La crise étudiante et sociale qui prévaut au Québec depuis quelques semaines amène les médias sociaux à servir de véhicule à des nombreuses rumeurs, selon les experts en nouvelles technologies consultés par La Presse.

Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

À travers les données fiables vérifiées par des sources crédibles émerge une myriade d'informations non fondées et de potins mensongers.

«La situation sociale fait qu'il y a davantage matière à inspirer les rumeurs», a expliqué Bruno Guglielminetti, grand gourou des médias sociaux chez National.

L'une de ces rumeurs a même poussé Radio-Canada à publier un communiqué de presse officiel: Gabriel Nadeau-Dubois n'est pas le fils de la journaliste Pascale Nadeau, a dû préciser la télévision publique il y a deux semaines.

Les forces de l'ordre sont particulièrement visées par des rumeurs 2.0 beaucoup plus graves. Le service des communications du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est souvent inondé d'appels de journalistes lorsqu'une histoire prend de l'ampleur sur la toile.

«Si tu te fies aux médias sociaux, l'armée va arriver ce soir, 100 policiers ont été suspendus parce qu'ils ont refusé de faire des heures supplémentaires et on a tué le bébé de deux femmes enceintes en les frappant dans le ventre», a illustré Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM, en précisant que rien de cela n'est vrai.

Fausse couche à coups de matraque

«Mme Bastien, 31 ans, enceinte de 6 mois, matraquée dans le ventre en sortant d'un resto mercredi, a perdu son bébé», assurait fin avril une internaute sur le réseau social Twitter. Rapidement, la machine s'emballe. «Elle sera au Téléjournal» assurent d'autres internautes peu scrupuleux. Les médias cherchent, appellent à gauche et à droite. Le SPVM croit à une «mauvaise blague» mais fait ses propres vérifications. Au final: pas de fausse couche et pas de Téléjournal. L'histoire est morte de sa belle mort.

L'armée sur un pied de guerre

Le 20 mai dernier, des photographies de véhicules militaires dans les rues de Montréal commencent à circuler sur les réseaux sociaux. Un camion kaki près de la Place d'Armes retient l'attention des internautes. Plusieurs d'entre eux sont persuadés que l'armée est sur le point de débarquer. En fait, une cérémonie soulignant le 400e anniversaire de la naissance de Maisonneuve avait lieu dans la métropole ce jour-là, en présence de soldats du Régiment de Maisonneuve et des Fusiliers Mont-Royal, d'où la présence de véhicules militaires. Le gouvernement du Québec a d'ailleurs rejeté toute possibilité de faire appel aux militaires.

Un homme dans le coma

Depuis une semaine, plusieurs centaines d'internautes reprochent chaque jour aux grands médias d'ignorer le cas d'un homme blessé à la manifestation nocturne du 20 mai dernier. Selon les rumeurs qui circulent, il serait à l'article de la mort (voire mort) et dans le coma. En fait, rien ne permet de croire que quiconque se trouve dans cette malheureuse situation. Urgences-Santé assure que seules des blessures légères sont à déplorer ce soir-là et qu'elle n'a jamais été mise au courant d'un tel cas. Le Service de police de la Ville de Montréal, pour sa part, assure avoir fait toutes les démarches nécessaires pour trouver une éventuelle victime. En vain. Les appels de La Presse dans les hôpitaux montréalais ne se sont pas non plus révélés concluants.