Les prix demandés par les centres de tri de la province pour la prise en charge des matières recyclables collectées dans les municipalités montent en flèche, au point de doubler, voire de tripler dans certains cas.

MARC THIBODEAU MARC THIBODEAU
La Presse

La municipalité régionale de comté (MRC) de Bellechasse, au sud de Québec, a notamment accepté à la fin de septembre de revoir substantiellement à la hausse le prix payé à cette fin, qui est passé de 20 $ à 70 $ par tonne.

Le préfet de la MRC, Clément Filion, a indiqué en entrevue avec La Presse vendredi que les élus locaux s’attendaient à une augmentation marquée en raison des pressions économiques découlant de la décision de la Chine de fermer la porte aux importations de matières recyclables.

« Le fait que ça triple nous a quand même surpris. Mais les responsables du centre de tri nous ont démontré, chiffres à l’appui, que ça correspond à leurs coûts », a-t-il expliqué.

Le fait que la majeure partie de la facture est ultimement remboursée par un programme de compensation financé par les fabricants des produits à recycler aide à réduire le choc, dit M. Filion.

« Si ce n’était pas le cas, c’est certain que la chanson serait différente », a indiqué l’élu.

La Société VIA, qui dessert la MRC, a indiqué qu’elle était obligée de hausser ses prix pour pallier le manque à gagner suscité par les bouleversements du marché international.

Les prix sont en chute libre depuis deux ans. Ça veut dire qu’il y a moins d’argent [généré par la vente des produits triés].

Emmanuelle Tremblay, responsable des communications de la Société VIA

La baisse des revenus qui en résulte a compromis le modèle économique au point de forcer plusieurs centres de tri à demander la renégociation d’urgence des contrats, voire une aide directe des municipalités desservies.

La MRC de Roussillon, au sud de Montréal, a accepté l’été dernier un prix deux fois plus élevé, soit 99 $ par tonne plutôt que 43 $ par tonne, qui s’appliquera à compter du 1er décembre.

Nicolas Chaput, responsable du service de gestion des matières résiduelles au sein de la MRC, note qu’il a été nécessaire de reprendre l’appel d’offres parce que l’entreprise Recyclage de papier MD demandait initialement 135 $ par tonne.

La MRC, note M. Chaput, a notamment accepté, pour faire baisser le prix, d’inclure une clause prévoyant un mécanisme de partage des coûts ou des revenus de manière à permettre à l’entreprise de se prémunir contre de nouveaux « soubresauts » du marché des matières recyclables.

Une autre MRC consultée par La Presse, celle de Montcalm, dans les Laurentides, a accepté récemment une hausse de 29 $ à 80 $ par tonne, le précédent contrat ayant été conclu en 2015.

Recyc-Québec

Recyc-Québec, qui chapeaute le programme de compensation des MRC, a indiqué par courriel que la somme globale leur ayant été versée pour la collecte et le tri des matières recyclables était passée de 137,8 millions de dollars en 2017 à 153,6 millions en 2018.

La somme pour 2019 ne sera cependant pas connue avant l’année prochaine puisque les municipalités ne déclareront qu’en juin 2020 leurs dépenses pour l’année, a précisé l’organisation, qui n’a pas fourni à La Presse le prix moyen facturé actuellement dans la province pour le traitement des matières recyclables.

« Plusieurs centres de tri ont dû renégocier les ententes avec les municipalités et cela aura pour effet de faire augmenter les coûts pour le tri et le conditionnement des matières », a simplement dit un porte-parole, Alexander Guerra.

Hausse du tarif chez Éco Entreprises Québec

Éco Entreprises Québec (EEQ), qui représente les entreprises mettant sur le marché les contenants, les emballages et les imprimés visés par la collecte sélective, tient compte de l’évolution des prix demandés par les centres de tri pour fixer le tarif à faire payer à ses membres par type de produit. Ce sont les sommes ainsi payées qui permettent de renflouer les MRC pour une part substantielle de leurs dépenses.

Une porte-parole d’EEQ, Yourianne Plante, a indiqué que la hausse moyenne du « tarif 2020 », qui vise à couvrir les dépenses de l’année 2019, était de 22,5 %, tous types de produits confondus.

Une partie de la hausse réelle des coûts a été annulée par la décision de l’organisation de puiser 12,3 millions dans sa réserve.

« Nous ne nous attendons pas à un scénario plus positif pour le tarif 2021 », a-t-elle indiqué en relevant qu’EEQ ne pouvait divulguer les données relatives aux centres de tri détenues par Recyc-Québec en raison d’une entente de confidentialité.

Dépendance

Le directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, note que les fortes augmentations demandées par les centres de tri reflètent la trop grande dépendance développée par la province envers la Chine.

Les marchés d’exportation « ne sont plus là », relève M. Ménard, qui insiste sur la nécessité de développer des « débouchés locaux » pour permettre la valorisation des matières recyclables collectées.

Le gouvernement québécois a annoncé cet automne un plan d’action comportant une enveloppe de 20 millions pour atteindre cet objectif.

En attendant que ce scénario se concrétise, ce sont les consommateurs qui risquent de se retrouver à devoir payer la facture additionnelle assumée par les membres d’EEQ, dit M. Ménard.

« C’est à chacun de nos membres de décider ce qu’il internalise ou externalise comme dépenses », souligne Mme Plante.