Source de contestation et d'inquiétude, l'implantation de l'anglais intensif dans toutes les classes de sixième année ne va pas aussi bien que le souhaiterait le gouvernement.

Pascale Breton LA PRESSE

En entrevue à La Presse, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, assure pourtant que l'objectif d'avoir un taux d'implantation de 20% en 2012-2013 sera atteint. «On va atteindre ce chiffre malgré les réticences», affirme Michelle Courchesne. La ministre reconnaît toutefois que le gouvernement a du pain sur la planche.

Des parents sont inquiets. Des enseignants ont posé plusieurs questions, restées sans réponses à ce jour. Des commissions scolaires se montrent frileuses.

«Il faut mieux communiquer notre approche», reconnaît Mme Courchesne. Le gouvernement lancera d'ailleurs un site internet au cours des prochains jours pour mieux informer les parents et les enseignants.

Le programme d'anglais intensif a été annoncé lors du discours inaugural, en février 2011. Pour y parvenir dans le délai prescrit de cinq ans, le ministère de l'Éducation a déjà commencé à recruter des enseignants à l'extérieur de la province.

Une demi-page de publicité a notamment été achetée dans la dernière livraison de la revue de l'Ordre des enseignants de l'Ontario, au coût de 3700$. Plus tôt ce printemps, une autre publicité a été diffusée en Colombie-Britannique, au coût de 1650$. Des discussions sont aussi en cours avec les commissions scolaires anglophones pour embaucher des enseignants disponibles.

Le Québec connaît une pénurie de spécialistes en anglais. Pour la prochaine rentrée, les écoles auront besoin de 269 enseignants. Le bassin de nouveaux diplômés en compte à peine 372, fait valoir Mme Courchesne. À terme, 1235 enseignants de plus seront nécessaires pour enseigner l'anglais intensif.

Du sable dans l'engrenage

Les syndicats sont moins optimistes que le gouvernement. Les enseignants ont quitté la table du comité de suivi il y a quatre mois, insatisfaits du peu de réponses obtenues à leurs interrogations. Depuis, le travail a peu avancé, affirment-ils.

L'application du programme devait laisser place à la souplesse, rappelle la présidente de la Fédération des syndicats d'enseignement (FSE), Manon Bernard. Or, à la table de travail, le gouvernement mettait toujours de l'avant le même modèle, soit cinq mois d'anglais intensif et cinq mois pour enseigner toutes les autres matières.

Le projet avance très lentement, selon Mme Bernard. «Ç'a bougé, mais de manière très variable d'un milieu à l'autre et d'un établissement à l'autre», dit-elle. Elle souligne également que la majorité des commissions scolaires font preuve d'une «grande prudence» relativement à l'implantation de l'anglais intensif.

«Je ne pense pas que le dossier avance à la vitesse qui était souhaitée par le Parti libéral du Québec», confirme le président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), Pierre St-Germain. Selon ses informations, le taux d'implantation atteindrait 15% - et non les 20% souhaités.

Au cours des derniers mois, les syndicats n'ont eu que des échanges informels avec l'ancienne ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. Mme Courchesne promet quant à elle de les rencontrer «rapidement» - au cours des prochaines semaines - pour discuter avec eux de plusieurs dossiers, dont celui de l'anglais intensif et de leur absence au comité de suivi.

La mise en place du programme suscite d'autres questions, notamment sur le recrutement et les mises en disponibilité. Des enseignants titulaires pourraient ainsi perdre leur poste, puisque la moitié de leur tâche sera réattribuée à l'enseignant d'anglais.

La campagne de recrutement du Ministère fait également «sourciller», reconnaît Pierre St-Germain.»Les nouvelles personnes qui arriveront pour enseigner au Québec doivent être soumises aux mêmes règles», prévient-il.

Changer la loi?

La Loi sur l'instruction publique pourrait devoir être modifiée pour implanter l'anglais partout, souligne aussi le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'éducation primaire et secondaire, Sylvain Gaudreault.

Les conseils d'établissement des écoles ont généralement un droit de regard sur l'implantation des programmes. Le député a questionné l'ancienne ministre, Line Beauchamp, lors de l'étude des crédits, en avril. «Sa réponse finale a été de dire que le gouvernement sait qu'il aura à modifier la loi, à terme», dit-il.