Il y a quelques années, le ministre libéral Norman MacMillan avait commis ce savoureux lapsus : « aucune inaction ne sera prise ».

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Cela ressemble à la nouvelle version très officielle du gouvernement Trudeau au sujet des voyageurs. Il promet de resserrer le contrôle. Bientôt, peut-être, sous peu, possiblement.

Just watch us, semble-t-il dire, nous allons réfléchir, on pourrait même s’y mettre bientôt !

La semaine dernière, le fédéral prévenait les voyageurs qu’une annonce se prépare. Ça s’en vient, confirmait vendredi dernier Dominic LeBlanc, ministre des Affaires intergouvernementales. Puis le comité COVID du gouvernement s’est réuni sans réussir à trancher, et le Conseil des ministres n’a pas trouvé non plus un compromis.

Alors la menace flotte encore dans l’éther.

Eh non, tout cela n’est pas simple. Je n’en doute pas une seconde. Avec son équipe, M. Trudeau retourne toutes les pierres pour trouver la meilleure solution.

C’est normal de prendre quelques jours. Une dizaine, peut-être. Mais tout le mois de janvier ?

S’il y a une leçon à tirer de la pandémie, c’est que les demi-mesures sont inefficaces. Il faut frapper vite et fort.

Près de 16 000 voyageurs atterrissent à Montréal chaque semaine. Plus le temps passe, plus le risque augmente. L’attente est le pire des choix.

Politiquement, M. Trudeau commence à en payer le prix.

Rappelez-vous le début de la pandémie. En mars, il avait longtemps hésité avant de fermer la frontière terrestre aux voyageurs. François Legault était exaspéré, Valérie Plante aussi. La mairesse de Montréal avait même dépêché ses propres équipes pour intervenir à l’aéroport.

À l’époque, l’opposition à Ottawa se tenait discrète. « Le premier ministre se coule lui-même, on n’a pas besoin d’en ajouter », m’avait alors avoué un député.

M. Trudeau a fini par agir et son travail dans les mois suivants lui a permis de remonter dans les intentions de vote. Mais en cette probable année électorale, il ne peut se permettre de paraître hésitant une fois de plus. Surtout pas dans cette étape cruciale, en pleine deuxième vague, alors que les doses de vaccins arrivent trop lentement.

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Le premier ministre du Canada fait parfois la morale à M. Legault, par exemple par rapport aux soins aux aînés qui ne relèvent pourtant pas de sa compétence. Mais dans le cas des frontières, c’est M. Legault qui parle d’un sujet qu’il connaît moins. Et il ne le fait pas avec beaucoup de délicatesse…

Depuis le début de la crise, chaque fois que les provinces sont critiquées, elles retournent leurs canons contre le fédéral, cet ennemi utile.

Dans le cas des frontières, on pourrait n’y voir qu’une guéguerre politique qui n’accomplit pas grand-chose à part miner la confiance dans notre combat collectif et fragiliser ce qu’il reste de la solidarité.

Sauf qu’il ne s’agit pas que d’une querelle Québec-Ottawa de plus. À voir le DHoracio Arruda s’impatienter, on constate que le problème va bien au-delà de la politique. Il est sanitaire.

MM. Legault et Arruda montent le ton comme pour réveiller un conducteur endormi au volant.

Il y a urgence d’agir. Cela, tout le monde semble le comprendre, sauf le gouvernement Trudeau.

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Je ne lance pas la pierre aux voyageurs. S’ils ont quitté le pays, c’est parce que la loi le leur permettait. Et aussi parce que les crédits des transporteurs les y incitaient – les vols annulés au printemps n’ont pas été remboursés.

Parmi les cas dont l’origine est retraçable, environ 2 % proviennent des voyages. Ce n’est donc pas la source principale de contagion. Mais comme le répètent les épidémiologistes, le passé n’est pas garant de l’avenir. Les voyageurs pourraient accélérer l’arrivée des variants, mettre en péril les efforts du confinement et affaiblir la campagne de vaccination.

Ce n’est pas un jugement moral contre les individus qui voyagent, c’est une évaluation des risques pour la collectivité.

La pandémie se combat par une combinaison de mesures. C’est l’addition des gestes qui compte, et le contrôle des voyageurs fait partie de l’arsenal.

Mardi, le Manitoba a annoncé que les voyageurs devront obligatoirement s’isoler pendant 14 jours à leur retour dans la province.

En principe, c’est ce que le fédéral exige déjà. Mais cette directive n’est pas appliquée sévèrement.

La Sûreté du Québec ne peut remettre elle-même de contraventions – elle doit transmettre le dossier à la GRC, avec les délais que cela suppose.

Le Québec demande maintenant que ses policiers puissent donner eux-mêmes des contraventions. Vendredi, ils ont reçu les listes de voyageurs pour intervenir eux-mêmes.

Oui, vendredi… Trois semaines après le retour des voyageurs de Noël.

Comme dirait monsieur Miyagi, le moment de vérité approche. Il faudra que M. Trudeau ait autre chose à offrir que sa bonne volonté. Ne rien faire devient de plus en plus périlleux.