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Écoles publiques: des efforts qui portent leurs fruits

Le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, a tenu... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, a tenu à réitérer l'importance du niveau préscolaire dans le parcours de l'enfant.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Les écoles secondaires publiques du Québec font face à une compétition de plus en plus féroce des établissements privés. Les chiffres en témoignent: la proportion d'élèves qui fréquentent le privé est passée de 15 % en 1998 à près de 20 % en 2009. Dans ce jeu de concurrence, des écoles publiques sont appelées à relever la barre, à innover, à se réinventer. Aujourd'hui, La Presse présente deux écoles secondaires publiques de l'île de Montréal qui travaillent fort pour obtenir de meilleurs résultats.

L'école Louis-Joseph-Papineau s'est donné le mandat d'embellir son... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE) - image 1.0

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L'école Louis-Joseph-Papineau s'est donné le mandat d'embellir son gymnase. Depuis novembre, les élèves le repeignent dans le cadre de leur cours d'arts plastiques.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

École secondaire Louis-Joseph-Papineau

REDORER SON IMAGE

Le 31 octobre 2005, les enseignants de l'école secondaire Louis-Joseph-Papineau se réunissent dans l'auditorium et refusent de donner leurs cours. Ils accusent la direction de banaliser les incidents de violence qui surviennent à l'école. Les relations de travail sont très tendues.

Dans les jours qui suivent, les médias couvrent abondamment l'affaire. « L'école de la peur », « Y a-t-il des gangs à Louis d'Jo? », « La CSST force la direction à augmenter la sécurité »; les manchettes font frissonner. La réputation de l'école du quartier Saint-Michel en prend pour son rhume.

Paul Quinty, qui enseigne à Louis-Joseph-Papineau depuis 23 ans, est un peu réticent à aborder cette période difficile. Parce que cette période, dit-il, est aujourd'hui bien lointaine. « L'école n'est pas du tout à la même place qu'elle était », dit-il.

De l'extérieur, Louis-d'Jo a toujours l'air de ce bunker blanc, avec pour seules fenêtres de minces fentes qui ressemblent étrangement à des meurtrières. « Mais ce qui se passe à l'intérieur, c'est vraiment autre chose, dit d'emblée le directeur, Benoît Thomas. On travaille beaucoup sur la réputation de l'école pour changer cette image qui traîne depuis les années 90. »

L'année suivant le coup d'éclat de 2005, l'équipe de direction a changé et le climat de travail s'est adouci. Un code vestimentaire a été adopté, améliorant de beaucoup l'image de l'établissement. Le club de boxe l'Espoir a été fondé à même l'école.

Pendant ce temps, Saint-Michel continuait de se transformer, fruit du travail concerté entre les acteurs du milieu, organismes communautaires et policiers en tête. Les relations sont devenues plus harmonieuses et la criminalité a baissé.

Malgré tout, des parents du secteur continuaient à bouder Louis-d'Jo, souligne Marjorie Villefranche, directrice générale de la Maison d'Haïti, un organisme communautaire du quartier. Certains quittaient même Saint-Michel pour ne pas y envoyer leurs enfants. 

En 2011, des représentants de la Maison d'Haïti, appuyés par des parents du secteur, sont allés au Conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Ils ont demandé de l'aide pour revitaliser l'école. Après cette intervention, la CSDM a accordé à l'école un budget additionnel de 1,15 million sur cinq ans, ce qui lui a notamment permis de mettre sur pied des équipes sportives et de rénover l'auditorium.

Lentement, constate Marjorie Villefranche, la réputation de l'école change. « Ça s'améliore d'année en année », constate-t-elle.

Marthina, 17 ans, le pense aussi. Lorsque sa famille a quitté Haïti pour s'installer à Montréal, en 2010, elle est entrée à Louis-d'Jo. Sa mère ne voulait qu'une chose: la changer d'école dès que possible.

Les mois ont passé, et les préjugés de sa mère se sont dissipés. « Elle a vu que j'étais bien ici, que je n'avais pas de problème », raconte Marthina, suscitant l'approbation de ses copines.

