Les étudiants à temps partiel, bien souvent des femmes à revenus modestes, apparaissent comme les laissés-pour-compte du Sommet sur l'enseignement supérieur du gouvernement Marois.

Mis à jour le 8 mars 2013
Tommy Chouinard LA PRESSE

Comme les autres, ils subissent une hausse de 3 % par année des droits de scolarité et des frais afférents. Mais ils n'ont accès à aucune bourse, seulement à un programme de prêts qui n'a pas été bonifié à l'issue du Sommet de la semaine dernière. Ils se retrouvent même à payer pour rendre plus généreuse l'aide financière des autres étudiants.

«On sort déçu du Sommet», laisse tomber Denis Sylvain, président de la Fédération des associations étudiantes universitaires québécoises en éducation permanente (FAEUQEP). Il déplore le peu d'attention accordée au sort des 75 000 étudiants à temps partiel à l'université. Ces étudiants suivent le plus souvent une formation professionnelle pour décrocher un certificat. Ils ont un, deux ou trois cours par trimestre. Ce sont des femmes dans une proportion de 80 %. Ils sont âgés de 32 ans en moyenne.

Depuis 2002, ces étudiants ont accès, à certaines conditions, à un programme de prêts couvrant les droits de scolarité, le matériel scolaire et les frais de garde, s'il y a lieu. Ce programme, peu connu, a coûté un peu plus de 2 millions de dollars en 2006-2007, selon les statistiques les plus récentes. Un peu plus de 3600 étudiants ont soumis une demande cette année-là. De ce nombre, près de 2000 étudiants ont pu bénéficier du programme, deux fois plus qu'en 2002. Ils ont des revenus de 10 000 $ à 13 000 $ par année.

Lors du Sommet, le gouvernement Marois n'a annoncé aucune bonification de ce programme en vue d'y ajouter l'attribution de bourses, par exemple.

Une hausse des prêts est «la seule chose à laquelle on peut vraiment s'attendre. Ça veut dire plus d'endettement pour ces étudiants», affirme Denis Sylvain.

Il dénonce une autre iniquité. Une part des droits de scolarité payés par l'ensemble des étudiants sert à financer le régime de prêts et bourses. Les étudiants à temps partiel versent entre 6 et 8 millions de dollars par année à ce régime. Or, seulement 2 millions servent à financer le programme de prêts auquel ils ont accès. Le reste de la cagnotte va au financement des prêts et bourses des étudiants à temps plein. «On nous dit qu'il n'y a pas d'argent pour bonifier notre régime et accorder des bourses. Mais l'argent va pour d'autres étudiants, ceux à temps plein», déplore Denis Sylvain.

Autre mauvaise nouvelle à ses yeux: le taux du crédit d'impôt non remboursable pour droits de scolarité est réduit de 20 % à 8 %. Le gouvernement Marois a adopté cette mesure pour financer des bonifications au régime de prêts et bourses auquel essentiellement les étudiants à temps plein ont droit.

Par exemple, Québec augmente à 45 000 $ le seuil de contribution parentale dans le calcul de l'aide financière aux études, ce qui permettra de verser plus de bourses. Or, «les étudiants à temps partiel sont des personnes autonomes, et qui ont souvent des enfants», souligne M. Sylvain. Dans leur cas, c'est plutôt une «contribution du conjoint» qui entre dans le calcul de l'aide financière. Et cette contribution n'a pas changé à l'issue du Sommet, note M. Sylvain.

Le gouvernement Marois a également annoncé la création d'un chantier de travail afin de bonifier l'aide financière aux études de 25 millions de dollars par année. La Fédération a demandé de participer au chantier, mais elle n'a eu aucune réponse jusqu'ici. Selon Denis Sylvain, la première ministre Pauline Marois a montré «une ouverture pour traiter du dossier des étudiants à temps partiel. Mais pour l'instant, il n'y a rien. On ne nous a pas confirmé que, dans la bonification de l'aide financière, il y aurait une partie pour les temps partiels».

Le sort de ces étudiants n'est «pas nécessairement prioritaire pour le gouvernement et les établissements», ajoute-t-il. Il signale que leur rapport de force n'est pas le même que celui des étudiants à temps plein. «Ils travaillent à temps partiel, parfois à temps plein au salaire minimum, ils ont une famille... Ils n'ont pas le temps de manifester», souligne-t-il. «On pense souvent que les étudiants à temps partiel sont des travailleurs qui ont les moyens. Mais ce n'est pas vrai dans tous les cas. Comme les jeunes, on a certaines problématiques. Il y en a aussi, des défavorisés, dans les temps partiels.»