Les ennuis judiciaires du président-directeur général et propriétaire de la Grande Roue de Montréal, Jeff Jorgensen, ne passent pas inaperçus à la Société du Vieux-Port, qui réévalue actuellement sa relation d’affaires avec l’entreprise touristique.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

La Grande Roue de Montréal inc., qui possède et exploite l’imposante structure située près du quai Jacques-Cartier, est liée par un bail à la Société du Vieux-Port de Montréal (SVPM), une entité fédérale. Une entente de cinq ans, censée arriver à échéance en avril 2022, lie les deux parties, si bien que l’entreprise peut exercer ses activités au parc du Bassin-Bonsecours.

Jeff Jorgensen fait actuellement face à des accusations d’extorsion et de publication non consensuelle d’une image intime. Il a été libéré sous caution hier matin au palais de justice de Montréal et reviendra devant les tribunaux en novembre prochain.

Ayant pris connaissance de ces accusations, la SVPM dit prendre la situation « très au sérieux ».

« Nous sommes actuellement à vérifier les mesures à prendre et nos recours possibles, et ce, dans le cadre d’une relation d’affaires gérée par des lois », a commenté Sophie Morin, porte-parole de la Société, en entrevue avec La Presse.

Cette « évaluation », a repris Mme Morin, s’effectue en vertu « du bail en vigueur et des conditions » qui y sont inscrites.

La porte-parole n’a pas voulu fournir plus de détails sur ce « dossier complexe », pour lequel « aucune décision ne sera prise à court terme ».

Vers une résiliation ?

Il est évident qu’une résiliation de bail serait lourde de conséquences vu la nature des installations — à savoir la Grande Roue elle-même. Les 75 locataires du Vieux-Port sont soumis à l’obligation de laisser les lieux dans le même état qu’ils l’ont trouvé en s’y installant.

Sophie Morin n’a toutefois pas voulu commenter la situation « hypothétique » d’une résiliation.

La Presse a tenté d’obtenir des commentaires auprès de La Grande Roue de Montréal inc., mais personne n’a donné suite à notre appel.

Les accusations déposées cette semaine contre Jeff Jorgensen se sont ajoutées à une année au cours de laquelle la Grande Roue s’est retrouvée plus d’une fois dans l’actualité.

Le printemps dernier, la Régie des alcools, des courses et des jeux a refusé à l’entreprise un permis d’alcool pour ses restaurants, en raison des liens avec le crime organisé qu’a entretenus un collaborateur de M. Jorgensen et fournisseur de la Grande Roue, Steve Vogl. Celui-ci avait notamment purgé une peine de sept ans et demi aux États-Unis dans les années 90 pour avoir importé 2000 livres de haschich.

L’entreprise est également la cible d’une poursuite du ministère québécois de la Culture et des Communications pour avoir construit la structure sans avoir obtenu au préalable les autorisations nécessaires et pour avoir enfreint la Loi sur le patrimoine culturel.

Quant à M. Jorgensen, il s’est engagé hier à déposer 5000 $ en caution pour obtenir sa liberté pendant la durée du processus judiciaire relativement aux accusations d’extorsion et de publication non consensuelle d’une image intime qui pèsent sur lui. Parmi ses autres conditions, il lui sera interdit d’utiliser les médias sociaux et de posséder plus d’un téléphone cellulaire.

La cause a été remise au 18 novembre prochain à la demande de son avocat, Me Joseph La Leggia.

On ignore le lien qui unit Jeff Jorgensen et la victime. Les deux chefs d’accusation portent sur une période de plus de deux mois allant du 12 juin au 28 août 2019 à Montréal.