La petite soeur de Marthina est inscrite en première secondaire l'an prochain.

« On a une bonne école », conclut l'enseignant Paul Quinty.

L'école en chiffres

1075
élèves
78 %
de moyenne à l'ensemble des épreuves uniques du Ministère (2011)
62 %
d'élèves diplômés en 5e secondaire (2011)
22 %
des élèves ont le créole comme langue maternelle
22 %
des élèves ont l'espagnol comme langue maternelle
8
classes d'accueil
5
classes dysphasie
12
classes en cheminement particulier

Les écoles secondaires publiques du... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE) - image 4.0

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La transformation

Novembre 2005

BOXER AU LIEU DE FLÂNER

Le policier Evens Guercy fonde le club de boxe l'Espoir dans l'école Louis-Joseph-Papineau pour offrir aux jeunes un endroit où aller après les cours dans ce quartier dépourvu de centre communautaire et de centre sportif. Guercy veut ainsi les tenir loin de l'influence des gangs de rue. Le succès du club est instantané. Depuis septembre, la boxe cède sa place au kick-boxing, plus en vogue auprès des jeunes. « C'est un sport qui t'apprend à contrôler ta colère », souligne Daniel, 17 ans, qui s'entraîne deux fins d'après-midi par semaine. Des policiers communautaires participent à l'activité.

Septembre 2006 

L'UNIFORME POUR TOUS

La direction met en place un code vestimentaire. Dorénavant, les élèves devront porter un polo  affichant le logo de l'école et un pantalon noir. 

Cette mesure permet aux élèves d'étudier sans être jugés sur l'apparence de leurs vêtements. L'école Louis-Joseph-Papineau affiche l'indice de défavorisation le plus élevé parmi toutes les écoles secondaires de l'île de Montréal. L'imposition du code vestimentaire vise aussi à diminuer les interventions pour tenue inadéquate et éviter les tensions, le rouge étant associé au gang de rue des « Bloods », et le bleu, aux « Crips ». En 2010, l'école introduit l'uniforme complet: t-shirt, polo, pantalon, jupe et veste.

Septembre 2011

LE SPORT EXPLOSE

Lorsque Faustin Philostin a été embauché comme responsable des sports, en 2011, l'école Louis-Joseph-Papineau comptait six équipes sportives. À peine trois ans plus tard, il y en a maintenant... 27! Du basketball au cheerleading, le tiers des élèves sont membres d'une équipe sportive. En 2012, l'école poursuit sa lancée sportive en mettant sur pied un programme de concentration en soccer. Selon M. Philostin, le sport permet aux jeunes de canaliser leur énergie, mais aussi de sortir de chez eux à l'occasion des tournois. « Certains jeunes ne connaissent que Saint-Michel », dit-il. Dès l'an prochain, la direction veut utiliser le sport comme levier de réussite scolaire. « Par exemple, les jeunes en situation d'échec pourraient être appelés à faire des périodes de récupération avant de pouvoir aller à leur pratique sportive », explique le directeur, Benoit Thomas.

Novembre 2011

PROFESSION: MÉDIATEURS

Pour assurer la quiétude dans les corridors, l'école s'est tournée... vers des jeunes. Vêtus d'un t-shirt orange, une quinzaine d'élèves de 4e et 5e secondaire se relaient sur l'heure du midi et après les cours pour surveiller la section des casiers, aider à régler les conflits et veiller à ce que les élèves ne circulent pas aux étages supérieurs. « Avant, il y avait du vandalisme et des combats, note Ebenezer, qui a suivi une formation d'une vingtaine d'heures pour devenir "médiateur". Maintenant, c'est tout le contraire. » Le programme a aussi l'avantage d'offrir à ces jeunes une expérience de travail.

Avril 2012

COURTISER LES JEUNES

Six fois par année, l'école secondaire Louis-Joseph-Papineau accueille des élèves de 5e année primaire pour une journée entière. Lors du passage de La Presse, un groupe écoutait une vidéo entraînante sur l'école dans l'auditorium. L'exercice vise à adoucir le passage du primaire au secondaire, mais aussi à inciter les jeunes du secteur à choisir Louis-d'Jo. L'école n'accueille que 1100 élèves sur une capacité de 2000. « Il y a encore beaucoup d'élèves du quartier qui vont dans d'autres écoles, déplore Benoit Thomas. Une réputation, ça prend du temps à changer. » Pour améliorer son image, l'école travaille aussi avec la radio haïtienne et tient à jour son site web.

