À l’approche du troisième anniversaire de l’attentat dans la grande mosquée de Québec, les partisans du contrôle des armes exhortent le gouvernement provincial à resserrer les règles sur la vérification des antécédents pour les permis d’armes à feu.

Sidhartha Banerjee
La Presse canadienne

Ces militants réclament un renforcement depuis que l’on a appris que le tireur de la mosquée, Alexandre Bissonnette, n’avait pas déclaré ses épisodes de dépression lorsqu’il avait demandé un permis d’armes à feu, et que sa famille ne l’avait pas signalé aux autorités non plus.

Suzanne Laplante-Edward, dont la fille a perdu la vie dans la tuerie de Polytechnique, souligne que personne n’a vérifié les antécédents d’Alexandre Bissonnette et que si quelqu’un l’avait fait, il n’aurait pas pu se procurer les armes utilisées lors de l’attaque.

Mme Laplante-Edward et d’autres proches des victimes de Polytechnique ont eu l’occasion de discuter de la question avec le premier ministre François Legault lors d’une récente cérémonie pendant laquelle les victimes ont reçu la Médaille de l’Assemblée nationale à titre posthume.

« Nous avons eu une très bonne rencontre avec M. Legault à Québec lorsque nos filles ont reçu les médailles et il était très réceptif à ce que nous avions à dire », explique Mme Laplante-Edward, dont la fille Anne-Marie Edward était l’une des 14 femmes tuées le 6 décembre 1989.

« Ce que nous avions à dire, c’est que trois ans après la fusillade à la mosquée – qui a vraiment montré les failles du système –, rien n’a changé concernant le processus de vérification. »

Les militants du contrôle des armes exigent que le gouvernement du Québec applique strictement les mesures existantes sur les permis d’armes à feu.

Dans une lettre de suivi adressée au premier ministre Legault à la mi-décembre, Mme Laplante-Edward a aussi demandé un resserrement des règles.

« Trois ans se sont écoulés depuis le massacre de la grande mosquée de Québec, et rien, monsieur Legault, absolument rien n’a été fait par le gouvernement du Québec pour corriger les lacunes du processus fédéral entourant l’obtention des permis d’armes à feu », a-t-elle écrit.

Selon elle, M. Legault a convenu qu’il était impératif que Québec agisse rapidement pour combler les lacunes dans la vérification des antécédents.

« Le Québec doit être proactif et non réactif lorsqu’il s’agit de savoir si une personne devrait ou non avoir accès à des armes à feu », a aussi écrit Mme Laplante-Edward.

Le registre québécois des armes d’épaule

Le gouvernement fédéral de Justin Trudeau a promis une série de mesures pour resserrer le contrôle des armes, et Québec dit avoir eu des discussions avec le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, au sujet des changements à venir.

« Comme nous le savons, le gouvernement fédéral cherche également des moyens de resserrer le contrôle des armes à feu, et nous avons dit que nous étions toujours prêts à avoir des discussions à ce sujet », a déclaré Jean-François Del Torchio, porte-parole de la ministre québécoise de la Sécurité publique.

Le porte-parole a souligné l’existence du registre québécois des armes d’épaule entré en vigueur le 29 janvier 2018, un an après l’attentat à la mosquée qui a fait six morts et 19 blessés. La loi a rendu obligatoire l’inscription des armes d’épaule à partir de janvier 2019.

Alexandre Bissonnette a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle pendant 40 ans pour six chefs de meurtre au premier degré et six autres de tentative de meurtre.

M. Del Torchio a noté qu’en dépit du scepticisme concernant l’efficacité du nouveau registre provincial, un million de personnes s’y sont inscrites la première année.

« Nous tentons toujours de voir s’il y a des moyens de resserrer les choses », a-t-il dit.

L’organisation PolySeSouvient, un regroupement de familles et de survivants du massacre qui exigent un resserrement des mesures sur les armes à feu, estime que même si le registre provincial est important, il ne sera pas très utile si personne ne vérifie les informations contenues dans les demandes de permis.

Le groupe demande à la Sûreté du Québec de vérifier les références accompagnant les demandes et de procéder à l’examen minutieux des dossiers des demandeurs ayant des antécédents de troubles mentaux – un processus qui, selon PolySeSouvient, devrait également viser les propriétaires actuels d’armes à feu.

Le groupe affirme que dans l’état actuel des choses, les autorités ne vérifient pas systématiquement les renseignements contenus dans les demandes de permis, sauf si elles ont un doute quant à certains éléments.