(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau est catégorique : les 57 Canadiens tués après que les forces armées iraniennes eurent abattu l’avion qui les transportait la semaine dernière seraient toujours en vie si les tensions entre les États-Unis et l’Iran n’avaient pas monté de nombreux crans.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

« S’il n’y avait pas eu ces tensions, s’il n’y avait pas eu cette récente escalade dans la région, ces Canadiens seraient présentement à la maison avec leurs familles », a laissé tomber le premier ministre lundi dans une entrevue accordée au réseau Global News.

« C’est quelque chose qui se produit quand il y a un conflit et une guerre. Des personnes innocentes en sont les principales victimes. C’est un rappel de pourquoi nous devons travailler très fort pour éviter une escalade et réduire les tensions à l’avenir, et trouver un chemin qui ne conduit pas à un plus grand conflit et à des pertes de vie », a-t-il ajouté du même coup.

M. Trudeau a pour la première fois fait un lien direct entre cette horrible tragédie, qui a coûté la vie en tout à 173 personnes, et la décision du président des États-Unis, Donald Trump, d’ordonner l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani, le 3 janvier. En guise de représailles, l’Iran a lancé des missiles sur deux bases utilisées par les forces américaines dans l’ouest et le nord de l’Irak le 7 janvier.

PHOTO EBRAHIM NOROOZI, ASSOCIATED PRESS

La tragédie aérienne survenue la semaine dernière en Iran a fait 176 morts, dont 57 citoyens canadiens.

Cette riposte n’a fait aucune victime dans les rangs militaires américains, qui avaient été prévenus. Mais le même jour, les forces armées iraniennes ont aussi lancé un missile sur l’avion de l’Ukraine International Airlines, tuant tous les passagers.

Le régime iranien a d’abord nié avoir abattu l’avion peu après son décollage de l’aéroport international de Téhéran. Il a ensuite changé son fusil d’épaule après que des agences de renseignements eurent obtenu des preuves qu’un missile avait fait exploser l’appareil.

Les forces armées iraniennes ont admis leur responsabilité samedi en affirmant avoir tiré par erreur sur l’avion.

Au sujet de la décision du président Trump d’ordonner l’assassinat du général Soleimani, Justin Trudeau a affirmé n’avoir pas été prévenu, même si des soldats canadiens se trouvent en Irak, où ils participent à une mission de l’OTAN. « Évidemment », il aurait préféré avoir été informé à l’avance.

L’enquête sera longue et complexe, avertit le BST

Par ailleurs, l’enquête visant à faire toute la lumière sur les circonstances ayant mené les forces armées iraniennes à abattre l’avion de l’Ukraine International Airlines sera longue et complexe, a averti lundi la présidente du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST), Kathy Fox.

Mais elle promet que le BST utilisera tous les moyens à sa disposition pour obtenir les réponses détaillées aux nombreuses questions que se posent les Canadiens qui ont perdu des proches à la suite de cette tragédie, même si l’enquête sera dirigée par le Bureau d’enquête sur les accidents d’aéronefs de la République islamique d’Iran.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

La présidente du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST), Kathy Fox.

Pour l’heure, les autorités iraniennes responsables de l’enquête ont démontré qu’elles étaient prêtes à collaborer avec le Canada et d’autres pays afin de mener un examen approfondi des évènements ayant mené à la tragédie.

Deux enquêteurs d’accidents aéronautiques du BST devraient arriver à Téhéran mardi afin de prendre connaissance des lieux et de mettre leur expertise au service de l’équivalent iranien du BST.

Le BST prévoit aussi envoyer une deuxième équipe d’enquêteurs spécialisés en téléchargement et analyse d’enregistreurs de données de vol d’aéronefs au cours des prochains jours, les responsables iraniens ayant invité le BST à participer au téléchargement et à l’analyse des données de la fameuse « boîte noire ». Mais on ignore pour l’instant où et quand cette analyse aura lieu.

« Le monde entier mérite de savoir comment et, surtout, pourquoi cet évènement est survenu. Nous nous engageons à offrir notre expertise, mais nous devons laisser les enquêteurs faire leur travail. L’information sur les progrès et les conclusions de cette enquête que nous pourrons diffuser dépend du bureau d’enquête sur les accidents d’aéronefs de la République islamique d’Iran. Je peux toutefois vous assurer que nous continuons de plaider en faveur d’une explication complète de ce qui s’est passé et pourquoi », a affirmé lundi Mme Fox en conférence de presse.

Si toutefois le BST jugeait les réponses fournies incomplètes et insatisfaisantes, Mme Fox a promis que son équipe d’experts et elle se feraient « faire entendre » pour souligner toute lacune dans l’enquête.

Déjà, la cause de la tragédie a été confirmée, soit le tir d’un missile par les forces armées iraniennes. L’enquête doit notamment permettre d’établir si ce tir était intentionnel ou accidentel.

Une enquête de ce genre, à laquelle participent aussi des experts de l’Ukraine, des États-Unis et de la France, sera d’une grande ampleur et pourrait s’étirer sur plus d’un an, a souligné Mme Fox, dont l’organisme est en communication quotidienne avec son homologue iranien.

Jusqu’ici, l’étendue exacte de la participation canadienne à l’enquête n’est pas totalement définie. Mais « des signes précurseurs » ont laissé croire que les autorités iraniennes permettront au BST d’assumer un rôle plus actif dans l’enquête que ce qui est normalement permis en vertu des protocoles établis par la Convention relative à l’aviation civile internationale, a indiqué Mme Fox.

L’invitation transmise au BST de participer au téléchargement et à l’analyse des enregistreurs des données de vol en est un exemple.

Elle a toutefois indiqué que les prochains jours permettront de mieux jauger les intentions des responsables iraniens quant à l’étendue de la participation du BST.