Une communauté autochtone de la Saskatchewan a annoncé mardi avoir découvert une cinquantaine de tombes anonymes sur les lieux d’anciens pensionnats pour Autochtones, à l’issue de recherches effectuées avec un radar.

Mis à jour le 15 février
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Des traces de 54 tombes ont en effet été signalées avec un radar sur le terrain des pensionnats St. Philip et Fort Pelly, a révélé la Première nation de Keeseekoose mardi. Les deux pensionnats étaient situés sur les terres de cette Première Nation, près de Kamsack, dans l’est de la Saskatchewan.

« Mon message aux Canadiens à travers le pays et aux gens à travers le monde, c’est d’écouter notre histoire. Ce sont de vraies histoires, de vraies personnes », a imploré le chef de la Première Nation de Keeseekoose, Lee Kitchemonia, en marge d’une conférence de presse mardi.

Il affirme que toute la population a un devoir de mémoire. « Pensez à vos jeunes, à vos petits-enfants que vous embrassez chaque matin quand ils partent à l’école. Vous les reverrez. Mais ces jeunes enfants et ces parents n’ont jamais eu cette chance », a poursuivi M. Kitchemonia.

Ce sera une période très difficile pour notre communauté, afin de commencer à guérir. Je ne sais pas si nous arriverons un jour à faire le deuil de tout cela.

Le chef Lee Kitchemonia

Ted Quewezance, chef de projet, a expliqué que les signaux d’un radar pénétrant dans le sol pourraient suggérer la présence de 42 tombes non marquées à Fort Pelly et de 12 autres à St. Philip. La communauté n’exclut pas que plus de tombes soient identifiées. Chose certaine : la découverte de 54 d’entre elles « soulève bien des questions sur ce qui s’est réellement passé » dans les pensionnats. « Y a-t-il plus de tombes ? On ne le sait pas. Mais on se demande tous qui va être tenu responsable, a dit M. Kitchemonia. Il pourrait s’agir d’enfants assassinés, cachés. Nous ne connaissons aucune de ces réponses. »

Choc et désespoir

Les réactions politiques n’ont pas tardé mardi, en commençant par le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe. « Nous savions que d’autres Premières Nations de la Saskatchewan trouveraient des tombes anonymes et subiraient le même choc et le même désespoir que les autres Premières Nations du pays. Sachez qu’aujourd’hui, et chaque jour, la Saskatchewan pleure avec vous », a-t-il écrit sur Twitter, en promettant d’offrir son soutien « indéfectible » à la communauté de Keeseekoose.

« Aujourd’hui, c’est un rappel douloureux de l’abus commis sur tellement d’enfants, de familles et leurs communautés », a de son côté indiqué le ministre fédéral des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, en promettant de « respecter le souhait » de la communauté de « faire leur deuil et de guérir ».

Le pensionnat Fort Pelly a fonctionné de 1905 à 1913. Le Centre national pour la vérité et la réconciliation a déclaré que le directeur avait été renvoyé en 1911 : on avait signalé qu’il était ivre et menaçait tout le monde à l’école. Après sa fermeture, une école de jour a ouvert dans le même bâtiment.

Le pensionnat St. Philip, lui, a été dirigé par l’Église catholique de 1927 environ jusqu’à 1969. Il a été qualifié d’« infernal » par des survivants. La Commission de vérité et réconciliation a constaté que ce pensionnat avait un problème généralisé d’agressions sexuelles et physiques. Au cours de sa dernière décennie d’existence, un surveillant a été renvoyé pour mauvais traitements infligés aux élèves. De 1902 à 1914, l’endroit était un foyer d’accueil.

Avec La Presse Canadienne