Une mesure intéressante, mais insuffisante pour atteindre l’objectif Vision zéro : zéro mort et blessé dans les rues de Montréal.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Ainsi ont réagi lundi matin le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Direction de santé publique de Montréal à l’annonce de la Ville de Montréal d’ajouter des feux piétons à toutes les intersections dotées de feux de circulation et d’allonger de quatre à six secondes le temps de traverse pour assurer la sécurité des piétons sur son territoire d’ici huit ans.

Depuis le début de l’année, 19 piétons ont perdu la vie à Montréal, dont 15 avaient plus de 65 ans. En 2018, le bilan routier faisait état de 18 morts et de 87 blessés graves chez les piétons.

« La sécurité routière, c’est un cocktail », a expliqué André Durocher, inspecteur au SPVM, en marge de la conférence de presse de l’administration Plante.

L’ajout de feux piétons à toutes les intersections est une « bonne initiative ».

« Cela étant dit, c’est une mesure et non pas LA mesure. La mesure ultime, je crois, c’est que chaque personne qui se lève le matin a une partie de responsabilité. […] L’éducation est la clé. »

2000 intersections visées

Patrick Morency, médecin-conseil à la Direction de santé publique de Montréal, estime lui aussi que la Ville devra prendre d’autres mesures pour assurer la sécurité des piétons et éliminer les accidents causant la mort ou des blessures graves.

« Il va falloir donner plus d’espace, éventuellement, peut-être des terre-pleins », a-t-il suggéré.

« Et il y a beaucoup d’intersections où il n’y a pas de feux de circulation. Donc ce n’est pas la fin du projet pour assurer la sécurité des piétons, mais le message est quand même clair. Cette mesure va certainement faciliter la vie des piétons et augmenter le respect du Code de la sécurité routière. »

Plus de secondes

Comme l’a rapporté La Presse dans son numéro de lundi, la Ville va ajouter des feux piétons aux 2300 intersections de la ville munies de feux de circulation. Les feux existants seront aussi reprogrammés pour accorder de quatre à six secondes supplémentaires aux piétons qui traversent aux intersections.

« Il y a en déjà 300 où la job est faite, mais il en reste 2000 », a précisé Éric Alan Caldwell, responsable de l’urbanisme et du transport au comité exécutif de la Ville. « On va passer à chaque intersection, revoir l’ensemble des facteurs et reprogrammer les feux pour améliorer la sécurité. Et quand il n’y aura pas de feux piétons, on va en poser. »

Huit ans

Mais ces mesures ne seront pas en vigueur du jour au lendemain. L’administration Plante se donne de cinq à huit ans pour réaliser son plan d’action, à raison de 250 intersections par année. Les intersections prioritaires seront celles où des collisions mortelles sont survenues et celles qui se trouvent à proximité des écoles.

« On se donne entre cinq et huit ans, mais ce qu’on veut, c’est plus le cinq que le huit. Pour faire cette tâche colossale, on a décidé d’investir entre autres dans les ressources humaines, dont plus d’ingénieurs, a souligné la mairesse Valérie Plante. Le plus tôt, le mieux. »

Un échéancier beaucoup trop long, selon l’opposition à l’hôtel de ville.

« Projet Montréal est au pouvoir depuis deux ans et n’a quasiment rien fait pour assurer la sécurité des piétons, a dénoncé Lionel Perez, chef de l’opposition officielle. Et là, tout d’un coup, à la suite d’un nombre record de décès à Montréal, dont deux la semaine dernière, on voit un changement. Pour nous, c’est un aveu d’échec. Mais le pire, c’est que l’administration veut pelleter en avant pendant huit ans. »

Enveloppe bonifiée

La Ville a bonifié l’enveloppe consacrée aux feux piétons de 43 % par rapport à celle prévue dans les programmes triennaux d’immobilisations précédents. Cela représente un investissement de 58,5 millions sur trois ans, de 2020 à 2022, donc 19,5 millions annuellement.