Mettant un pied dans la campagne électorale canadienne, le grand patron mondial d'Amnistie internationale, de passage à Montréal mercredi, a réprimandé le gouvernement canadien sortant dans plusieurs grands dossiers des droits de l'homme, incluant celui des soulèvements populaires dans le grand monde arabe.

Mis à jour le 30 mars 2011
Laura-Julie Perreault LA PRESSE

 

«Spécialement en Égypte, le Canada s'est traîné les pieds, essayant de voir de quel côté le vent allait tourner avant de prendre position», a dit Salil Shetty, secrétaire général d'Amnistie internationale, lors d'un discours qu'il a prononcé à l'hôtel Sofitel, à l'invitation du Conseil des relations internationales de Montréal.

«Nous décelons un manque d'équilibre dans la politique canadienne à l'égard du Moyen-Orient», a poursuivi M. Shetty, qui tient depuis près d'un an les rênes de l'organisation internationale de défense des droits de l'homme, forte de trois millions de membres dans le monde.

Lors de son discours, M. Shetty a rappelé que son organisation était notamment inquiète du sort réservé à Omar Khadr, «cet enfant-soldat» de citoyenneté canadienne qui est détenu sur la base militaire américaine de Guantanamo Bay depuis 2002 et «qui a formulé des allégations crédibles de torture». Idem pour la violence dont sont victimes les femmes autochtones canadiennes. Au cours des dernières années, on a recensé près de 200 disparitions de femmes inuites et des Premières Nations. «Il n'existe pas de plan national pour y faire face», a décrié mercredi M. Shetty.

«Tout ça a mené à un déclin du Canada dans les droits de l'homme sur la scène internationale», a-t-il laissé tomber.

«Critiques non partisanes»

En conférence de presse, après son allocution, le secrétaire général d'Amnistie internationale a nié vouloir s'immiscer dans la politique nationale canadienne. «Nos critiques ne sont pas partisanes», soutient-il. «La pression doit venir des Canadiens. C'est à eux d'élire le bon gouvernement et de mettre de la pression sur leur gouvernement pour qu'il rende des comptes. Nous espérons que des changements viendront bientôt. Ce n'est pas que les droits de l'homme qui sont en cause, mais aussi les changements climatiques, le développement. Dans ces domaines aussi, le Canada n'est pas à la hauteur».

À la défense de WikiLeaks

M. Shetty, dont le discours portait principalement sur le rôle des nouvelles technologies dans l'avancement des droits de l'homme, s'est porté à la défense du site WikiLeaks. «Le gouvernement américain dit qu'il mène une enquête sur les activités de WikiLeaks et de son fondateur, Julian Assange. Plusieurs figures politiques américaines aimeraient que M. Assange soit poursuivi au criminel. Amnistie a de graves inquiétudes dans cette affaire et y voit une menace à la liberté d'expression», a-t-il dit.

M. Shetty a aussi réprimandé plusieurs pays, dont l'Iran et la Chine, qui utilisent les réseaux sociaux pour cibler les dissidents. Selon lui, le temps est venu pour que l'accès aux nouvelles technologies, qui nourrissent ces jours-ci les grands soulèvements démocratiques dans le monde arabe, soit considéré comme un droit de l'homme.

Originaire de Bangalore en Inde, M. Shetty a été à la tête d'Action Aid et de la Campagne du Millénaire des Nations unies avant de devenir le 8e secrétaire général d'Amnistie internationale en juillet 2010.