Les bureaux de vote étaient peu achalandés à Montréal samedi. Mais, pour Louisane LeBlanc, exercer son droit de vote n’a pas été de tout repos. Se rendre dans l’isoloir a été un « chemin du combattant » pour la femme dont les deux jambes sont partiellement amputées.

Publié le 7 nov. 2021
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

« Je suis bien tannée d’avoir tout le temps à me battre pour des affaires qui devraient être simples », confie la femme, en entrevue avec La Presse.

Plus tôt, elle s’était rendue au Collège de Rosemont en compagnie de son frère pour exercer son droit de vote, dans le cadre des élections municipales. Premier obstacle : l’entrée qui indiquait où étaient les bureaux de scrutin comportait une marche. En vertu de la loi, les bureaux de vote doivent être accessibles à tous.

J’ai réussi à entrer parce que j’étais accompagnée. Sinon, il n’y avait personne pour répondre à mes questions à cette entrée-là.

Louisane LeBlanc, qui s’était présentée au bureau de vote en fauteuil roulant

Elle s’est ensuite déplacée pour aviser les employés que l’entrée n’était pas accessible.

« Au Collège de Rosemont, il y a des votes qui se déroulent au gymnase et à la cafétéria, explique la citoyenne. On nous a envoyés au gymnase, même si on leur avait montré que c’était écrit [sur ma carte de rappel] que l’on devait voter à la cafétéria », poursuit-elle.

Une fois au gymnase, Mme LeBlanc est informée qu’elle ne doit pas voter à cet endroit. « Et là, immanquablement, ce n’était pas sur le même étage », déplore-t-elle.

Une clé était nécessaire pour accéder à l’ascenseur, que seul un gardien de sécurité possédait. « Une chance que j’étais accompagnée par des gens qui ont leurs deux jambes et leurs deux bras qui ont pu courir après le gardien de sécurité », évoque Mme LeBlanc.

Elle a enfin pu voter par la suite, mais ç’a été « un chemin du combattant, Astérix et les 12 travaux », relate-t-elle. « En plus de ça, il y a des candidats en situation de handicap, comment ça se fait ? », se questionne-t-elle.

Malgré tout, les obstacles qui ont été mis sur le chemin de Louisane LeBlanc ne correspondent pas à ce qui l’a le plus marquée dans cette expérience.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Louisane LeBlanc

Ce qui m’a mise hors de moi, c’est qu’on me parlait comme si j’avais 4 ans. J’ai 45 ans, je suis en train de faire un doctorat, est-ce qu’on peut s’adresser à moi comme si j’étais un être humain ?

Louisane LeBlanc

Samedi en fin de journée, Élections Montréal a confirmé que la situation avait été « rétablie » et que des personnes à mobilité réduite avaient pu voter au Collège de Rosemont. Tout est sur le même étage, et une rampe permet aux personnes d’entrer dans le bâtiment, évoque l’organisation.

Pas un cas isolé

Louisane LeBlanc n’est pas la seule à avoir dû composer avec des difficultés au moment de voter. Dimanche dernier, Francine Deshaies, une résidante de Brossard qui se déplace en fauteuil roulant, est allée voter. Une marche se trouvait à la sortie du bureau de vote, et elle a dû quitter le bâtiment par l’entrée.

Elle estime que sa situation n’a pas été un « gros problème », comme elle a facilement pu quitter le bureau de vote parce qu’il était peu achalandé.

« C’est pour ça que je suis allée voter par anticipation, parce que je n’étais pas certaine si c’était accessible. Une autre année j’étais allée, et il a fallu que je passe […] par des poubelles pour me rendre dans la salle », raconte-t-elle. « Cette année, c’était correct », dit-elle.

« Inacceptable », selon Ensemble Montréal

Pour Lise Poulin, candidate d’Ensemble Montréal au poste de conseillère dans l’arrondissement de Lachine, la situation qu’a vécue Louisane LeBlanc est « inacceptable ».

L’enjeu de l’accessibilité universelle tient à cœur à Mme Poulin, qui se déplace elle-même en fauteuil roulant.

C’est un peu la raison pour laquelle je décide de me présenter. J’essaie vraiment d’implanter la possibilité d’avoir des personnes en situation de handicap dans tous les paliers de décisions.

Lise Poulin, candidate d’Ensemble Montréal

Même si c’est le Directeur général des élections qui met sur pied les bureaux de vote, elle estime que plus les personnes en situation de handicap occuperont des postes décisionnels, plus elles sensibiliseront l’institution à la notion d’accessibilité universelle.

Projet Montréal n’était pas disponible afin de commenter cette situation.

Le calme dans les bureaux de vote

Pendant ce temps, le calme régnait dans les différents bureaux de vote visités par La Presse samedi après-midi. Des électeurs se dirigeaient au compte-gouttes vers l’école Notre-Dame-de-l’Assomption, dans le secteur d’Hochelaga-Maisonneuve, pour voter. Les citoyens n’avaient pas à patienter avant de se rendre dans l’isoloir.

Le même scénario pouvait être aperçu à l’école Jeanne-Mance, située sur le Plateau Mont-Royal. Yves Fouquette, qui ira voter dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie dimanche, attendait Richard Casavant, à la sortie du bureau de vote.

« Il n’y a pas un chat ! », s’exclame M. Casavant en rejoignant son ami. L’homme a décidé de donner son vote à Denis Coderre. « Je pense qu’il mérite une deuxième chance », affirme-t-il.

Avant d’entrer dans un bureau de vote du secteur de Rosemont, où les opérations de vote se déroulaient rondement, Marie-Ève Bolduc affirme plutôt qu’elle donnera son appui à Valérie Plante. « Je trouve qu’elle n’a peut-être pas eu sa chance à cause de la pandémie », dit-elle.

Balarama Holness vote

PHOTO PASCAL RATTHÉ, LE SOLEIL

Le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness, votant samedi matin

Le chef de Mouvement Montréal, Balarama Holness, a appelé les Montréalais à « voter avec leur cœur », samedi matin, avant d’aller cocher son nom dans l’isoloir, dans le bureau de vote situé dans l’hôtel Holiday Inn du centre-ville de Montréal.

« C’est un moment exceptionnel pour nous. Nous avons travaillé jour et nuit pendant six mois », a affirmé d’emblée M. Holness. « Nous aimerions que les Montréalais votent avec leur cœur, votent avec leur conscience et votent pour la seule voix progressiste à Montréal, qui est Mouvement Montréal », a-t-il poursuivi.

Denis Coderre et Valérie Plante se rendront pour leur part au bureau de vote dimanche matin.