Il faut que la DPJ redevienne « une mesure d’exception », la solution quand le reste a échoué, plaide l’Ordre des travailleurs sociaux qui veut plus de services d’aide pour les familles en amont, afin d’éviter d’en arriver là.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

« Les liens entre la première ligne et la protection de la jeunesse ont été fragilisés, voire coupés », a fait valoir la travailleuse sociale Guylaine Ouimette, présidente de l’Ordre qui est aussi celui des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec.

Le désinvestissement massif dans les services sociaux a amputé les services d’aide aux enfants de leurs moyens, indique l’Ordre dans son mémoire déposé devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent.

Il faut redonner à la protection de la jeunesse les ressources et l’autonomie nécessaires pour mener à bien son mandat, a fait valoir Mme Ouimette.

Car bien des travailleurs sociaux estiment qu’avec la surcharge de travail, ils n’ont pas le temps nécessaire pour s’occuper des petits qu’ils sont censés protéger ni pour agir assez rapidement.

Des années seront nécessaires pour reconstruire le filet social de la DPJ, mais il le faut pour éradiquer la maltraitance des enfants, a lancé l’Ordre des travailleurs sociaux.

Il faut d’ailleurs que cet objectif soit « une responsabilité collective ».

L’élément déclencheur de cette commission spéciale a été la mort en 2019 d’une fillette de Granby, âgée de 7 ans, retrouvée dans un état lamentable en avril et décédée peu après, même si elle avait fait l’objet d’un signalement auprès de la DPJ.

Une telle mort, plusieurs travailleurs sociaux la craignaient depuis des années, est-il souligné dans le mémoire.

« Ils le redoutent encore. »

Même si la reconstruction sera longue, l’Ordre estime que le Québec doit se mettre à l’œuvre dès maintenant et s’engager à ne jamais oublier « la fillette de Granby, le petit garçon de Joliette (mort en mars) et tous les autres enfants qui ont besoin de notre protection ».

Parmi les changements pour lesquels l’Ordre milite se trouve celui-ci : l’offre de services sociaux doit être adaptée aux besoins des jeunes, et de multiples « portes d’entrée » doivent être accessibles.

Les travailleurs sociaux souhaitent aussi la fin du « déséquilibre » entre le financement des services de santé et celui des services sociaux — « le parent pauvre du tandem ».

Car « négliger le social, c’est se contenter de faire la moitié du travail ; c’est choisir d’ajouter une pression supplémentaire sur le curatif », font-ils valoir dans leur mémoire.

Selon Mme Ouimette, le Québec bénéficierait d’avoir un « vrai » ministère dédié aux services sociaux.

L’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec regroupe près de 15 000 membres, dont environ 5000 travailleurs sociaux qui ont fait le choix de travailler auprès des enfants, des jeunes et des familles.