Eugenie Bouchard: les coulisses de la déroute

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Eugenie Bouchard a perdu jeudi soir au deuxième tour du Challenge Banque Nationale de Québec.

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Eugenie Bouchard a touché le fond du baril, jeudi soir à Québec, en s'écroulant psychologiquement devant la Russe Alla Kudryavtseva au deuxième tour du Challenge Banque Nationale de Québec.

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Sylvain Bruneau et Eugenie Bouchard

PHOTO ALAIN ROBERGE, archives LA PRESSE

En quittant ensuite le PEPS de façon précipitée, sans un geste pour la foule ou un mot pour les journalistes, Bouchard a choqué des partisans. Ajoutez à cela ses propos déplacés au sujet de son (manque de) sommeil dans un hôtel de la Vieille Capitale, plus tôt dans la journée sur son compte Twitter, et vous n'avez encore qu'un petit aperçu de la tempête qu'a déclenchée l'athlète à Québec.

La virulence des réactions des amateurs était d'ailleurs impressionnante, hier, sur les réseaux sociaux et d'autres tribunes. Jamais nous n'avions reçu autant de messages de nos lecteurs, et tous dénonçaient l'attitude de Bouchard.

Ceux qui suivent le tennis assidûment voyaient toutefois venir cette crise depuis un bon moment déjà. Au cours des dernières semaines, à l'exception peut-être de sa participation aux Jeux de Rio, l'athlète de 22 ans n'a guère eu de motifs de réjouissance. Amaigrie, le teint pâle, elle n'a plus rien de la jeune femme insouciante qui avait connu tant de succès il y a deux ans.

UNE PAUSE IMPRÉVUE

Aux Internationaux des États-Unis, son dernier tournoi avant celui de Québec, elle a été battue au premier tour par une joueuse bien moins classée qu'elle. Alors qu'elle espérait bien faire à New York, son élimination rapide a forcé Bouchard à prendre une pause imprévue. Des obligations publicitaires lui imposaient un « shooting » au Québec juste avant la Coupe Banque Nationale. 

Déçue de ses résultats, en proie aux doutes sur son niveau de jeu, la 48e mondiale a décidé de venir à Montréal pour tenter de relancer la machine avec Sylvain Bruneau, capitaine de l'équipe canadienne de Fed Cup et « complice » d'Eugenie depuis plusieurs années. 

Laissons-le raconter la suite : 

« Elle était évidemment très déçue de sa performance aux Internationaux des États-Unis, d'autant qu'elle a l'habitude de bien faire en Grand Chelem, où elle n'a pas souvent perdu au premier tour.

« Après New York, elle aurait pu aller en Floride pour s'entraîner avec Nick [Saviano, son entraîneur attitré], mais elle a préféré venir à Montréal.

« Après quelques jours de repos à New York et au Québec, elle a vite repris l'entraînement physique, puis le travail sur les courts au stade Uniprix. Elle était très motivée et n'a vraiment pas lésiné dans ses efforts, mais ceux qui la connaissent bien savent que c'est toujours le cas. Eugenie est ensuite arrivée très tôt à Québec, jeudi dernier, pour bien préparer le tournoi. »

UN COUTEAU À DEUX TRANCHANTS

Bouchard participe d'ailleurs à un point de presse ce jour-là, avec le maire Régis Labeaume, et doit notamment répondre à des questions « personnelles » en lien avec sa mère et le piètre état de l'ancienne résidence familiale à Westmount. On la sent tendue, sur la défensive.

« C'est toujours un peu plus compliqué de jouer à la maison, c'est un couteau à deux tranchants, souligne Bruneau. D'une part, on peut se servir de l'énergie de la foule, la sentir à ses côtés, et ça peut donner un coup de pouce ; d'autre part, les gens attendent beaucoup de vous et la pression est très forte. Et en plus, dans ce cas-ci, Eugenie était la première favorite du tournoi.

« Je comprends les amateurs de penser qu'elle était en bonne position pour bien faire, voire qu'elle devait remporter le tournoi, mais on ne pouvait évidemment embarquer là-dedans. »

«À ce niveau, toutes les filles sont susceptibles de gagner des matchs et le fait de jouer contre la favorite les motive encore plus. Autour d'Eugenie, personne ne croyait que ce serait facile.»

