L'adieu au photomaton

Jeffrey Grostern, de l'entreprise montréalaise Auto-Photo Canada, et... (Photo: Stéphane Champagne, collaboration spéciale)

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Jeffrey Grostern, de l'entreprise montréalaise Auto-Photo Canada, et l'un des derniers photomatons argentiques noir et blanc qu'il lui reste.

Photo: Stéphane Champagne, collaboration spéciale

Nouveau revers pour la photographie argentique. L'un des derniers - sinon le dernier - photomaton argentique noir et blanc à Montréal a récemment été retiré de la circulation. Signe des temps, il a été remplacé par une cabine numérique. D'ailleurs, si la tendance se maintient, tous les photomatons argentiques du Canada, qu'ils soient en couleurs ou en noir et blanc, auront disparu d'ici cinq ans.

La disparition annoncée des photomatons n'est plus la prédiction d'un simple illuminé, mais plutôt celle de Jeffrey Grostern, vice-président d'Auto-Photo Canada, une entreprise montréalaise qui exploite près de 400 photomatons d'un bout à l'autre du pays, dont une vingtaine dans le métro de Montréal. Selon lui, les deux derniers photomatons noir et blanc au pays se trouvent actuellement en Saskatchewan, et leurs jours seraient comptés...

Ailleurs dans le monde, pourtant, les vieux appareils pourraient survivre au XXIe siècle. En Europe, on se les arrache. Jeffrey Grostern vient encore d'expédier sur le Vieux Continent quelques photomatons noir et blanc dans lesquels les Canadiens n'étaient plus prêts à déposer 3$ en échange d'une bande de quatre photos d'identité.

Les Allemands, les Autrichiens et les Français en sont particulièrement épris. Par exemple, à Berlin, certains vieux photomatons sont installés directement sur le trottoir. Et à deux ou trois euros la séance, ils n'en finissent plus de tirer le portrait des quidams, dit Jeffrey Grostern.

Les nostalgiques d'Amérique du Nord peuvent cependant garder espoir : on retrouve encore quelques vieilles cabines aux États-Unis. Refusant de voir disparaître cette icône de la culture populaire, une Américaine d'Oakland, en Californie, s'est procuré un photomaton noir et blanc auprès d'Auto-Photo Canada.

Sur les 400 appareils exploités par l'entreprise montréalaise, près de la moitié sont encore des cabines argentiques couleur. « Mais ils sont de moins en moins rentables. Les gens veulent des choses plus récentes, comme des cabines numériques «, explique M. Grostern, dont la famille fait des affaires depuis 1953.

Les nouvelles cabines photographiques, dit-il, permettent plusieurs options (couleur ou noir et blanc, formats d'impression variés, etc.). Certains modèles offrent même des arrière-plans en lien direct avec l'endroit où ils sont installés. Par exemple, dans le sous-sol du Biodôme de Montréal, là même où Auto-Photo a retiré son dernier photomaton noir et blanc l'automne dernier, il est possible d'être photographié avec un animal grâce à la magie du numérique.

D'ailleurs, pourquoi utilise-t-on encore les photomatons? Pour le plaisir d'être, sur un coup de tête, photographié seul, en amoureux, en famille ou entre amis. Mais aussi lorsque l'on a besoin in extremis de joindre une photo à un CV ou à une demande de visa, par exemple.

Pour les aficionados québécois de la bonne vieille photo argentique noir et blanc, sachez que Jeffrey Grostern possède encore dans ses ateliers de Montréal quelques photomatons qu'il est possible de louer. « C'est très populaire dans les mariages «, dit-il. Ainsi, pour environ 1500 $, vous aurez un photomaton tout ce qu'il y a de plus rétro à votre disposition.

À ce prix-là, c'est « photos à volonté «. Un technicien est d'ailleurs présent toute la soirée pour solutionner tout problème éventuel, voire pour renouveler les chimies dans les bains de développement. L'industrie des vieux photomatons est tellement en perte de vitesse qu'il ne subsiste plus qu'un seul fabricant (en Russie) de papier photo compatible avec ce type de cabine.

Une histoire presque centenaire

Le premier photomaton aurait vu le jour aux États-Unis au milieu des années 20. Mais ce n'est que 30 ans plus tard qu'il devait connaître son envol. C'est d'ailleurs à cette époque que la famille Grostern s'est lancée en affaires en installant des photomatons dans les magasins Woolworth du Canada. Les cabines couleur sont apparues dans les années 70. Le numérique est apparu 25 ans plus tard.

Jeffrey Grostern a donc grandi entouré de photomatons. Il possède des photos de lui à tous les âges. Sa frimousse s'est souvent d'ailleurs retrouvée parmi celles qui enjolivaient l'extérieur des cabines.

Ce n'est donc pas un hasard si le musée Élysée de Lausanne, en Suisse, a demandé à M. Grostern de lui fournir des photos personnelles prises dans des photomatons au cours des 30 dernières années. Le patron d'Auto-Photo fera donc partie de l'exposition Derrière le rideau - L'esthétique photomaton, qui sera présentée là-bas de février à mai 2012.

Vous avez envie de vous replonger dans l'univers des photomatons ? Louez le film Le fabuleux destin d'Amélie Poulain, dont l'intrigue secondaire tourne autour d'un photomaton et d'un mystérieux personnage qui figure sur de nombreux clichés. Sinon, visitez www.photobooth.net, un site où l'on célèbre le photomaton sous toutes ses formes.

Jeffrey Grostern, de l'entreprise montréalaise Auto-Photo Canada, et l'un des derniers photomatons argentiques noir et blanc qu'il lui reste.




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