Les directeurs d'école passent trop de temps à remplir des rapports administratifs, rédiger des courriels, répondre à des appels téléphoniques ou gérer des conflits. Ils manquent donc de temps pour épauler les enseignants.

Mis à jour le 23 janv. 2013
Pascale Breton LA PRESSE

C'est ce que confirme une recherche universitaire qui sera dévoilée ce soir, à Montréal, devant les membres de la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE), que La Presse a obtenue.

Michel St-Germain, professeur émérite à la faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa, a mené une recherche auprès de 190 des 500 directions d'écoles francophones dans les autres provinces canadiennes, il y a quelques années. Il a voulu voir ce qu'il en était des directions d'écoles québécoises.

Les quelque 255 directeurs d'école ont répondu à un long questionnaire en précisant le temps qu'ils accordent à différentes tâches. Ils devaient aussi dire s'ils souhaiteraient consacrer plus ou moins de temps à chacune des tâches.

Résultat: un fossé existe entre le travail quotidien des directeurs d'école et la vision idéale qu'ils ont de leur travail.

Une tendance mondiale

C'est une tendance qui se dessine partout dans le monde, constate M. St-Germain. «Nous avons assisté chez les directions d'école à un transfert de la dimension pédagogique vers la dimension administrative au sens large.»

Tant au primaire qu'au secondaire, les directeurs d'école consacrent une partie importante de leurs journées à répondre aux courriels, rappeler les gens qui ont laissé des messages téléphoniques et remplir des rapports ou des formulaires à la demande du ministère de l'Éducation et des commissions scolaires.

La gestion des conflits avec les élèves, les enseignants ou les parents, ainsi que la mise en place de mesures imposées par Québec, notamment en ce qui concerne les élèves handicapés ou en difficultés d'adaptation et d'apprentissage, occupent aussi une grande portion de la journée.

Les directeurs se plaignent de devoir délaisser l'encadrement informel auprès des enseignants.

La recherche de 400 pages réalisée par M. St-Germain montre en effet que les directeurs aimeraient conseiller davantage les enseignants et accroître leurs compétences en participant à des formations ou en échangeant avec des collègues sur leurs pratiques. Il serait bon de s'interroger sur la pertinence de tous les formulaires à remplir, suggère d'ailleurs le chercheur au terme de son travail.

Des plaintes depuis longtemps

Ce n'est pas d'hier que les directeurs d'école se plaignent que leurs tâches sont devenues trop bureaucratiques. Cette recherche quantifiée donne enfin des munitions, explique Lorraine Normand-Charbonneau, présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissements d'enseignement (FQDE).

«Nous sommes rendus des exécutants qui répondent à des commandes, dit-elle. Nous sommes toujours en changements. Le temps que ça parte d'en haut et que ça arrive en bas, la décision a été changée en haut.»

Les rencontres informelles avec un enseignant pour discuter de ses pratiques sont rares. Chaque rencontre a plutôt un but précis afin d'atteindre des objectifs chiffrés, dénonce Mme Normand-Charbonneau. «Il faut faire passer un examen à la structure», souligne-t-elle.

La présidente de la FQDE affirme aussi que les tâches bureaucratiques se sont accrues depuis cette recherche, qui a été réalisée entre novembre 2010 et avril 2011.

«La réussite scolaire est dénaturée et se mesure en pourcentage», indique-t-elle. Les écoles doivent maintenant se soumettre à des conventions de gestion avec les commissions scolaires, des conventions de réussite avec le Ministère et se conformer à la Loi sur l'intimidation, entre autres choses.