Savez-vous comment on appelle le centre d’un jeu de fléchettes ? La bulle. Ce point central que tous les joueurs souhaitent atteindre, c’est un peu comme ça que se sent le maire de l’arrondissement d’Outremont ces jours-ci. Élu sous la bannière de Projet Montréal en novembre 2017, en même temps que trois de ses conseillères, Philipe Tomlinson passe un mauvais quart d’heure en ce moment.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Les dernières réunions du conseil d’arrondissement ont été pour le moins houleuses dans la petite salle de l’avenue Davaar où l’on doit arriver tôt pour obtenir une place. Ça chahute et ça rouspète. Lors de la réunion de juillet dernier, le citoyen Pierre Lacerte, un fidèle de ces assemblées, a même lancé des arachides au maire, qui avait utilisé quelques jours plus tôt le terme « peanut gallery » pour décrire l’attitude de certains citoyens mécontents.

La réunion qui a eu lieu mardi soir n’a pas échappé à la tendance des derniers mois. Elle a été précédée par une manifestation de plusieurs dizaines de citoyens venus réclamer la survie du parc canin situé près du pont d’étagement Rockland. Ce lieu, l’un des plus importants du genre à Montréal avec ses 8000 mètres carrés, est appelé à disparaître afin de faire place au prolongement « sécuritaire » de la rue Thérèse-Lavoie-Roux et à la construction de tours de condos qui avoisineront le projet MIL Montréal.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Le parc canin situé près du pont d’étagement Rockland, à Outremont

Lors de son arrivée à la mairie d’Outremont, Philipe Tomlinson a hérité de ce dossier mis sur les rails en 2011. La demi-douzaine d’études qu’on a déposées sur son bureau s’attardent toutes à la question de la circulation. Mais tous les plans proposés charcutent cet espace vert. Pour le moment, la ville-centre et l’arrondissement travaillent de pair dans cet épineux dossier. Pas besoin de vous dire que les opposants à ce projet trouvent une oreille attentive auprès de Jean-Marc Corbeil, le seul conseiller d’Outremont élu sous la bannière d’Ensemble Montréal.

Les citoyens, particulièrement ceux qui font partie de l’Association du parc canin, tiennent mordicus à ce lieu de rencontre et à la soixantaine d’arbres matures qui s’y trouvent. Mais quand on écoute attentivement les propos du maire Tomlinson, on comprend bien que le pont Rockland doit absolument être refait d’ici 2030 et que cette intervention aura un impact inévitable sur le paysage environnant. « Le parc canin actuel sera appelé à changer, m’a-t-il dit. Il ne pourra pas rester identique à ce qu’il est présentement. »

Il est intéressant de voir que cet endroit que l’on tente de préserver a été nommé officiellement il y a quelques semaines parc Mali, du nom de la chienne de Frédéric Back, le créateur du film… L’homme qui plantait des arbres. Quand on connaît la philosophie de Projet Montréal, il me semble qu’il y a là une énorme contradiction.

Le maire Tomlinson se défend en disant que le projet sera situé au cœur d’un environnement LEED qui favorisera les transports collectifs et la mobilité active.

Et puis, il y a le fameux dossier du stationnement 100 % payant qui continue de s’attirer les fléchettes de citoyens qui ne décolèrent pas. Le système de vignettes payantes pour les résidants et les non-résidants devrait permettre à l’arrondissement d’aller chercher des revenus annuels de 400 000 $. Ceux-ci doivent aider l’arrondissement à emprunter un virage écologique plus prononcé. Lors de la réunion de mardi, on a adopté un budget d’environ 200 000 $ pour implanter la signalisation qui accompagne ces nouvelles mesures.

Au cours d’une éprouvante période de questions de deux heures au cours de laquelle le maire Tomlinson a quelques fois perdu patience, les citoyens se sont exprimés sur principalement trois sujets : la nouvelle politique de stationnement, l’avenir du parc canin et la malpropreté des ruelles.

