(Québec) Le désistement d’un investisseur majeur dans le projet de gazoduc et de liquéfaction de gaz naturel au Saguenay, GNL Québec, fait bondir le milieu des affaires. La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) dénonce un « climat d’incertitude » en raison des blocages ferroviaires et exige des actions des gouvernements.

Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

La Presse a révélé jeudi que le fonds Berkshire Hathaway, dirigé par Warren Buffett, s’était retiré au dernier moment du projet. Il devait investir quelque 4 milliards dans le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel. Cette décision a été prise alors que des groupes écologistes et autochtones avaient annoncé leur désaccord par le passé. Le fonds américain n’aurait pas voulu être associé à un conflit avec les Premières Nations, entre autres.

« Ce climat d’incertitude est déplorable et doit être renversé. Les gouvernements du Québec et du Canada devraient maintenant réparer ces importants dommages […] afin, ultimement, de rétablir une image propice à l’investissement privé au Québec », a tonné jeudi Charles Milliard, président-directeur général de la FCCQ.

Pour la Fédération, le Québec et le Canada font face à « une crise d’image qui s’est déplacée à l’international ».

« Le complexe de liquéfaction de gaz naturel d’Énergie Saguenay et la conduite souterraine de Gazoduq s’inscrivent non seulement dans une logique globale de transition énergétique et de diminution des GES, mais génèrent des retombées économiques importantes pour les communautés régionales », a-t-il dit par voie de communiqué.

« On voit maintenant des projets économiques aussi importants que ceux de Gazoduq et d’Énergie Saguenay subir les conséquences des barricades qui ont mis des semaines à être levées. On constate réellement les répercussions économiques de cette situation et il ne faut pas que l’économie québécoise en souffre davantage ! », a ajouté M. Milliard.

Le gouvernement reste neutre

À Québec, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, a pour sa part affirmé jeudi que « le gouvernement ne s’immisce pas dans les négociations entre les investisseurs privés et les compagnies ».

« Il est essentiel que le projet passe toutes les étapes d’études environnementales du BAPE et obtienne l’acceptabilité sociale de toutes les parties concernées », a-t-il ajouté.

Mais le député péquiste Sylvain Gaudreault a pour sa part affirmé que le retrait du fonds de Warren Buffett était « prévisible ».

« Ça fait plusieurs mois que je dis que le projet ne passera pas la rampe, car il ne se qualifie pas sur le plan écologique ni économique. Les marchés ne sont pas au rendez-vous et le financement non plus », a-t-il dit.

M. Gaudreault estime également que « la situation avec les autochtones a le dos large ».

La situation sociale actuelle au Canada et au Québec peut avoir joué, mais il reste que c’est une décision d’affaires. S’il y avait eu de l’argent à faire, [le fonds américain] aurait maintenu ses billes.

Sylvain Gaudreault, député du Parti québécois

Vincent Marissal, de Québec solidaire, a pour sa part affirmé jeudi que le gouvernement devait abandonner le projet de GNL Québec.

« C’est mauvais pour l’environnement, il n’y a plus d’argent à faire là, c’est des projets avec lesquels on va être pris, parce qu’une fois que le pipeline va être construit, on est pognés avec pendant 50 ans, c’est extrêmement dommageable », a-t-il dit.

« Ce que le gouvernement doit dire, là, aujourd’hui, là, ou urgemment, là, c’est : D’accord, on ne mettra pas une cent dans GNL », a-t-il dit.

Du côté du Parti libéral du Québec, un porte-parole a affirmé jeudi que « dans le dossier du projet de GNL, comme dans tous les autres projets, ça doit se faire en respect de l’environnement et dans une optique d’acceptabilité sociale ».