Nous sommes plus nombreux cet été à occuper des chalets et à découvrir le bonheur d’être près d’un lac. Mais du même coup, nous sommes plus nombreux à découvrir cette véritable plaie que sont les motomarines.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

J’ai eu des vacances parfaites. Soleil, eau limpide, forêt luxuriante, bonne compagnie, bons repas. La totale ! Mais un son terrible est venu gâcher ce tableau idyllique : celui des motomarines qui exécutent des chevauchées aussi inutiles qu’exaspérantes.

Non, mais quelle peste !

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Sylvain Deschênes, directeur général de Nautisme Québec, précise qu’au cours des cinq dernières années, les ventes de motomarines ont connu une progression constante de 15 % à 20 %.

Ces engins ont la cote en ce moment. En cet été de pandémie, ils représentent un « sport » idéal pour la distanciation physique. Et aussi peut-être une forme d’exutoire après des mois de confinement. Les centres de location ont du mal à répondre à la demande et les magasins qui en vendent ne cessent de noircir leurs carnets de commandes.

« Il est vrai qu’on assiste à une forte croissance des ventes cette année », confirme Sylvain Deschênes, directeur général de Nautisme Québec. Ce dernier précise qu’au cours des cinq dernières années, les ventes de motomarines ont connu une progression constante de 15 % à 20 %.

Sur les 800 000 embarcations motorisées en circulation sur nos plans d’eau, on estime que « plusieurs dizaines de milliers » sont des motomarines.

Comme pour tous les autres types d’embarcations nautiques motorisées, le propriétaire d’une motomarine doit avoir une carte de conducteur d’embarcation de plaisance délivrée par Transports Canada. Une simple formation de six heures que l’on peut suivre sur l’internet permet d’obtenir ce permis. L’âge minimum requis est 16 ans.

Détail intéressant, les personnes qui louent une motomarine pendant quelques heures n’ont pas besoin de permis. Elles n'ont qu’à remplir un formulaire et le tour est joué. On comprend la maladresse de certains conducteurs sur les lacs.

Propriétaires ou locataires, peu importe, un zozo aux commandes d’une motomarine décide de faire suer les riverains en faisant des zigzags dans l’eau, ça devient l’enfer. Quel son horrible ! Je ne comprends pas qu’on puisse imaginer un instant qu’il est possible de marier ce bruit à la nature.

Et que dire des désagréments que les motomarines causent à ceux qui naviguent à bord d’un canoé, d’un kayak ou d’une planche à pagaie ? Certaines motomarines peuvent atteindre jusqu’à 110 km/h, parfois même plus. En faisant des cercles (pratique niaiseuse s’il en est une), le conducteur crée des vagues qui peuvent être dangereuses pour les autres plaisanciers.

« Attention, ce n’est pas l’ensemble des propriétaires de motomarines qui ont un comportement désagréable, tient à préciser Sylvain Deschênes. Je connais un club de propriétaires de motomarines qui vont de lac en lac pour découvrir des régions et qui ont une attitude très correcte. »

Je croyais naïvement qu’il était très facile pour les municipalités ou les propriétaires d’un lac privé de contrôler la présence des embarcations nautiques motorisées. Pas du tout. Comme la navigation sur les plans d’eau est de compétence fédérale, il y a un long processus à suivre (qui peut aller jusqu’à deux ans) avant d’obtenir des changements. Tout cela est normalement accompagné d’une consultation publique.

Entre 150 et 175 plans d’eau du Québec ont obtenu des restrictions ou des interdictions. Je trouve ce nombre bien petit.

Il y a des propriétaires installés autour d’un petit lac qui s’autorèglementent. Mais quand il y a déjà une rampe de mise à l’eau, ça devient très difficile pour eux de le faire.

Sylvain Deschênes, directeur général de Nautisme Québec

J’ai une amie qui vit en bordure de l’énorme et majestueux lac Memphrémagog. Elle est complètement désespérée de voir le nombre grandissant de motomarines près de son quai. Comme ce lac est entouré de plusieurs municipalités, vous imaginez le travail colossal que cela représenterait d’interdire les embarcations.

La marge de manœuvre des municipalités est donc restreinte. Au lac Maskinongé, près de Saint-Gabriel-de-Brandon, on a adopté une mesure qui assure un semblant de paix aux baigneurs. Ce royaume québécois des motomarines a déplacé la descente publique des embarcations à un endroit très éloigné de la plage municipale.

Rencontrés mercredi, les employés chargés de contrôler la présence des plaisanciers sur le lac m'ont confié que les motomarines étaient « particulièrement populaires cet été » et que le déménagement de la descente faisait l’affaire des vacanciers.

Bon an, mal an, des accidents de motomarines font quelques morts au Québec. Le drame survenu en juin dernier sur le fleuve Saint-Laurent, à la hauteur de Nicolet, a bouleversé tout le monde. La violente collision de deux motomarines a fait trois victimes issues de la même cellule familiale. C’est d’une tristesse inouïe.

« On parle beaucoup des accidents qui font des morts, mais il y a beaucoup d’autres accidents qui ne sont pas répertoriés », dit Sylvain Deschênes.

On parle beaucoup depuis quelques semaines de l’arrivée des motomarines électriques. Celles-ci feront moins de bruit que les autres. Voilà un pas dans la bonne direction. Mais est-ce que les conducteurs qui associent le bruit à leur plaisir feront ce saut ?

Nos étendues d’eau sont devenues très précieuses. Elles le seront encore plus au cours des prochaines années. Alors qu’on se préoccupe de plus en plus de la place qu’occupent les voitures dans nos rues, il serait grand temps qu’on fasse la même chose avec l’eau.

La lutte contre les moteurs et le bruit sur nos lacs doit être notre prochaine bataille environnementale.