L’aile réservée aux femmes d’un centre pour toxicomanes souffrant de problèmes de santé mentale sévères risque de fermer ses portes le mois prochain, faute de financement gouvernemental. Par contre, les services pour hommes ne sont pas menacés, puisqu’ils continuent d’être subventionnés par Québec.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« Si les hommes peuvent l’avoir, pourquoi pas les femmes ? », s’est interrogée Stéphanie Medeiros, qui a suivi le programme pour toxicomanes souffrant de problèmes de santé mentale (TSTM) de Portage. « Les femmes consomment des drogues aussi. Ça m’a complètement changée. Ça pourrait aider d’autres femmes. »

En 1995, le programme de réadaptation en toxicomanie pour les hommes souffrant de problèmes de santé mentale a ouvert ses portes. La vingtaine de patients, qui sont toujours suivis en parallèle par des professionnels en santé, dont des psychiatres, résident dans le centre Portage pendant toute la durée de la thérapie, soit de six à huit mois.

« Le programme pour les hommes est financé par le ministère de la Santé et des Services sociaux », a expliqué la directrice des communications de Portage, Seychelle Harding.

Dès sa création, des femmes ont signifié leur intérêt pour avoir elles aussi accès à une aide similaire. « Quand on a rénové l’édifice [vers 2006], on a fait une aile pour les femmes, avec neuf lits, dans l’espoir d’avoir du financement pour les femmes », dit Mme Harding.

On se disait que, puisqu’on avait un financement pour les hommes, ça allait de soi d’avoir aussi le financement pour les femmes.

Seychelle Harding, directrice des communications de Portage

Le financement du gouvernement du Québec pour ce volet n’est finalement pas venu. Par contre, grâce à une aide d’Ottawa de 479 000 $ ainsi que des dons à l’organisme à but non lucratif, les femmes peuvent bénéficier du programme depuis 2018. Normalement, le groupe peut atteindre un maximum de neuf femmes, mais en temps de pandémie, seulement huit places sont offertes. Le programme est victime de son succès; il y a toujours des noms sur la liste d’attente.

Sauf que, puisque la bourse est maintenant bien vide, si aucune aide gouvernementale supplémentaire ne vient, Portage devra fermer le centre pour femmes le 31 mars prochain. « Nous sommes en pourparlers avec le ministère de la Santé et des Services sociaux pour la survie du programme », a affirmé Mme Harding, qui a confié que l’équipe de Portage était « inquiète ».

« C’est scandaleux ! », a lancé de son côté Antonio Maturo, directeur du programme TSTM pour les hommes et les femmes. « Je ne comprends pas pourquoi ils ne financent pas [le programme] pour les femmes. »

Au moment de publier, les demandes faites au Ministère demeuraient sans réponse.

« Le programme m'a beaucoup aidée »

Stéphanie Medeiros est un bel exemple de succès du programme TSTM Femmes de Portage. Atteinte d’un trouble schizoaffectif, elle a confié qu’avant de suivre la thérapie, elle avait un grave problème de consommation d’alcool et de drogue. « J’étais dans un hôpital, et on m’a fortement conseillée d’y aller. Je ne voulais rien savoir au début, mais je dois avouer que le programme m’a beaucoup aidée. C’est une communauté. J’étais avec plusieurs filles, 24 heures sur 24. »

Lorsqu’elle a terminé sa thérapie, il y a un an et demi, elle a vécu dans l’un des appartements supervisés de Portage, puis dans l’un des appartements communautaires, où elle habite actuellement. Elle travaille aussi chez Portage comme veilleuse de nuit. Elle n’a jamais consommé par la suite, a-t-elle affirmé avec fierté.

Quand [les hommes et les femmes] rentrent ici, la schizophrénie a complètement le contrôle sur eux. Quand ils en sortent, ils ont le contrôle sur la schizophrénie. Juste ça, ça dit beaucoup.

Antonio Maturo, directeur du programme TSTM

Pour M. Maturo, la réussite du programme repose notamment sur les liens étroits établis avec les professionnels de la santé avec lesquels on s’occupe des résidants de Portage. « Les soins sont partagés avec eux. Nous, on aide pour leur consommation. Mais sans l’équipe traitante, on ne peut rien faire. Il y a souvent des périodes d’hospitalisation. » Il donne l’exemple de Stéphanie Medeiros, qui, lorsqu’elle a commencé sa thérapie, a dû être hospitalisée. « Ils ont ajusté ses médicaments, et elle est revenue ici. »

Créé en 1973, l’organisme Portage a choisi, il y a bien des années, d’offrir des programmes sexospécifiques, parce que les équipes se sont aperçues que les gens étaient plus à l’aise de cette manière, a expliqué Mme Harding.

« On espère trouver une solution avec le gouvernement, a confié la directrice des communications. Pour ne pas en venir à fermer ce beau programme qui est toujours plein et qui aide tant de femmes à se remettre sur la bonne voie. »

« Ce serait un péché mortel de le fermer », a conclu M. Maturo.