Le 11 septembre. Tout le monde se souvient du 11 septembre. Même pas besoin de mentionner l’année. Le 11 septembre 2001, les États-Unis d’Amérique ont été attaqués. Au cœur même de leur puissance. Les tours du World Trade Center se sont effondrées. Et avec elles, notre insouciance, aussi. On s’est rendu compte qu’on était en danger. Allô ! La planète en entier l’est. Depuis des milliers d’années.

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

Le monde a changé, qu’on a dit. Le monde change toujours. La plupart du temps sans qu’on le remarque. Cette fois-là, on l’a vu. De nos yeux vu. À la télé.

Et le 12 septembre, vous souvenez-vous du 12 septembre ? Pas le 12 septembre 1940, lorsqu’on découvert les grottes de Lascaux, prouvant que les hommes préhistoriques dessinaient, déjà mieux que la plupart d’entre nous. Ni le 12 septembre 1962, lorsque le président John F. Kennedy a prononcé son fameux discours, promettant que l’homme marcherait sur la Lune, avant la fin des années 60. Aujourd’hui, les discours du président des États-Unis ne promettent qu’une seule chose, c’est qu’il va nous marcher dessus. Pas non plus le 12 septembre 1994, lorsque Jacques Parizeau et le Parti québécois ont pris le pouvoir en parlant d’indépendance. Quand je vous disais que le monde a changé…

Le 12 septembre, en question, c’est celui qui a suivi le 11 septembre. Le 12 septembre 2001. Il y a 19 ans aujourd’hui. 

Que s’est-il passé le 12 septembre 2001 ? Il s’est passé ce qui s’est passé tous les lendemains des grands drames de l’humanité : la vie a continué.

On parle beaucoup du 11 septembre. On ne parle pas assez du 12 septembre. Pourtant, c’est la journée qu’il ne faut jamais oublier. Ne jamais oublier que le jour après l’horreur, la désolation, la peine, le soleil se lève quand même. Et nous avec lui.

C’est important, le 12 septembre. Ça devrait être souligné dans nos calendriers. Si le 11 est le rappel de la catastrophe la plus spectaculaire de notre époque, le 12 devrait toujours nous évoquer le fait que peu importe l’ampleur de la tragédie, l’histoire se poursuit. Pour ceux qui sont encore là, bien entendu.

PHOTO TANNEN MAURY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Vue de Manhattan, le 12 septembre 2001

Le temps est un train qui avance. On n’y est pour rien. Tant qu’on est dedans, on va toujours avancer. Même quand tout semble s’arrêter, le temps n’arrête jamais. Jusqu’à notre arrêt à nous. Notre gare. Notre quai. Le temps n’a pas de terminus. Seulement ses passagers.

Le problème avec la pandémie, c’est qu’il n’y a pas de 11 septembre. Pas de big bang. Pas un moment précis. Ça a commencé goutte à goutte. Et puis soudain, le verre a débordé. La pandémie, c’est quand ? Pour nous, c’est mars, avril et mai. Surtout. Mais c’est aussi juin, juillet et août. Même si on y pensait moins sur les plages de la Gaspésie. Et c’est septembre, encore. Sûrement octobre et novembre. Probablement décembre. Janvier, février ? Ça se pourrait bien. Les mars, avril, mai suivants ? On aime autant ne pas y penser.

On n’a pas l’habitude de vivre une crise qui s’étend aussi longtemps. L’humain est un boxeur. Il prend une claque sur la gueule et se relève. Là, ce n’est pas ça. 

L’humain, en ce moment, est un funambule. Il marche sur un fil. Il ne peut pas tomber et se relever. S’il tombe, c’est fini. Il doit avancer, prudemment. S’il se met à courir, il va se planter. L’humain doit faire attention. C’est contre nature. Il a l’habitude de foncer, puis de payer les pots cassés.

On ne connaît pas la longueur du fil. La longueur du trajet. Est-ce huit mois ? Dix mois ? Un an ? Deux ans ? On ne le sait pas. On ne sera en sécurité que lorsqu’on sera rendu au bout. Le day after n’est pas encore arrivé. On est toujours le day tout court. Le coronavirus est une longue journée.

Si on veut faire partie du lendemain, si on veut que le plus de gens possible fassent partie du lendemain, il ne faut pas dégoutter les uns sur les autres. Ça prend la distanciation physique. Ça prend le maudit masque et le plexiglas. Je le sais, on est tannés. On aimerait être une autre journée. Mais c’est toujours la même. Celle où tout peut encore se produire.

Le moment où quelqu’un attrape la COVID-19 n’est pas un moment télé. Si ce l’était, ce serait plus facile de rester vigilant.

Si RDI et LCN nous montraient, en direct, les 100 cas du jour qui s’ajoutent, au moment où ça se passe, avec le vol du postillon au ralenti, quittant la bouche de l’un pour atteindre la face de l’autre, hé qu’on le mettrait notre masque !

Il faut le mettre quand même. Nous ne sommes pas, encore vraiment, le 12 septembre. La date fatidique n’est pas celle de la veille. Ça peut encore être celle d’aujourd’hui. Être celle de demain. On ne sait pas si le pire est passé.

Un jour, ce le sera. C’est certain. Ce soir-là, on ira tous au karaoké, chanter I Will Survive. Ou mieux encore, la version française, enregistrée par Michèle Richard, Je survivrai.

En attendant, vous pouvez toujours la répéter dans votre douche. Seul, bien sûr.

Bon samedi !