Le Canada enverra un rover sur la Lune dans les cinq prochaines années. Dans les prochains mois, l’Agence spatiale canadienne sélectionnera deux entreprises canadiennes qui développeront des concepts pour le rover et les instruments scientifiques de cette mission, a annoncé mercredi le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, dans une conférence de presse.

Mis à jour le 26 mai 2021
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

L’astromobile canadienne permettra d’effectuer de multiples expériences à la surface de la Lune. « La mission aura pour objectif de prendre des images et des mesures ainsi que collecter des données à la surface de la Lune », a affirmé la présidente de l’Agence spatiale canadienne, Lisa Campbell.

Le véhicule embarquera au moins deux instruments scientifiques, un du Canada et l’autre des États-Unis.

On va aussi tester la résistance du rover pendant une nuit lunaire entière […] qui dure environ 14 jours terrestres et elles sont très froides et sombres, alors ça constitue un défi de taille sur le plan technologique.

Lisa Campbell, présidente de l’Agence spatiale canadienne

L’Agence spatiale canadienne sélectionnera deux entreprises canadiennes qui vont soumettre des concepts pour l’astromobile, a indiqué le ministre Champagne. Par la suite, l’Agence choisira une entreprise pour la développer.

« Un des objectifs principaux du Canada sera de développer l’autonomie de ces machines, avec l’intelligence artificielle, pour qu’elles puissent naviguer de manière autonome », a expliqué David Saint-Jacques, astronaute à l’Agence spatiale canadienne. L’engin nécessitera une plateforme fiable pour assurer le succès des expériences.

Soutenir les entreprises canadiennes

Afin de soutenir l’avenir de l’exploration spatiale, le ministre Champagne a annoncé mercredi que l’entreprise Mission Control Space Services, située à Ottawa, recevra 3 millions de dollars pour tester ses technologies lors d’une mission rover en 2022 dirigée par les Émirats arabes unis.

L’entreprise utilisera un ordinateur pour identifier et classifier les caractéristiques géologiques de la Lune, et testera un logiciel qui enverra les données en temps réel aux scientifiques.

L’intelligence artificielle va permettre au rover de naviguer sur la Lune et nos logiciels sur la Terre permettront aux scientifiques et aux universitaires d’au moins quatre universités canadiennes d’avoir accès à ces données en temps réel et de suivre cette mission.

Ewan Reid, président de Mission Control Space Services

Deux autres entreprises canadiennes ont également reçu du financement, soit NGC Aérospatiale ltée, de Sherbrooke, et Canadensys Aerospace Corporation, de l’Ontario.

L’entreprise québécoise fera la démonstration d’un système de positionnement semblable à la technologie GPS utilisée sur Terre. Ce système guidera les véhicules lunaires vers un endroit précis et les fera atterrir en toute sécurité. L’entreprise ontarienne testera plutôt une caméra à 360 degrés légère et à faible consommation d’énergie qui captera des images panoramiques spectaculaires de la surface lunaire.

L’Agence spatiale canadienne soutiendra aussi les travaux de chercheurs universitaires canadiens destinés à approfondir les connaissances sur la surface de la Lune.

Prochaines missions

Rappelons qu’en 2023, deux astronautes canadiens participeront au prochain voyage habité en orbite autour de la Lune. Le Canada se joindra aux États-Unis pour cette première mission lunaire habitée depuis plus de 50 ans.

Le Canada contribuera également à l’élaboration d’une station spatiale lunaire, Gateway, qui sera en orbite autour de la Lune. Contrairement à la Station spatiale internationale, la passerelle lunaire ne sera pas habitée de façon continue par des astronautes. Un système de robotique conçu par le Canada, Canadarm3, utilisera l’intelligence artificielle afin de maintenir des opérations dans l’espace quand les humains ne sont pas présents.

Rouler sur la Lune

Jusqu’à maintenant, seuls trois pays ont placé des rovers sur la Lune, soit l’Union soviétique, les États-Unis et la Chine. D’autres pays ont tenté de rouler à sa surface, mais ont échoué. Le 11 avril 2019, la sonde Bereshit d’Israël s’est écrasée à la surface de la Lune, après avoir décollé quelques semaines plus tôt de Cap Canaveral, en Floride. Quelques mois plus tard, le 6 septembre 2019, une sonde indienne a tenté de s’y poser, mais tout contact a été perdu à quelques centaines de mètres de la surface. Dans les semaines qui ont suivi, l’écrasement de la sonde sur la Lune a été confirmé.