«Il ne faut pas s'attendre à des miracles de la part d'un cours d'été quand un élève accumule du retard depuis des années. Il reste fragile.»

Mis à jour le 4 avr. 2011
Marie-Claude Malboeuf LA PRESSE

Directeur des études à l'École secondaire Duval, Karl Duval ne s'étonne pas d'apprendre que des élèves ayant fréquenté son école en juillet peinent encore à suivre à la rentrée de septembre: «On suggère fortement que l'élève en difficulté continue à bénéficier de tutorat pendant l'année scolaire.»

Les remontées spectaculaires sont néanmoins possibles, assure-t-il. «Souvent, ce n'est pas le potentiel de l'élève qui fait défaut. Il a juste besoin de se prendre en main et c'est plus facile en cours d'été.»

Pourquoi? Parce que les élèves se consacrent alors à une seule matière, et qu'ils la connaissent déjà, répond d'abord M. Duval. La révision est par ailleurs plus facile lorsqu'on se concentre sur l'essentiel, en peu de temps et en petits groupes.

Au bout du fil, la réceptionniste de l'École secondaire Duval se montre encore plus encourageante lorsqu'on l'appelle en tant que parent. Le taux de réussite aux différents cours d'été est «très, très élevé», assure-t-elle, au sujet des chances de succès d'une adolescente de 4e secondaire en voie d'obtenir moins de 40% en mathématiques et en français.

Oui, un élève peut rattraper simultanément deux cours en juillet, à raison de 6 heures par jour, dit-elle. «C'est beaucoup de travail, mais c'est faisable. Il faut juste faire les efforts nécessaires, faire tous ses devoirs.»

En entrevue officielle, Karl Duval est moins optimiste. Plusieurs élèves abandonnent avant l'examen, indique-t-il. Entre autres parce que l'école considère qu'il faut travailler autant d'heures à la maison qu'en classe, ce que plusieurs élèves ne sont pas prêts à faire.

«Il n'y a pas de garantie de réussite», dit-il, en évoquant les taux d'échec substantiels des élèves qui persévèrent jusqu'aux examens (environ 30% en anglais et 50% en français et en mathématiques).

L'École Duval accepte des élèves plus faibles que la CSDM et certains y suivent un cours pour la toute première fois en cours d'été. Elle offre par contre cinq semaines de cours d'été plutôt que trois.

Un record Guinness

«Dans certains cas, ça reste un record Guinness! Ont-ils une baguette magique que nous n'avons pas? Ou ont-ils une autre façon de corriger que nous?» interroge le porte-parole de l'Alliance des professeurs de Montréal, Yves Parenteau.

En 2004-2005, au moment de renouveller le permis de l'École, le ministère de l'Éducation a justement exigé qu'elle apporte des correctifs pour «manque de respect des règles de correction de certaines épreuves». Mais le problème était corrigé lors du renouvellement suivant en 2007-2008, indique une porte-parole du Ministère, qui n'a pas pu indiquer la nature précise des écarts observés.

L'été dernier, un élève de l'École Duval a décroché entre 45% et 58% aux 5 examens de mathématiques de 4e secondaire. Et il a malgré tout réussi son cours. Comment est-ce possible? «Le prof a exercé sa discrétion, répond Karl Duval. Quand l'élève a connu une belle progression, la réforme nous offre cette possibilité. Cela se fait aussi dans les écoles ordinaires: des 58% et des 59%, c'est rare que ça reste.»

Si l'élève ne mérite pas de réussir, on résiste aux parents, même pour trois points (voir autre texte), assure toutefois M. Duval, qui regrette l'époque où le Ministère imposait une épreuve unique dans la majorité des matières. «Alors, personne ne pouvait prétendre que l'élève avait décroché une note-cadeau. C'était uniforme dans toutes les écoles.»

Aujourd'hui, dit-il, tout le monde est en droit de se poser des questions. «On hérite nous-mêmes d'élèves qui ont accumulé un retard épouvantable alors qu'ils auraient sans doute dû être recalés deux ans plus tôt.»