parents dont les enfants ne fréquentent aucun service de garde éducatif ? »

« L’universalité de la prématernelle 4 ans c’est nouveau, bien sûr qu’il faut faire connaître ce service. Mais l’idée n’est pas de dire que la prématernelle 4 ans c’est mieux [que les services de garde éducatifs]. C’est de dire [aux parents] qu’ils ont un choix », a répondu M. Lacombe.  

« Il n’y a pas de directive qui est donnée. Nous ne faisons pas peur au monde en leur disant qu’on va vider les CPE pour remplir les prématernelles. […] Il faut faire connaître ce nouveau service universel, mais on ne le fait pas au détriment de l’autre », a poursuivi le ministre caquiste, rappelant que son ministère avait augmenté lors du dernier budget les investissements dans le réseau de services de garde éducatif.

Vives inquiétudes dans les services de garde 

L’ouverture de classes de prématernelles 4 ans accessible à tous à l’échelle du Québec était une promesse phare de la Coalition avenir Québec (CAQ) lors de la dernière campagne électorale. Dans le dernier budget, déposé en mars, le gouvernement Legault a investi 36 millions pour l’ouverture de 250 de ces classes à temps pour la rentrée scolaire 2019.  

Selon les estimations faites par Québec, les classes de prématernelles 4 ans coûteront 436 millions en frais d’exploitation dans quatre ans. Ces prévisions ont été faites suivant l’hypothèse où la moitié des petits Québécois de 4 ans fréquenteraient ces classes d’ici la fin du présent mandat du gouvernement de la CAQ.  

En février dernier, La Presse rapportait aussi que le réseau des garderies en milieu familial était inquiet d’une analyse d’impact réalisée par Québec sur le déploiement de la prématernelle 4 ans. Selon cette analyse, l’implantation de ce réseau ferait perdre dès 2023-2013 entre 187 à 385 millions par année aux éducatrices en milieu familial et aux garderies privées non subventionnées en raison d’une possible baisse de leur clientèle.  

- Avec Tommy Chouinard, La Presse