Même si la vice-première ministre Geneviève Guilbault a appelé les corps policiers à faire preuve de « tolérance » à l’endroit des sans-abri, dans l’application du couvre-feu décrété par le gouvernement, les groupes d’aide s’inquiètent du sort de ceux qui décideront de passer la nuit dehors.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

« L’itinérance ne se termine pas à 20 h », souligne James Hughes, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery.

Il faut s’assurer que la politique est mise en place avec compassion et discernement pour les personnes qui ne veulent pas venir dans nos établissements, qui restent dans la rue, qui sont en mouvement toute la nuit parce qu’elles n’ont pas d’autre place que la rue.

James Hughes, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery

Mme Guilbault, au cours de son point de presse de jeudi, a indiqué que la priorité des autorités serait d’aider les sans-abri à trouver une place dans un refuge.

« On veut aider, on veut accompagner la clientèle itinérante, et non pas les inonder de contraventions. Donc la tolérance sera de mise », a-t-elle assuré.

En annonçant les modalités du couvre-feu, mercredi, le premier ministre François Legault avait affirmé qu’il y avait assez de places dans les refuges pour sans-abri pour que tous aient une place pour passer la nuit.

« Le premier ministre a raison, nous avons assez de places dans l’ensemble, mais il n’y a pas de places disponibles tout le temps, dans tous les lieux », note Samuel Watts, PDG de la Mission Bon Accueil, qui gère notamment le refuge pour sans-abri aménagé dans l’hôtel Place Dupuis, près du centre-ville de Montréal.

Chaque nuit, l’hôtel Place Dupuis reçoit de 320 à 325 personnes itinérantes, sur une capacité de 340. Des navettes roulent toute la nuit dans la ville pour amener ceux qui le désirent vers des refuges ayant encore des places libres.

Mais parmi ces personnes, certaines ont des problèmes de santé mentale, de dépendance ou de comportement, rappelle M. Watts.

Il y a des cas particuliers qui ne sont pas faciles. Par exemple, hier soir, on a eu un cas de violence dans une ressource, et le monsieur a dû être exclu parce qu’on ne tolère pas la violence, et il a refusé d’être orienté vers une autre ressource.

Samuel Watts, PDG de la Mission Bon Accueil

Les membres de la communauté autochtone peuvent aussi avoir du mal à trouver des ressources adaptées à leurs besoins.

L’organisme Projets autochtones du Québec (PAQ) offre deux refuges à cette communauté, l’un permanent, l’autre temporaire. Sa directrice générale, Heather Johnston, craint de manquer de places, et d’employés, si le couvre-feu provoque une ruée vers ces ressources.

« On a la capacité d’augmenter un peu le nombre de lits, mais si la demande augmente de 50 %, ça ne sera pas possible d’y répondre », dit-elle.

« Une partie des membres de cette communauté n’aime pas les refuges, ils préfèrent vivre dehors, ils en ont l’habitude. C’est pour eux que le couvre-feu m’inquiète. Mais je ne peux pas croire qu’on va donner une amende de 1000 $ ou de 6000 $ à une personne itinérante qui n’a nulle part où aller pendant le couvre-feu. »