Tout indique que la COVID-19 et surtout la rareté des appartements disponibles ont refroidi les ardeurs de ceux qui, le 1er juillet, ont normalement la bougeotte.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

À Montréal, il suffisait de sillonner les rues de quartier en quartier pour constater que les camions se faisaient plus rares qu’à l’habitude, en cette fête du Canada.

En matinée, Lauriane Gosselin attendait patiemment le sien, en compagnie de 12 parents et amis venus l’aider en ce jour où elle emménageait seule avec son conjoint. Bye, bye, coloc.

J’ai choisi mon appartement du Plateau en cinq minutes parce que j’avais peur de ne pas en trouver un autre. Il y en a si peu sur le marché que je ne voulais pas risquer de le perdre.

Lauriane Gosselin

L’appartement de Rosemont qu’elle quitte s’est lui aussi envolé. « On a fait une vidéo Zoom, en montrant toutes les pièces à l’écran. Deux personnes sérieuses se sont manifestées et elles l’ont pris. »

De leur côté, Anna Andersen et Julien Le Beau ont quitté mercredi leur demi-sous-sol dans lequel leur couple a plus que survécu au confinement. « Nous sommes les fiancés de la COVID ! », ont-ils lancé entre deux boîtes.

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Anna Andersen et Julien Le Beau ont reçu un coup de main de quelques amis pour déménager.

Trouver le nouvel appartement, ç’a été facile pour eux. L’appartement au-dessus de chez la mère de M. Le Beau, dans Ahuntsic, s’est libéré. Aussi simple que cela.

Ce qui a été plus compliqué, « c’est qu’il y a eu plusieurs visites pour l’appartement qu’on laissait dans Villeray. Pendant une semaine, il y en a eu au moins sept, explique Mme Andersen. Même si le propriétaire donnait des masques à chaque visiteur, ça m’inquiétait. Après chaque visite, je désinfectais les poignées de porte, les interrupteurs, les robinets s’il les avait testés… »

Pénurie de logements

Léo Deguire a lui aussi choisi son nouveau logis à sa première visite et après un tout petit coup d’œil. « Je n’avais pas trop le goût de magasiner. Pas tant à cause de la COVID-19 que parce que je sais qu’il y a pénurie de logements. »

Le taux d’inoccupation des logements est de fait aussi faible que lors de la dernière crise du logement, au début des années 2000.

1,5 % : taux d'inoccupation des logements dans le Grand Montréal. Pour l’ensemble de la province, il est de 1,8 %.

Mercredi, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) disait recenser au moins 333 ménages locataires (dont 171 à Montréal) qui n’avaient pas signé de nouveau bail au Québec et qui étaient toujours à la recherche d’un toit.

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Trois colocataires ont dit adieu à leur appartement situé dans Hochelaga-Maisonneuve.

Dans les dernières semaines, l’Office municipal d’habitation de Montréal a quant à lui reçu 455 demandes d’aide. Des chambres d’hôtel ont été réservées pour ceux qui se retrouvent sans logis.

Andrés Fontecilla, député de Québec solidaire, note quant à lui que les gens « avaient cette année une forte pression pour rester là où ils étaient ».

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Le taux d’inoccupation des logements est aussi faible que lors de la dernière crise du logement, au début des années 2000.

Il évoque aussi le fait que la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec dit compter des membres dont les locataires ont refusé de partir même s’ils avaient reçu un avis d’éviction.

C’est dire que le problème ne se limitera pas au 1er juillet, mais s’étendra sur plusieurs jours pour ces gens qui refusent de partir, comme pour ces dizaines de familles qui n’ont rien trouvé.

À Montréal, en matinée, des employés sillonnaient déjà les rues, mercredi, demandant aux gens qui quittaient leur appartement s’ils avaient trouvé autre chose.

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Certains ont choisi de ne pas utiliser de camion de déménagement.

M. Fontecilla note d’ailleurs que dans la métropole, les services d’aide ont fait l’objet d’une bonne publicité, « ce qui n’est pas le cas ailleurs au Québec ».

Beaucoup de personnes très démunies risquent ainsi à son avis de passer sous le radar.