Sylvain Bruneau

« La tâche était d'autant plus complexe qu'elle avait beaucoup joué récemment. En fait, elle a joué toutes les semaines depuis le tournoi de Washington à la mi-juillet, enchaînant avec la Coupe Rogers, les Jeux olympiques, Cincinnati, New Haven et les Internationaux des États-Unis. Cette pause imposée par son élimination rapide à New York n'était pas prévue, comme Eugenie l'a rappelé, mais elle était peut-être nécessaire. »

COMMOTION À QUÉBEC

Mercredi soir, Bouchard remporte son premier match contre la Luxembourgeoise Mandy Minella. En point de presse, elle estime n'avoir joué qu'à 50 % de ses moyens.

« Eugenie est toujours sévère envers elle-même, mais c'est vrai qu'elle aurait pu améliorer bien des choses lors de ce premier match, estime Bruneau. Ses services, notamment, mais aussi plusieurs petites choses. La réalité, c'est qu'on ne peut jamais jouer un match parfait et il faut savoir s'adapter. Ça, Eugenie l'a très bien fait. »

Jeudi matin, Bouchard publie un message sur son compte Twitter où elle dénigre l'hôtel Hilton en raison du bruit. Cela devient vite une grosse histoire à Québec... En soirée, elle affronte la Russe Alla Kudryvtseva et s'incline 6-2 et 6-3 après avoir complètement « décroché » au milieu de la première manche. Deux interventions de Bruneau restent sans effet.

« J'ai surtout essayé de la recentrer sur ses objectifs alors qu'elle s'était visiblement égarée dans son match. J'ai voulu lui rappeler les éléments du plan de match, je lui ai conseillé de chasser les idées négatives et d'avoir de bonnes pensées, mais il était probablement déjà trop tard.

« Mercredi, elle avait joué un match ordinaire, mais avait réussi à trouver une façon de l'emporter. [Jeudi], c'était trop pour elle et elle est passée complètement à côté du match. Ce résultat démontre beaucoup de vulnérabilité, il faut l'admettre... »

UN DÉPART EN COUP DE VENT

Bouchard a quitté le court « en coup de vent », sans lever la tête, les lèvres serrées et les larmes aux yeux, visiblement submergée par ses émotions. Quelques minutes plus tard, elle a quitté le PEPS dans un véhicule avec ses proches, apparemment en direction de Montréal.

«Elle était très déçue, tout le monde l'a vu, et a décidé de ne pas parler aux journalistes. Cela aurait été préférable qu'elle fasse face à la musique, mais elle n'en était apparemment pas capable.»

Sylvain Bruneau

« Comme il y avait le match de Françoise [Abanda, autre joueuse de l'équipe canadienne] qui commençait, je me suis concentré sur elle... »

Ce sont les responsables du tournoi, Eugène Lapierre et Pierre-Luc Tessier, qui ont pris la relève pour tenter de convaincre Bouchard de revenir au PEPS. Sans succès. Croisé dans les coulisses du stade, le directeur de la Coupe Rogers a expliqué : « Elle nous a indiqué qu'elle ne reviendrait pas et qu'elle paierait l'amende s'il le fallait. Que peut-on faire ? La pression est très forte sur elle et elle s'en met encore davantage. Rendue à ce point, elle perd tous ses moyens. Dommage, car on ne lui en demande pas tant... »

ET MAINTENANT ?

Ironiquement, c'est aussi jeudi qu'a été lancée une nouvelle campagne publicitaire des dentifrices Colgate mettant en vedette Eugenie Bouchard. On peut aussi voir la joueuse de tennis dans des publicités de Coca-Cola présentement, comme quoi la valeur commerciale d'une athlète n'est pas toujours liée à ses résultats.

Sur le plan sportif, on devrait en principe revoir la Canadienne en compétition lors du tournoi de Wuhan, en Chine, à compter du 26 septembre. Elle devrait ensuite enchaîner avec des tournois à Pékin, à Linz (en Autriche) et au Luxembourg avant de mettre un terme à sa saison.

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