Septembre 2013

MULTIMÉDIAS ET ÉQUIPEMENT DE POINTE

L'école Louis-Joseph-Papineau veut se positionner sur le marché des écoles publiques. En plus du sport, elle se spécialise en multimédias. Depuis septembre, elle propose aux élèves du deuxième cycle deux cours de multimédias optionnels: l'un en arts plastiques, l'autre en art dramatique. La direction n'a pas fait les choses à moitié: elle a investi des milliers de dollars pour s'équiper de caméras numériques et de 35 postes informatiques Mac dotés de logiciels spécialisés. L'école offre aussi depuis trois ans une activité parascolaire en robotique qui permet aux jeunes de participer à un concours international.

Novembre 2013

UN GYM À L'IMAGE DES ÉLÈVES

Le gymnase est le lieu le plus visité et l'école s'est donné le mandat de l'embellir. Depuis novembre, les élèves le repeignent dans le cadre de leur cours d'arts plastiques. « On voulait qu'ils s'approprient le milieu », explique le directeur. En plus d'un beau gymnase, l'école veut offrir aux élèves de bons souliers et un bon équipement pour pratiquer leur sport, peu importe le revenu de leur famille. Des commanditaires aident à financer ces achats.

Plus de 720 élèves de l'école Saint-Luc sont... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE) - image 5.0

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Plus de 720 élèves de l'école Saint-Luc sont inscrits en concentration musique ou en option musique.

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ÉCOLE SAINT-LUC

Miser sur la musique

« Croyez-le ou non, on a une journaliste ici qui veut écrire un article sur des écoles qui vont bien. Croyez-le ou non, une personne lui a dit que notre école va bien. Est-ce que cette personne a raison ou devrait-elle plutôt se faire soigner? »

Quelques élèves rigolent timidement. Ghislain Gaudet, directeur adjoint de l'école secondaire Saint-Luc, sourit et quitte la salle, en laissant ladite journaliste rencontrer la professeure et les élèves de la classe, la cinquième visitée depuis le début de l'après-midi.

C'est sans compter la rencontre express avec Jamal, président du conseil d'élèves. Et le petit arrêt par le hall d'entrée de l'école, où trônent, derrière une baie vitrée, les nombreux trophées récoltés par les élèves de mathématiques enrichies à des concours nationaux.

L'école publique n'a pas toujours bonne presse dans les médias. Lorsqu'on s'intéresse à ses belles réalisations, les directeurs, professeurs et élèves sont volubiles, heureux d'avoir enfin une tribune pour partager les résultats de leurs efforts quotidiens.

Et à l'école secondaire Saint-Luc, de bons coups, il y en a.

Saint-Luc est la plus grande école de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). Elle accueille cette année 1830 élèves. Située à la jonction de Notre-Dame-de-Grâce, de Côte-Saint-Luc et de Hampstead, c'est aussi l'une des écoles les plus multiculturelles de l'île: moins d'un élève sur cinq a le français comme langue maternelle.

Malgré tout, année après année, les élèves de Saint-Luc réussissent bien. Ils obtiennent une moyenne de près de 80 % aux épreuves de français et d'anglais du ministère de l'Éducation, un résultat semblable à la moyenne des écoles privées.

Il y a 10 ans, cette réussite était en partie attribuable à la forte population chinoise qui fréquentait l'école, une communauté reconnue pour sa performance scolaire. Aujourd'hui, le visage de l'immigration n'est plus le même dans l'école. On compte deux fois moins de Chinois et de plus en plus d'élèves d'autres provenances, avec une proportion grandissante de Philippins et d'Africains. Plusieurs arrivent au Canada sous-scolarisés. Certains sont carrément analphabètes.

