Éclaboussé par de troublantes révélations concernant les conditions de vie des travailleurs étrangers à son site de Drummondville, le président des Productions horticoles Demers, Jacques Demers, a présenté ses excuses dans une lettre adressée aux ouvriers, envoyée à La Presse jeudi.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

« Les conditions dans lesquelles ont été hébergés certains travailleurs étrangers de Demers sont inacceptables. Je présente mes excuses aux travailleurs concernés, à nos clients, aux consommateurs », a d’emblée déclaré le président de l’entreprise, dont la lettre est publiée dans la section Débats.

Moisissures, matelas posés à même le sol, manque d’espace : les images diffusées par Radio-Canada le 31 mai montrent des logements insalubres. Ce sont de 70 à 95 Guatémaltèques qui doivent vivre dans ces conditions d’année en année, dans le secteur de Saint-Nicéphore, près de Drummondville.

Certains travailleurs ont même quitté leurs fonctions pour échapper à ce mode de vie, selon le reportage de la société d’État.

Dans sa lettre, Jacques Demers affirme s’être présenté sur les lieux « dans les heures suivant la diffusion de ces informations ».

Aucun des 85 travailleurs étrangers de Demers à Saint-Nicéphore n’est oublié et les choses avancent rondement. Une firme spécialisée va réaliser dans les meilleurs délais un nettoyage en profondeur dans trois des sites.

Extrait de la lettre de Jacques Demers, président des Productions horticoles Demers

Le président des serres Demers promet que « plusieurs travaux seront effectués ». Les 18 travailleurs hébergés dans deux sites ayant besoin de nombreuses rénovations seront relogés, écrit M. Demers.

Les résidences de Saint-Nicéphore sont aussi caractérisées par des trous dans les murs, une quantité insuffisante d’eau chaude et un manque d’espace flagrant, selon Radio-Canada.

L’entreprise a « manqué de vigilance »

« Demers connaît une croissance très rapide. Dans les derniers mois, la pandémie a accéléré ce rythme avec une forte pression sur les opérations, tandis que les mesures sanitaires compromettaient les visites périodiques des sites d’hébergement », écrit Jacques Demers. La construction d’une serre de 15 hectares à Lévis a d’ailleurs été annoncée le 30 mars dernier. Il s’agit d’un projet qui s’élève à 70 millions de dollars.

Le conseiller en ressources humaines des Productions horticoles Demers, Yannick Rivest, avait d’abord affirmé à Radio-Canada que l’entreprise suivait les normes et était conforme. Il avait également nié que des travailleurs avaient pu quitter l’entreprise en raison des conditions de vie.

Jacques Demers reconnaît maintenant que son entreprise a « manqué de vigilance ». « Même si un rapport d’évaluation daté du 14 mai disait que nos sites répondaient aux normes, nous aurions dû aller voir de nos propres yeux, malgré les contraintes sanitaires », conclut dans sa lettre le président du plus grand producteur maraîcher du Québec.

Il en tire une « leçon » et assure que les travailleurs étrangers qui arriveront chez Demers « seront tous correctement logés ».