(Calgary) Les temps sont difficiles pour les organismes caritatifs, car les dons semblent être en chute libre.

Bill Graveland
La Presse Canadienne

L’Armée du salut a dû modifier sa traditionnelle campagne de la marmite. Ainsi, les Canadiens peuvent se rendre à l’une de ces marmites qui proposaient de verser un montant préprogrammé de 5 $. Ils avaient la possibilité de toucher l’unité de paiement jusqu’à 10 fois pour augmenter le montant de leur don, s’ils le souhaitaient.

« C’est la 118e campagne de la marmite. Pour la première fois, on n’aura personne autour d’elles, mentionne le major Al Hoeft de l’Armée du Salut. J’espère que l’année prochaine, nous pourrons accueillir tous nos bénévoles et les faire sortir dans les centres commerciaux et les magasins. Mais pour 2020, c’est un Noël sans COVID. »

En Alberta, ce sont 1000 bénévoles qui ont été renvoyés chez eux après que le gouvernement eut imposé de nouvelles restrictions dans les commerces de détail, la semaine dernière. Les gens disposent de moins d’argent liquide sur eux, compliquant la tâche de l’Armée du Salut pour atteindre ses objectifs de don.

M. Hoeft dit que l’Armée du salut espérait récolter 23 millions, mais la campagne a commencé lentement.

« Nous planifions depuis mai et juin. Nous savions que l’économie prendrait un véritable coup. Nous avons réalisé que nos donateurs et ceux que nous aidons auraient des défis financiers, relate-t-il. C’est vraiment une épée à double tranchant. »

Le constat est le même aux Manoirs Ronald McDonald du Canada qui exploitent 17 installations au pays. L’organisme a lui aussi du mal à collecter des fonds.

Les choses sont difficiles. Nous essayons de trouver comment continuer à remplir notre mission dans un monde qui a changé. Soixante-neuf pour cent des organismes de bienfaisance voient une baisse moyenne de 30 %. Nous avons subi une baisse atteignant 60 % dans certaines de nos régions et, entre-temps, nos dépenses augmentent.

Cathy Loblaw, PDG de l'Œuvre des Manoirs Ronald McDonald

Mme Loblaw indique que des rénovations pourraient être nécessaires dans certains endroits pour les rendre conformes aux règles concernant la COVID-19.

Les services existants continueront, mais l’organisme devra peut-être puiser dans un fonds mis de côté pour une expansion future, signale-t-elle.

« Aujourd’hui, nous servons un peu plus de 26 000 familles par an. Nous refusons plus de 3000 familles chaque année et nous sommes loin de répondre à la demande de soutien dont les familles ont besoin. »

Le temps des Fêtes est habituellement la période de l’année la plus importante pour bien des organismes qui doivent chercher différentes façons nouvelles de recueillir les dons.

« Nous ne sommes pas en mesure d’organiser des évènements spéciaux. Tout le monde doit être beaucoup plus créatif. Nous constatons que beaucoup de gens utilisent les plateformes de dons en ligne », dit Bernadette Geronazzo, bénévole d’un refuge pour femmes de Calgary.

La Banque alimentaire de Calgary ne semble pas vivre ces problèmes. Son entrepôt géant est plein jusqu’au plafond. Les bénévoles ont été occupés à fabriquer des paniers avec un approvisionnement régulier de nourriture circulant sur un tapis roulant.

L’entrepôt contient 450 000 kilogrammes de nourriture, soit environ trois semaines d’approvisionnement.

« Heureusement, nous n’avons aucun problème à répondre à la demande, dit son président et chef de la direction James McAra. Lorsque les gens nous appellent et que nos partenaires nous appellent pour nous dire qu’ils connaissent une famille qui a besoin de nourriture, nous sommes là. »

M. McAra raconte que la demande avait diminué au début de la pandémie, car les gens restaient chez eux et recevaient une aide gouvernementale. Mais récemment, il y a eu une augmentation du nombre de nouveaux « clients » chaque semaine.

Les banques alimentaires canadiennes organisent une conférence téléphonique toutes les deux semaines. La plupart logent à la même enseigne. Il y a un certain partage des ressources si des régions se trouvent à court.

L’avenir demeure préoccupant, reconnaît M. McAra. « Il y a tellement de choses que nous ne savons pas. Nous ne savons pas ce qui va se passer dans trois mois. Nous ne savons pas comment l’économie va réagir. »