Le DBrian Nadler a vécu une courte carrière marquée par plusieurs accrochages avec des collègues.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

(Hawkesbury, Ontario) Deux voitures de patrouille blanche et noire de la Police provinciale de l’Ontario ont surgi devant les urgences de l’Hôpital général de Hawkesbury, après la tombée du jour, le 25 mars dernier.

À l’intérieur de l’établissement, les policiers ont exécuté une manœuvre rarissime dans les annales policières au pays : ils ont arrêté un médecin sur son lieu de travail, après qu’un employé de l’hôpital eut composé le 911 pour l’accuser du meurtre d’un patient.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE LINKEDIN DE BRIAN NADLER

Le DBrian Nadler

Selon nos informations, l’arrestation du DBrian Nadler, 35 ans, qui réside à Dollard-des-Ormeaux, et sa mise en accusation moins de 24 heures plus tard pour homicide au premier degré ont eu l’effet d’une bombe chez le personnel de l’hôpital, déjà éprouvé par une deuxième éclosion de COVID-19 dans l’établissement.

« C’est la catastrophe à l’hôpital en ce moment. Tout le monde est sur les nerfs », a-t-on appris.

La direction de l’hôpital a donné aux employés la consigne de ne pas parler publiquement de l’affaire.

Choc

L’arrestation du DNadler a provoqué un choc dans la collectivité servie par l’hôpital, très populaire auprès des Québécois puisqu’il est bilingue et que la carte d’assurance maladie du Québec y est acceptée.

Beaucoup ont encore en tête le cas d’Elizabeth Wettlaufer, infirmière du sud-ouest de l’Ontario reconnue coupable d’avoir tué huit personnes âgées et d’avoir tenté d’en tuer six autres entre 2007 et 2016. Wettlaufer a été condamnée à la prison à perpétuité en 2017.

Les gens sont ébranlés. C’est devenu le sujet dont tout le monde parle.

Zachary Leduc, résidant de la région

Accusé du meurtre d’Albert Poidinger, homme de 89 ans qui résidait à Pointe-Claire, près de Montréal, le DNadler travaillait à cet hôpital depuis environ un an et habitait à temps partiel dans la petite municipalité de L’Orignal, en Ontario. L’avocat du DNadler, MAlan Brass, a affirmé que son client clamait son innocence et comptait se défendre des accusations portées contre lui.

La mort d’au moins cinq patients récemment emportés par la COVID-19 à l’hôpital d’Hawkesbury fait l’objet d’une enquête, ont rapporté des médias ontariens. Des médicaments utilisés pour soulager les patients atteints de la COVID-19 seraient évoqués.

« Bien que les examens post mortem soient terminés, les rapports d’analyse et de toxicologie du Bureau du coroner en chef et du Service de médecine légale de l’Ontario pourraient prendre plusieurs mois », a dit jeudi la Police provinciale de l’Ontario dans un communiqué.

Cathy Sheppard, qui habite la municipalité de Saint-Eugène, près d’Hawkesbury, se demande si cette affaire n’est pas liée à la crise de la COVID-19, qui « rend tout le monde fou », dit-elle.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Cathy Sheppard

Les gens vivent tellement de détresse à cause de la COVID-19. Les gens font ce qu’ils peuvent. C’est une situation horrible, il n’y a pas d’autres mots.

Cathy Sheppard, qui habite la municipalité de Saint-Eugène, près d’Hawkesbury

Un autre résidant, qui n’a pas voulu être nommé, dit quant à lui attendre de voir comment se déroulera le procès avant de se faire une opinion.

« Est-ce un cas où le patient souffrait et où il y a eu une intervention du médecin pour le soulager ? Personnellement, je l’ignore. Toute personne est présumée innocente dans notre système, alors on verra. »

Collecte d’informations

Selon nos informations, la direction de l’hôpital vient de mettre en place une cellule de collecte d’informations : toute personne qui croit qu’un proche aurait pu être une victime d’un mauvais traitement à l’hôpital peut y déposer une plainte.

C’est ce qu’a fait Natalie Letang. La résidante de Grenville, au Québec, vit le deuil de son père, Richard Letang, mort le 4 février à l’hôpital d’Hawkesbury.

Le dossier médical de son père contient les noms de plusieurs médecins qui ont interagi avec lui. Celui du DNadler n’en fait pas partie.

