Le « père de l’assurance maladie » et ancien ministre de la Santé Claude Castonguay est mort dans la nuit de vendredi à samedi, à l’âge de 91 ans. Personnage marquant de la société québécoise, il laisse derrière lui un legs important.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Il est décédé chez lui, dans sa maison, entouré de sa famille. On s’y attendait, il n’était pas bien depuis quelque temps », confie son beau-frère Gaspard Fauteux, qui est le frère de Marie Castonguay, l’épouse du défunt. « La famille va d’abord laisser passer les évènements, ajoute M. Fauteux. Ils ont besoin de soutien et d’amour. »

Claude Castonguay laisse dans le deuil sa femme, mais aussi ses trois enfants, Monique, Joanne et Philippe, ainsi que cinq petits-enfants.

Directeur général du Parti libéral du Québec (PLQ) à l’époque où M. Castonguay était ministre, Ronald Poupart se souvient d’un grand homme. « C’est une tristesse. Sur le plan public, il a fait d’énormes travaux pour aider la société. Ç’a été un pionnier du développement de l’aide aux Québécois en matière de santé », se remémore M. Poupart, en offrant au passage ses plus sincères condoléances à la famille.

On voyait qu’il adorait la politique, sans nécessairement en avoir fait beaucoup. Il adorait ça, non pas pour la joute parlementaire, mais plutôt pour voir comment la société pouvait évoluer.

Ronald Poupart, ancien directeur du Parti libéral du Québec

Présidente du PLQ de 1970 à 1973, Lise Bacon accueille la nouvelle avec chagrin. « Cet homme a fait beaucoup pour les Québécois avec l’assurance maladie. Avant ça, plusieurs s’endettaient pour se faire soigner », dit-elle. « J’ai pensé qu’il se passait quelque chose, il n’y a pas longtemps, quand il a annoncé qu’il n’écrirait plus », ajoute la première femme à avoir occupé les fonctions de vice-premier ministre du Québec.

Collaborateur régulier des pages de La Presse, Claude Castonguay avait en effet annoncé dans un dernier texte, au début novembre, qu’il n’y écrirait plus. « Mon âge m’a rattrapé. J’ai perdu une grande partie de mon énergie et mon équilibre est de plus en plus chambranlant. À tel point que je ne me sens plus en mesure de générer l’effort que requiert la rédaction de chroniques périodiques », avait-il expliqué.

Ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, John Parisella parle d’une « triste nouvelle ». « C’était un grand Québécois, avec une grande contribution, et un visionnaire. Il a transformé notre vie. On va tous conserver un excellent souvenir de Claude Castonguay, et surtout de la reconnaissance. Il a été engagé toute sa vie, il a toujours gardé un œil ouvert, et a toujours été à l’écoute des grands enjeux de la société », souligne-t-il.

Une longue et grande carrière

Né le 8 mai 1929 dans la capitale nationale, M. Castonguay a fait ses études à l’Académie de Québec de 1944 à 1948, puis à la faculté des sciences de l’Université Laval, de 1948 à 1950. Il a aussi étudié à la faculté des sciences actuarielles de l’Université du Manitoba, de 1950 à 1951.

Au tournant des années 50, il a été chargé de cours, puis professeur agrégé au département d’actuariat de l’Université Laval, en plus d’occuper un poste d’actuaire associé à l’Industrielle. Il a aussi cofondé Castonguay, Lemay et Associés, une entreprise qui a depuis été renommée Sobeco, et a notamment été président de l’Institut canadien des actuaires, en 1978.

Il a été élu en 1970 comme député de Louis-Hébert sous la bannière du Parti libéral, puis a été nommé ministre de la Santé dans le gouvernement de Robert Bourassa, poste qu’il a occupé de mai à décembre 1970. L’un de ses grands projets aura été la création de la carte d’assurance maladie, mais aussi du régime de rentes du Québec. Il a ensuite occupé le poste de ministre des Affaires sociales jusqu’en 1973.

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L’ex-ministre de la Santé Claude Castonguay et l’ancien président-directeur général de la Régie de l’assurance maladie du Québec Robert Després, en 1970

En 1966, M. Castonguay a été mandaté par le gouvernement de Daniel Johnson, dans la foulée de la Révolution tranquille, pour présider une vaste commission d’enquête sur la situation des soins de santé et des services sociaux.

Dans son rapport, M. Castonguay avait recommandé la création d’une politique d’assurance maladie et la mise sur pied d’un réseau de cliniques de services sociaux. Aujourd’hui, celles-ci sont devenues les centres locaux de services communautaires (CLSC), bien connus du grand public. Plus récemment, en 2007 et 2008, il a aussi présidé un groupe de travail sur le financement du réseau de la santé.

Outre ces faits marquants, Claude Castonguay a accumulé les engagements politiques et sociaux. Membre de plusieurs conseils d’administration, dont celui de la Caisse de dépôt et placement du Québec, il a aussi été chancelier de l’Université de Montréal, puis président de la Fondation Wilbrod-Bhérer du Centre hospitalier de l’Université Laval, entre autres fonctions.

Des années 1970 aux années 2000, le politicien a aussi été décoré de plusieurs doctorats honorifiques, entre autres par l’Université Bishop’s, l’Université McGill ou encore l’Université Laval. En 1991, il a été nommé officier de l’Ordre national du Québec, puis grand officier en 2014. Son livre Mémoires d’un révolutionnaire tranquille, publié en 2005 aux Éditions du Boréal, retrace les jalons de sa vie personnelle et professionnelle, en plus de faire état des grands dossiers dont il s’est occupé au cours de sa carrière.

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