Michael Kovrig, l’un des deux Canadiens accusés d’espionnage et détenus en Chine, pourrait bientôt connaître la peine qu’il devra purger. Celle-ci s’annonce plus sévère que celle de son compagnon d’infortune, Michael Spavor, estime un ancien diplomate canadien.

Agnès Gruda
Agnès Gruda La Presse

Selon Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur du Canada en Chine, c’est la conclusion que l’on peut tirer à la lecture d’un article publié mercredi dans le Global Times, journal en langue anglaise proche du régime chinois.

Dans ces révélations décrites comme « exclusives » et attribuées à une source anonyme, le Global Times détaille les accusations justifiant la peine de 11 ans de prison infligée à la mi-août à Michael Spavor.

Selon le journal, Michael Spavor aurait photographié de l’équipement militaire chinois classé comme un secret d’État de « deuxième niveau », et aurait acheminé ces images à l’étranger.

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Michael Kovrig

« Spavor était un informateur clé d’un autre accusé canadien, Michael Kovrig, et lui a fourni de l’information pendant une longue période », affirme le journal publié par le Quotidien du peuple, l’organe de presse officiel du Parti communiste chinois.

Selon Guy Saint-Jacques, l’article place Michael Kovrig dans la position du « maître espion, celui qui récoltait des informations auprès de gens comme Michael Spavor ». Bref, celui qui aurait tenu le rôle de patron.

« Opération de propagande »

Dans l’article du Global Times, Michael Kovrig est présenté comme un homme d’affaires. En réalité, il était chercheur pour une ONG indépendante spécialisée dans l’analyse de conflits, International Crisis Group.

Michael Spavor, lui, organisait des voyages en Corée du Nord. Des autoportraits captés sur le tarmac d’aéroports dans le cadre de ses voyages, et montrant des avions chinois, ont peut-être été utilisés par le régime chinois pour prouver qu’il photographiait des « équipements militaires », conjecture Guy Saint-Jacques.

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Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur du Canada en Chine

Ce dernier voit l’article du Global Times comme une « opération de propagande destinée à donner un vernis de légitimité au processus judiciaire chinois ». Propagande visant l’opinion publique occidentale en général, et canadienne en particulier.

Un diplomate en poste à Pékin, cité anonymement par l’agence Bloomberg, a lui aussi rejeté d’un revers de main l’hypothèse voulant que les deux hommes aient collaboré dans une affaire d’espionnage. Les deux Michael se connaissaient et auraient pris quelques verres ensemble à Dandong, ville proche de la frontière de la Corée du Nord. Le reste relève d’une pure fabrication, affirme cette source.

Bras de fer

Ceux que l’on appelle « les deux Michael » ont été arrêtés en décembre 2018 en Chine, quelques jours après que la Gendarmerie royale du Canada eut intercepté à Vancouver la numéro 2 de Huawei, Meng Wanzhou, dans la foulée d’une demande d’extradition vers les États-Unis.

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Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, le 18 août dernier, à sa sortie du tribunal, à Vancouver

Aux yeux de nombreux analystes, les deux affaires sont étroitement liées. L’arrestation et les procès respectifs de Michael Kovrig et de Michael Spavor, tenus à huis clos en mars, serviraient à faire pression sur Ottawa pour stopper la procédure d’extradition et faire libérer Mme Meng.

L’annonce de la peine de Michael Spavor ainsi que l’article du Global Times surviennent dans un contexte particulier : la Cour suprême de Colombie-Britannique a terminé ses audiences sur l’extradition de Meng Wanzhou. On s’attend à ce qu’elle rende sa décision cet automne. Il appartiendra ensuite au ministre de la Justice de décider s’il y donne suite ou non.

À mesure que ce moment de vérité approche, Pékin multiplie les pressions sur le Canada, note Guy Saint-Jacques qui cite aussi l’exemple du cas de Robert Lloyd Schellenberg, Canadien condamné à la peine de mort pour trafic de narcotiques. Sa peine a été confirmée le 9 août dernier – autre manière d’infléchir Ottawa dans le dossier de Meng Wanzhou.