C’est vrai qu’il y a souvent eu de la grogne au sujet de la communauté hassidique ces dernières années. Mais là, avec la nouvelle équipe, les sujets se sont diversifiés et multipliés.

Une citoyenne rencontrée avant la réunion

Aux projets de synagogues sur l’avenue Bernard et dans l’îlot Saint-Viateur, voilà que l’on monte au créneau pour sauver le parc Mali et dire non aux nouvelles mesures d’apaisement de la circulation ou, si vous préférez, de découragement d’utilisation de la voiture. Car il s’agit bien de cela. Philipe Tomlinson ne s’en cache pas. Il est conscient que l’électrochoc qu’il fait subir aux résidants de son arrondissement est basé sur cet objectif.

En fait, la chose est fort simple : les citoyens d’Outremont vivent en ce moment exactement ce qu’ont vécu ceux du Plateau-Mont-Royal il y a huit ou dix ans. J’ai soumis cette idée à Philipe Tomlinson. Il est « assez d’accord » avec ça. « Outremont a été pendant des années géré au quotidien. Mais on n’a pas vu beaucoup d’innovation. Outremont est le point central de Montréal et nous subissons le passage des véhicules de transit. On a un nombre élevé de véhicules de non-résidants. On a pris du retard à Outremont là-dessus. Je précise que 36,7 % des résidants d’Outremont ont 24 ans ou moins. On doit aller de l’avant avec des mesures d’apaisement. »

Philipe Tomlinson ne donne pas l’impression d’un homme qui aime reculer. Très au fait de ses dossiers, il répond à ses citoyens avec le seul souhait que cet échange se fasse dans le respect et la transparence. Ce n’est pas ainsi que plusieurs citoyens avec lesquels je me suis entretenu voient les choses. « Il fait les choses par en dessous », m’ont dit plusieurs personnes mardi soir. Lors de la réunion de mardi, plusieurs personnes qui s’étaient inscrites très tôt pour obtenir un droit de parole ont été entendues à la fin de la période. Certains sont arrivés au micro complètement ulcérés.

Lors de cette réunion enflammée, plusieurs groupes de citoyens étaient représentés. Il y avait des intolérants, des chialeux de service, des curieux, des indignés qui ont du mal avec la nouveauté, des écolos, des propriétaires de chien sympathiques, des arrogants qui poussent sans cesse le bouchon et des gens ordinaires qui tiennent à une vie de quartier tranquille et douillette. Toute la société était représentée dans cette petite salle.

Le maire Philipe Tomlinson savait qu’il aurait à dialoguer avec tous ces groupes lors de son arrivée en politique. Mais il ne savait pas qu’il aurait à leur faire face tous en même temps. En ce sens, il a remporté le gros lot le 5 novembre 2017.

La « révolution » que connaît Outremont a toutefois un avantage : celle de donner une pause aux résidants du Plateau. Ils ne seront bientôt plus les seuls « écolos gauchistes », « anti-voitures » et « freaks du vélo » en ville.

Une nouvelle « clique » est née. Mais pour le moment, elle est divisée.

Observation radiophonique

Je trouve que la mise à l’eau de la nouvelle émission matinale d’ICI Première, Tout un matin, est fort réussie. Je suis impressionné de voir à quelle vitesse les acteurs et les éléments se sont mis en place. On a l’impression que cette émission roule depuis des mois. Tout le monde est à sa place. Patrick Masbourian, lors de son entrevue avec Pierre Karl Péladeau, vendredi dernier, a prouvé qu’il était solide. Bref, les choses s’annoncent fort bien.

Observation numérique

Ah ! Le désagréable sentiment que l’on éprouve quand un employé qui ne mérite pas particulièrement un pourboire nous remet un terminal de paiement où toutes les options nous forcent à en donner un. Arrive alors le moment où l’on ose demander : « Où est-ce que j’appuie si je ne veux pas donner de pourboire ? » Comment décrire cette déplaisante sensation ? Se sentir cheap ?