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Kandahar, une bonne école pour les policiers canadiens

Kandahar est une bonne école pour les policiers des grandes villes canadiennes. (Photo AFP)

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Photo AFP

Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
Kandahar, Afghanistan

Kandahar est une bonne école pour les policiers des grandes villes canadiennes.

La trentaine d'agents de police du Canada qui forment leurs homologues afghans apprennent eux aussi de cette rencontre des cultures, de l'adaptation, du contact avec les communautés, et ces leçons peuvent servir à Sherbrooke comme à Montréal-Nord.

«On ne peut pas faire une mission et revenir au Canada avec la même vision du monde ou du multiculturalisme», a expliqué récemment le commandant Roch De Roy, de la police de Montréal, dans une entrevue à La Presse Canadienne, au camp de l'Equipe provinciale de reconstruction (EPR), dans la ville de Kandahar.

Roger Caron, membre du détachement de Sherbrooke de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), abonde dans le même sens, lui qui en est à sa quatrième mission à l'étranger.

L'assistance aux policiers afghans permet notamment de comprendre, par exemple, si on travaille dans le quartier montréalais multiethnique de Côte-des-Neiges, pourquoi certaines communautés «ont peur de la police, ont des appréhensions, n'ont pas confiance en l'État», a évoqué M. De Roy, qui est responsable des policiers civils canadiens affectés à la formation de base et au mentorat de leurs confrères afghans dans les postes de la ville de Kandahar.

«Cela nous aide à mieux intervenir et ajuster notre travail de policier en fonction de leur réalité.»

«Peu importe où on va, on peut apprendre à condition d'avoir l'esprit ouvert», a assuré M. Caron, un conteur né, du haut de ses 31 ans de service dans la GRC. Arrivé il y a six semaines pour un séjour qui s'étendra jusqu'en décembre, le gendarme de Barnston-Ouest, en Estrie, a eu l'occasion d'écouter et de voir les méthodes de ses confrères afghans.

«On m'a traduit ce qu'ils ont à coeur, et c'est la même chose que la famille policière canadienne: essayer d'aider sa communauté. Ils ont des approches différentes des nôtres, alors on apprend», car le rôle du mentor n'est pas d'imposer, mais de conseiller, a-t-il insisté. Entre autres, il s'étonne encore de la mémoire phénoménale de confrères afghans, qui compensent leur analphabétisme par un sens de l'observation aigu.

Selon les priorités de la mission canadienne et les objectifs de la coalition internationale, la Police nationale afghane est censée être le fer de lance de la stabilisation de la ville de Kandahar, rongée par la criminalité, et de la province, au coeur de la lutte anti-insurrectionnelle.

Ses effectifs sont en pleine croissance, mais elle demeure «vulnérable aux accusations de corruption et d'inefficacité» et elle n'a pas la confiance de la population, indique le rapport 2009 de l'OTAN sur l'Afghanistan.

Fils de policier, officier de plus de 25 ans de carrière qui sert maintenant dans l'ouest de l'île de Montréal, Roch De Roy est arrivé en Afghanistan il y a environ six semaines et en est à sa deuxième mission de formation à l'étranger, après Haïti en 2005-2006.

«C'est une superbe expérience», a témoigné cet homme volubile et réfléchi, au cours d'un long entretien sur la terrasse du camp, où les civils et militaires cassent la croûte au grand soleil afghan.

«On est capable de transmettre les connaissances et les perceptions recueillies en mission aux gens qui travaillent avec nous (au Canada). C'est une valeur ajoutée. Quand on revient au sein de notre service, on est quelqu'un qui a changé, qui voit son travail avec les communautés culturelles de façon totalement différente.»

Le plus grand défi du mentorat à Kandahar demeure toujours d'adapter le travail des policiers «en fonction de la culture et de l'environnement», car le rôle de la police en lui-même ne change pas, ici ou ailleurs: servir les citoyens, protéger les personnes et les biens, a résumé le commandant.

Mais celui qui a été posté pendant six ans à Montréal-Nord, un quartier réputé difficile, a rappelé que le multiculturalisme et l'approche communautaire n'étaient pas, non plus, dans la culture policière au Canada, à l'origine.

Or, à Montréal-Nord comme à Kandahar, la police doit aussi éduquer la population, pour éviter les manifestations d'hostilité à l'encontre de certains groupes et communautés. M. De Roy cite en exemple les appels de citoyens montréalais alarmés par la simple vue de quelques jeunes d'origine haïtienne dans un abribus.

Encore de nos jours, dans de grandes villes canadiennes comme Montréal, Vancouver ou Toronto, «il faut convaincre la population que le multiculturalisme est un bienfait, que tout le monde n'est pas criminel! a-t-il souligné. Autrefois, on se disait: ce n'est pas à nous à faire ça!»

Il fait remarquer que les agents doivent aujourd'hui être formés pour se familiariser avec les réalités des nouveaux arrivants et doivent aussi prendre contact avec les communautés, pour les rassurer sur le rôle du policier au Canada, qui n'est pas répressif, qui est assujetti à des règles et à des contrôles.

«Une fois que les immigrants (au Canada) ont compris qu'ils pourront vivre sans être victimes de persécution et de corruption, eh bien c'est gagné, ils auront confiance au service de police. Mais ici, tout ça reste à faire.»

M. Caron a souligné qu'il est difficile parfois de mettre en oeuvre une approche communautaire dans un petit poste de Kandahar quand les dossiers s'empilent et que les agents sont limités dans leur action. La police reste en effet la première cible des insurgés.

«Pour nous qui avons prêté serment de faire respecter la loi, cela nous déchire un peu, cela n'a pas de sens», a-t-il déploré.

On peut bien dire aux gens de Kandahar qu'on travaille sur une police qui ne sera pas corrompue, mais si on ne leur donne pas des outils pour dénoncer les cas de corruption et pour les traduire en cour, ils ne croiront pas au système, a constaté M. De Roy.

«Il faut que les bottines suivent les babines», a-t-il résumé en souhaitant qu'un cas de corruption éclatera un jour dans les médias pour être ensuite sanctionné, pour preuve des changements en cours.

Il y a de l'espoir, selon lui, et cette mission «n'est pas impossible», mais changer les cultures et les mentalités ne se fait pas du jour au lendemain, dans ce pays où l'affiliation tribale et les rivalités qui en découlent mettent à rude épreuve l'impartialité dont le policier doit faire preuve.

«On parle d'une ou deux générations, de 10, 20 ou 30 ans. Comment on change les mentalités? Il faut commencer par l'exemple.»

Roger Caron lit chez ses homologues afghans une détermination peu commune qui permet d'espérer. A preuve ce jeune policier, pieds nus, un trou de balle au mollet depuis trois jours, qui tenait néanmoins à assister à son cours et que le mentor a dû soigner.

«Ca démontre une certaine volonté, a-t-il conclu. (...) Faut avoir de l'espoir.»




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