« Ce qui fait la force de notre milieu, c'est la diversité de l'offre pédagogique, estime la directrice de l'école, Maryse Tremblay. Ça permet à un grand nombre d'élèves de trouver une motivation à l'école. Idéalement, chaque élève aurait un intérêt particulier. »

À Saint-Luc, pour plus d'un élève sur deux, cet intérêt est lié à la musique et aux arts de la scène.

***

Mercredi, 18 h. Une poignée d'adolescents s'activent dans l'auditorium. Il ne reste qu'une heure et demie avant la deuxième représentation du Jeune Frankenstein, comédie musicale sur laquelle une centaine d'adolescents travaillent depuis des mois.

Sharangan, 17 ans, fait des tests d'éclairage. Shella aide un camarade à remettre en place une partie du décor qui a été abîmée lors de la représentation de la veille.

Maria-Lorraine, adolescente de 15 ans au sourire contagieux, s'approche. Ce soir, elle incarnera Inga, rôle principal féminin. « Avant de découvrir le chant, je ne voulais pas entrer à l'école, j'avais des notes moyennes », dit-elle.

Maria-Lorraine travaille fort à l'école. Elle rêve de devenir chanteuse, même si elle sait que c'est un milieu difficile. Ses parents - un peintre et une préposée aux bénéficiaires - l'appuient.

Comme plusieurs Philippines, la mère de Maria-Lorraine a quitté son pays à la fin des années 90 pour trouver un boulot d'aide familiale au Canada. Enceinte de Maria-Lorraine, elle a dû laisser derrière ses deux jeunes enfants et son mari. Ils ont obtenu leur laissez-passer pour le Canada quelques années plus tard seulement.

« Mes parents ne demandent pas beaucoup de moi, dit Maria-Lorraine. Ils veulent seulement que je sois heureuse. »

Plusieurs adolescents trouvent leur motivation dans la musique à Saint-Luc. Plus de 720 élèves sont inscrits en concentration musique ou en option musique (au moins huit et quatre périodes de musique sur neuf jours, respectivement). Depuis cinq ans, l'école a ouvert la porte à un autre type d'activité: les arts de la scène. Cette année, environ 200 élèves s'occupent des costumes, des décors, de l'éclairage, de la vente de billets...

« Ça permet aux élèves qui n'ont pas les aptitudes ou l'intérêt pour la musique ou encore les résultats scolaires de s'impliquer eux aussi », explique la directrice Maryse Tremblay. Le programme de concentration musicale est ouvert à tous, sans audition, mais les élèves doivent réussir leurs matières pour y rester.

« Il y a des élèves pour qui la raison d'être est ici », souligne le directeur artistique du département de musique, Robert Jodoin.

« Si on leur enlève ça, ajoute-t-il, ils partent. »

Sur le terrain du privé

La musique attire aussi des élèves qui, autrement, se seraient tournés vers l'école privée. C'est le cas de Léa, 14 ans. Son père - chargé de cours à HEC Montréal - voulait l'envoyer au collège privé Villa-Maria, où elle a été admise. « Nous avons fait un compromis: je suis allée à Saint-Luc, mais au programme d'éducation internationale », dit-elle. Le programme, qui compte des classes traditionnelles et des classes enrichies, en est à sa deuxième année.

Les projets musicaux permettent de réunir les élèves de tous les programmes, souligne Robert Jodoin. Dans plusieurs écoles, rappelle-t-il, ces élèves se croisent sans jamais vraiment se côtoyer.

La musique permet aussi de réunir dans une passion commune Léa, Arnold, Antoine, Luiza, Julien, Sharangan... « Il y a plus de 80 nationalités ici et tout le monde s'entend bien, fait remarquer Robert Jodoin, en regardant les jeunes s'affairer dans l'auditorium. Parfois, notre société devrait s'en inspirer. »

L'école en chiffres

1830
élèves
78 %
de moyenne à l'ensemble des épreuves uniques du ministère de l'Éducation (2011)
75 %
d'élèves diplômés en 5e secondaire (2011)
14
classes d'accueil
97
pays où sont nés les élèves
1966
année de création du département de musique




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