Mais Mme Letang n’en a pas le cœur net. « Mon père est arrivé sur ses deux pieds à l’hôpital et est mort étouffé dans son vomi quelques heures plus tard. Est-ce qu’il y a eu de la négligence ? Est-ce que ce médecin était là, ce soir-là ? Je veux avoir des réponses », dit-elle.

Le DBrian Nadler a comparu par voie audio devant la Cour de justice de l’Ontario mardi. Son dossier a été ajourné au 20 avril. Le DNadler demeure détenu jusqu’à nouvel ordre.

« Effondré en larmes »

Malgré son jeune âge, le DNadler a vécu plusieurs écueils dans sa courte carrière.

En 2018, alors qu’il posait sa candidature pour exercer la médecine au Nevada, il a expliqué au Conseil de l’État du Nevada des médecins examinateurs avoir fait l’objet d’« intimidation » et de « rumeurs » lorsqu’il terminait un programme de formation de résident à l’Université de la Saskatchewan quatre ans plus tôt.

« Au bout de deux semaines environ, j’ai eu une expérience négative avec l’un de mes [superviseurs traitants] qui a interprété une conversation que nous avons eue alors que je remettais en question son jugement médical, sur un cas impliquant un patient âgé qui prenait un antibiotique à usage très restreint », a dit le Dr Nadler au conseil, selon un enregistrement de la séance obtenu par CBC News.

« Essentiellement, le médecin a explosé de colère à mon endroit », a-t-il dit.

Le DNadler a plus tard été transféré à un autre superviseur, qui était « très agressif, très critique » et qui « m’humiliait en public », s’est-il souvenu.

« C’était à un point tel que je me suis effondré en larmes et que j’ai envoyé un courriel à mon programme pour demander de l’aide », a-t-il ajouté.

Le DNadler a aussi fait allusion à des « problèmes médicaux » qui l’ont empêché « de donner 100 % » dans son travail à cette époque, sans préciser la nature de ces problèmes.

Sa demande visant à exercer la médecine au Nevada a été acceptée, et le DNadler y a travaillé auprès de patients âgés pendant environ un an.

Le DBrian Nadler avait aussi fait l’objet de deux blâmes du Collège des médecins et des chirurgiens de la Saskatchewan, alors qu’il travaillait à l’hôpital St. Paul’s, à Saskatoon, en 2014. Lors d’une altercation, le DNadler avait traité une collègue de « bitch » et avait confié à un autre collègue qu’il avait « envie de la gifler ». Le médecin avait aussi modifié le dossier médical d’un patient sans dater ni indiquer les changements apportés.

Le DNadler s’était par la suite excusé et il a dû suivre un cours sur l’éthique, mais aucune autre mesure n’avait été prise contre lui.

Commencer par nous-mêmes

Le DBrian Nadler a étudié la médecine à l’Université McGill, où il a terminé ses études en 2010, avant d’aller faire sa résidence dans l’Ouest canadien.

Durant sa carrière, il a montré que la question de la santé mentale des médecins le préoccupait.

Dans un article qu’il a signé en 2013 pour l’Association médicale d’Alberta, il a écrit : « L’un des moyens les plus efficaces d’assurer des milieux de travail adéquats est de répondre efficacement aux défis émotionnels auxquels nos collègues médecins et nous-mêmes sommes confrontés. »

Dans cet article, le DNadler notait que le rôle de chaque médecin était de créer une culture où les discussions franches sur les problèmes de santé mentale étaient encouragées.

« Plus important encore, nous devons nous rappeler de commencer par nous-mêmes », a-t-il écrit.

Lorsqu’il a commencé à travailler à l’hôpital d’Hawkesbury en février 2020, le DNadler était titulaire d’un « permis restreint » et devait pratiquer la médecine en Ontario sous un superviseur clinique. Son permis restreint a pris fin le 3 février 2021, et il était libre de travailler sans supervision depuis cette date.

L’on trouve peu de renseignements sur le DNadler en ligne. Ce dernier a ouvert un compte sur le réseau social LinkedIn, mais il n’y semblait pas très actif.

Sa seule action répertoriée est celle d’avoir aimé une citation du coach de basketball John Wooden.

La citation va comme suit : « Soyez plus préoccupé par votre caractère que par votre réputation, car votre caractère est ce que vous êtes vraiment, tandis que votre réputation est simplement ce que les autres pensent de vous. »