Ils sont responsables des enfants les plus mal en point de la société, sont sévèrement critiqués quand ils en « échappent » un, et dirigent un réseau sous pression.  

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Pourquoi les directeurs de la protection de la jeunesse (DPJ) n’ont-ils pas profité de leur passage devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse pour lancer un « cri du coeur en faveur des enfants les plus vulnérables du Québec ? », a demandé la présidente de la commission, Régine Laurent, à la suite du témoignage de quatre d’entre eux, mardi.

« Vous êtes les porte-parole des enfants les plus vulnérables. Mais plusieurs se demandent comment vous exercez votre rôle social », a souligné Mme Laurent, laissant entendre que les DPJ devraient dénoncer avec plus de force les lacunes du système qui les empêchent de bien faire leur travail.  

Les représentants des DPJ ont dressé un portrait des nombreux problèmes de leur réseau, dans un langage plutôt bureaucratique, sans sembler alarmistes.  

Ils aimeraient être plus présents sur la place publique, mais sont débordés à soutenir leurs troupes, à éviter l’exode de leurs intervenants, à s’adapter aux changements législatifs, tout en tentant de répondre aux signalements de plus en plus nombreux, ont-ils fait valoir.

« Nos cris du cœur sont faits présentement à l’interne de nos établissements pour maintenir notre monde mobilisé », a répondu Assunta Gallo, DPJ du Centre-Sud de Montréal, en soulignant que les signalements ont dépassé pour la première fois le cap des 100 000 par année.

Un « Nicolet » de la protection de la jeunesse

Pour mieux former ceux qui doivent protéger les enfants vulnérables, les DPJ lancent l’idée d’un « Nicolet » de la protection de la jeunesse, en référence à l’École nationale de police du Québec, située à Nicolet, par laquelle doivent passer tous les futurs policiers.

« Il faut développer un cursus de formation adapté à l’emploi », a souligné Josée Morneau, DPJ de la Montérégie-Est, notant le manque d’uniformité dans les programmes et les services offerts aux enfants et à leurs familles selon les régions.

Il n’existe pas actuellement d’instance provinciale pour exercer un leadership fort, harmoniser les standards d’intervention, identifier les meilleures pratiques et développer la recherche, déplorent les DPJ. Chaque région a son DPJ, mais il n’existe pas de DPJ provincial.  

« Les soins intensifs des services sociaux »

Il est aussi urgent d’améliorer les conditions de travail, puisque les intervenants, soumis à beaucoup de stress et de détresse, sont nombreux à quitter le réseau dès qu’ils le peuvent.  

« Avec l’augmentation de la demande, il y a une pression intense sur le système, ça va vite pour les intervenants, ils réclament plus de temps, explique Mme Morneau. Il leur faut plus de soutien. Les décisions qu’ils prennent sont lourdes de conséquences, il en va de la sécurité, et parfois de la vie d’un enfant. »

Elle décrit les équipes d’intervenants comme « les soins intensifs des services sociaux » où, malheureusement, « certains enfants sont sur le respirateur artificiel ».

Avant d’arriver aux « soins intensifs », ces enfants auraient dû recevoir des services de première ligne. Mais il y a « des trous dans le filet social », notamment parce que les organismes communautaires, qui pourraient identifier les familles à risque, manquent de financement, déplorent les DPJ.

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, mise en place dans la foulée de la mort d’une fillette de sept ans à Granby, en avril dernier, tient des audiences publiques dans plusieurs régions du Québec jusqu’en mai prochain.