Restreindre la réunification familiale et les visas de travail à faible qualification entraîne une baisse marquée de l'immigration légale, mais une hausse de l'immigration illégale. Qui est elle-même ardue à endiguer, selon une nouvelle étude britannique.

Mis à jour le 18 août 2018
Mathieu Perreault LA PRESSE

IMMIGRATION NON AUTORISÉE

Une diminution du tiers de l'immigration légale, mais une hausse de 24 % de l'immigration illégale. Telles sont les conséquences de restrictions importantes aux programmes de réunification familiale, qui représentent le quart de l'immigration au Canada et les deux tiers aux États-Unis, selon Miranda Simon, du University College de Londres, auteure principale de l'étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

« Si on restreint les deux plus grandes catégories d'immigration vers les pays occidentaux, la réunification familiale et le travail à faibles qualifications, on peut réduire le nombre d'arrivants, mais au prix de nombreuses entrées non autorisées, dit Mme Simon. En général, la hausse de l'immigration non autorisée compense les deux tiers des baisses d'immigration pour ces catégories, dans les cas où on impose des restrictions. Quant aux catégories d'immigration pour études ou pour travail hautement qualifié, elles sont peu importantes. Alors, même s'il y a des restrictions, l'impact sur le nombre total d'immigrés est faible. »

L'étude est basée sur la Jamaïque, dont 58 % des habitants déclarent avoir le désir d'émigrer dans un pays riche.

COMME LES SIMS

Les chercheurs du University College de Londres ont utilisé un « modèle informatique basé sur des agents ». « C'est un peu comme le jeu des Sims », explique Mme Simon, en entrevue depuis la Californie, d'où elle cherche un emploi dans une université américaine. « Nous avons fait plusieurs sondages auprès de Jamaïcains, qui ont formé la base des décisions de nos agents informatiques. Ensuite, nous faisons des simulations. » Les simulations montrent que s'il n'y avait aucune restriction à l'émigration, un peu moins de 40 % des habitants de la Jamaïque iraient vivre dans un pays riche sur un horizon de 20 ans. Avec un système où sont admis tous les gens qui veulent étudier à l'université dans un pays riche, qui ont déjà un diplôme universitaire, qui ont une expérience de travail faiblement qualifié ou qui ont de la famille dans un pays riche, cette proportion diminue à 25 %. Et si on instaure des quotas pour ces quatre catégories, la proportion de Jamaïcains qui migrent - de manière officielle ou non autorisée - vers un pays riche chute à 10 % sur un horizon de 20 ans. La Jamaïque compte 2,9 millions d' habitants et plus de 1,3 million de personnes nées en Jamaïque vivent au Royaume-Uni, au Canada ou aux États-Unis. La simulation de Mme Simon n'a pas tenu compte des demandes de statut de réfugié, peu nombreuses par des Jamaïcains, selon elle.

SURVEILLANCE DES FRONTIÈRES

La migration non autorisée prend plusieurs formes, de l'entrée clandestine par navire ou via le Mexique au séjour dépassant les termes d'un visa de tourisme. « Cette migration non autorisée est difficile à endiguer, même en allouant beaucoup de ressources au contrôle des frontières, parce que les migrants non autorisés sont décidés à réessayer coûte que coûte », dit Mme Simon. Les sondages auprès de Jamaïcains indiquent que de 80 % à 90 % des migrants potentiels seraient prêts à essayer plusieurs fois de demeurer dans un pays riche de manière non autorisée.