() La Ville de Mont-Tremblant ne compte pas s’interposer dans la vente et la démolition du parcours La Belle du golf Gray Rocks, qui pourrait bientôt être transformé en un projet de condos.

Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

« C’est une situation triste, concède en entrevue le maire de Mont-Tremblant, Luc Brisebois. Je comprends ça, ma femme est une bonne golfeuse, et elle aussi trouve ça triste. »

À la demande de résidants, la Ville a étudié la possibilité d’acheter les deux terrains jumeaux La Belle et La Bête, et aussi de demander le classement patrimonial du terrain La Belle.

En activité depuis 100 ans cette année, le parcours La Belle est le plus ancien terrain de golf de 18 trous des Laurentides. Un comité de citoyens a réuni près de 2000 signatures pour la sauvegarde du golf, notamment celles du champion de ski Erik Guay et de la violoniste Angèle Dubeau.

« J’ai été franc, dit Luc Brisebois. Je leur ai expliqué qu’on a regardé toutes les possibilités, mais que ça ne sera pas possible. »

Un achat des terrains par la Ville et une mise à niveau des infrastructures coûterait près de 10 millions de dollars, note-t-il, et la Ville devrait ensuite exploiter un terrain de golf, et entrer en concurrence avec les nombreux clubs privés de la région.

Quant à un classement patrimonial de la part du ministère de la Culture, M. Brisebois note qu’une telle désignation ne préserverait pas automatiquement la pratique du golf. « Ce que ça fait, c’est que le terrain ne peut être développé, mais le propriétaire n’est pas obligé de continuer d’opérer son golf. »

Le golf est un sport en décroissance au pays, note M. Brisebois. « Entre 2015 et 2019, il s’est fermé 128 terrains de golf au Canada. Ce qui est triste, c’est que ça fait sept ans que le golf est à vendre. À cette époque-là, on aurait pu regarder ça, mais depuis la Ville a fait d’autres choix. On a un programme d’infrastructure, on sait où on s’en va. »

Condos sur le terrain

Considéré comme un « joyau » par de nombreux habitants de la région, le golf La Belle a été fondé en 1920 par la famille Wheeler, pionnière du tourisme à Mont-Tremblant. Des chevaux et des charrues ont été utilisés pour aménager le terrain.

Très fréquenté, le golf La Belle est considéré comme une porte d’entrée pour ce sport, et beaucoup de jeunes de la région y apprennent le golf. L’accès y est moins coûteux et l’atmosphère plus détendue que dans plusieurs clubs de golf haut de gamme ouverts plus récemment dans la région de Mont-Tremblant.

Isabelle Boily, relationniste de presse du ministère de la Culture et des Communications, note que toute personne qui souhaite qu’un bien obtienne un classement en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel peut en faire la proposition à la ministre Nathalie Roy. Celle-ci peut également prendre cette initiative.

« À ce jour, le Ministère n’a pas reçu de proposition de classement pour ce site et n’a pas statué sur son intérêt patrimonial », note-t-elle.

Le Ministère signale qu’un tel classement assure un statut de protection qui entraîne des obligations pour le propriétaire du bien classé.

« Tout propriétaire d’un bien patrimonial classé doit notamment prendre les mesures nécessaires pour assurer la préservation de la valeur patrimoniale de ce bien », dit Mme Boily.

Pouvoirs partagés

La Loi sur le patrimoine culturel prévoit des pouvoirs pour les villes en matière de protection du patrimoine culturel. Les pouvoirs de protection de la loi sont donc partagés avec le milieu municipal, qui peut procéder à la citation d’immeubles ou de sites patrimoniaux, note Mme Boily.

Sylvie Lajeunesse, qui est née et a passé sa vie dans la région de Mont-Tremblant, a lancé un comité de citoyens qui souhaitent préserver le golf.

Elle note que les citoyens savaient depuis longtemps que le golf était à vendre, mais ne croyaient pas que les futurs acheteurs voulaient mettre fin aux activités du parcours La Belle, qui affiche souvent complet durant la belle saison.

« On demande à la Ville de protéger le terrain, pas de l’acheter, dit-elle. Le nouveau propriétaire pourrait construire des condos autour du terrain, sans détruire le patrimoine. Il y a aussi des milieux humides dans ce golf. Dans le fond, ce qu’on comprend, c’est qu’il n’y a pas de volonté politique. »

L’important, dit-elle, c’est que l’endroit reste un espace vert. « À Tremblant, nous sommes la troisième destination la plus courue de la province, après Montréal et Québec. Des condos, ce n’est pas ça qui manque ici. Il faut penser aux générations futures. »