Pour le gouvernement Legault, l’année 2020 devrait être celle de l’environnement. Rapidement, après les Fêtes, Québec compte annoncer la mise en place progressive d’un réseau de dépôts destinés à récupérer le milliard de bouteilles d’eau en plastique qui, chaque année, se retrouvent majoritairement dans les sites d’enfouissement.

Denis Lessard Denis Lessard
La Presse

Dans un document interne du conseil exécutif, obtenu par La Presse, on indique que le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, « devrait annoncer prochainement son plan visant la modernisation du système de consigne et la réorganisation de la collecte sélective ». Le ministre Charette se trouve actuellement à la conférence sur les changements climatiques COP25, à Madrid. 

Son automne avait été occupé avec la refonte du Fonds vert, la mise en place d’un système de récupération des appareils électroménagers et un projet de loi sur les aires protégées qui permettra de mettre à l’abri l’île d’Anticosti des projets de promoteurs. En octobre, une brochette d’acteurs importants du secteur du détail et de la transformation alimentaire étaient montés au créneau en intervenant directement auprès du cabinet de François Legault pour le dissuader d’aller de l’avant.

Le plan de « consigne élargie » de Québec ne se limitera pas aux bouteilles d’eau ; les bouteilles de vin seront aussi consignées, récupérées dans un nouveau réseau de dépôts spécialisés ou dans certaines succursales de la SAQ qui pourront, physiquement, les recevoir. 

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le plan de « consigne élargie » de Québec ne se limitera pas aux bouteilles d’eau ; les bouteilles de vin seront aussi consignées.

« Dernièrement, le premier ministre a clairement indiqué son intention de voir appliquer une consigne aux bouteilles de vin et de spiritueux. Il ajoutait qu’il souhaitait voir cette consigne s’appliquer à d’autres contenants de boisson qui malheureusement se retrouvent bêtement à l’enfouissement », indique le document. 

On rappelle aussi qu’en mai dernier, les membres de la CAQ, réunis en conseil général, avaient voté une résolution en faveur de la consigne des bouteilles d’eau. En 2015, sous Philippe Couillard, le ministre de l’Environnement David Heurtel avait un projet similaire, mais il n’avait jamais vu le jour. Pourtant, le Québec traîne de la patte. Avec le Manitoba, seulement deux provinces canadiennes n’ont pas de consigne sur les bouteilles de vin.

Réseau de 400 dépôts

Le document ne le précise pas, mais des sources proches du dossier confient que Québec envisage une consigne de 10 cents par bouteille d’eau retournée dans un nouveau réseau de dépôts équipés de gobeuses ; 400 de ces dépôts étaient envisagés, selon un document de Recyc-Québec révélé par La Presse en octobre. 

En Alberta, la consigne est de 10 cents pour les bouteilles de moins de 1 litre et de 25 cents pour les plus grandes. Recyc-Québec prévoit aussi que 1500 détaillants voudront accueillir ces gobeuses mécaniques, car ce service est susceptible d’attirer la clientèle. Le système se finance à partir des consignes payées sur les contenants qui ne sont pas rapportés ; c’est déjà le cas pour les bouteilles de bière et les canettes d’aluminium. Dans ce dernier cas, la vente du métal est une autre source de revenus. 

La mise en place de tout ce système s’étalera sur trois années, donc d’ici à la fin du mandat du gouvernement.

Pour les bouteilles d’eau, le polytéréphtalate d’éthylène (polyethylene terephthalate ou PET) peut être recyclé en flocons pour faire d’autres bouteilles. Dans certains pays, on l’utilise pour confectionner des vêtements ou des tapis.

Un système de consigne augmente beaucoup le taux de récupération et de recyclage de ces contenants de plastique dont l’accumulation dans la nature « crée des problématiques environnementales graves ». Chaque année, il se vend 1,1 milliard de bouteilles d’eau en plastique ; la croissance de la consommation atteint 8 % par année. 

Or, seulement 40 % d’entre elles se retrouvent dans des centres de tri et sont potentiellement recyclées. Le reste, soit quelque 700 millions de bouteilles, se retrouve dans la nature, perdu, dans des sites d’enfouissement, sans valeur ajoutée. La consigne permet aussi de récupérer le plastique sans les contaminants qui constituent un obstacle au recyclage.

Appui populaire

Dans sa stratégie de communications, suggérée par le ministère, le gouvernement devra souligner qu’il ne s’agit pas d’une taxe déguisée, puisque la consigne est un système de financement administré par les entreprises. La somme prélevée lors de l’achat d’une bouteille d’eau est redonnée au consommateur au retour du contenant ; les consommateurs connaissent déjà cette formule.

Le gouvernement s’appuie sur des sondages qui démontrent tous que la population est massivement en faveur de l’élargissement de la consigne. Une enquête SOM de février 2019 montrait que 94 % des gens appuyaient une modernisation de la consigne, que 84 % souhaitaient que la consigne soit étendue aux bouteilles d’eau et que 92 % étaient favorables à une consigne sur les bouteilles de vin.

Partout dans le monde, la consigne est plus étendue qu’au Québec ; 80 % des systèmes de consigne récupèrent les bouteilles d’eau. Des États comme l’Allemagne, l’Estonie, l’Australie, le Michigan et la Colombie-Britannique sont à moderniser leurs équipements. Des États, dont l’Oregon, ont augmenté leur consigne, de 5 à 10 cents. Au Québec, la consigne de 5 cents est restée inchangée depuis plus de 25 ans.

Quelques comparatifs

Le ministère de l’Environnement a sorti sa calculatrice pour illustrer l’ampleur de la consommation annuelle de bouteilles d’eau au Québec. Si on écrasait les 1,1 milliard de bouteilles — de 500 millilitres en moyenne — et qu’on les mettait côte à côte... 

• Leur superficie correspondrait à 7,7 fois le parc du Mont-Royal recouvert de bouteilles en plastique (190 hectares) ou à 43 fois le parc La Fontaine (34 hectares). 

• On pourrait recouvrir 204 fois le Centre Bell (72 000 m2).

• Une surface qui atteint 14,3 fois celle des plaines d’Abraham (103 hectares).

• Mises bout à bout, ces bouteilles couvriraient une distance de 229 900 km, soit six fois le tour de la Terre, ou 42 fois la distance Montréal-Paris (5500 km).

• Ces mêmes bouteilles en enfilade représentent 235 fois la distance entre Valleyfield et Gaspé (977 km) ou, finalement, 900 fois les 255 kilomètres de distance entre Québec et Montréal.