Patrick Côté: du rêve à la prison

Patrick Côté après un match contre les Devils... (PHOTO RANDY PILAND, FOURNIE PAR THE TENNESSEAN)

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Patrick Côté après un match contre les Devils du New Jersey, lors de la saison inaugurale des Predators de Nashville, en 1998-1999. Le hockeyeur québécois aura disputé un total de 91 matchs avec la formation du Tennessee au cours de sa carrière.

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Au tournant de l'an 2000, Patrick Côté jouait dans la Ligue nationale de hockey et semblait promis à un bel avenir. Quinze ans plus tard, il est derrière les barreaux d'une prison. Comment a-t-il pu passer d'athlète professionnel à criminel? La Presse a retracé son parcours tumultueux.

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De hockeyeur à voleur de banques

«Il est important que vous compreniez que cette sentence aura une fin. Tout ce que je peux faire, c'est de vous suggérer de profiter de ce qu'il peut y avoir comme services à l'intérieur pour tenter de vous préparer à votre sortie afin d'être mieux que vous ne l'étiez lors de votre dernière sortie.»

C'est le conseil que le juge Stéphane Godri, de la Cour du Québec, a donné à Patrick Côté au moment de le condamner à deux ans et demi de prison. C'était au palais de justice de Longueuil, le 4 juin dernier.

Côté, qui a fêté ses 40 ans il y a quelques semaines, venait de s'avouer coupable d'avoir commis deux vols de banque quelques jours plus tôt. Le premier est survenu le 23 mai dans une succursale de la BMO du boulevard Taschereau, à Brossard. Le second a eu lieu trois jours plus tard à la Banque Laurentienne de Saint-Constant.

Chaque fois, Côté se présente sur les lieux en remettant une note à un employé de l'établissement. On peut lire: «Je sors de prison, j'ai besoin de 5000 $ et j'ai un gun.» Il ressort de son premier braquage avec 2900 $ en poche, et avec environ 1000 $ après le second. Chaque fois, il part sans aucune violence.

Le lendemain du second cambriolage, Côté s'arrête à une station-service de Candiac. Il demande au commis d'appeler une remorqueuse, prétextant que sa voiture ne fonctionne plus. Il se rend dans un restaurant Tim Hortons situé en face pour patienter.

Le commis, trouvant l'attitude de Côté suspecte, demande aux policiers de se rendre sur place. Après vérification, ceux-ci constatent que le véhicule de Côté a été déclaré volé en Ontario la semaine précédente. Ils se mettent donc à sa recherche.

Les agents retrouveront Côté alors qu'il circule à pied sur la route 132. Pendant qu'on procède à son arrestation, il avoue tout bonnement être l'auteur des deux vols de banque et ajoute qu'il souhaite retourner en prison.

Peur d'être libre

Le 4 juin, l'avocat de Côté, Me Rémi Cournoyer-Quintal, indique au tribunal que si son client désire se retrouver derrière les barreaux, c'est parce qu'il «n'aime pas sa vie extérieure». «Il dit qu'il est peut-être en danger parce qu'il a fréquenté des gens à l'extérieur. C'est pour ça qu'il a volé l'argent», précise le procureur.

Côté est loin d'en être à sa première visite devant un juge. Son casier judiciaire, qui date de son adolescence, est parsemé de condamnations pour divers méfaits, allant de la possession de stupéfiants aux voies de fait en passant par le vol et une introduction par effraction.

«Je vous considère encore très jeune. [...] Vous avez beaucoup d'années devant vous, et je ne pense pas que ça vous intéresse d'entrer et sortir constamment», a observé le juge Godri.

«Merci, c'était un discours touchant», a lancé Côté au magistrat depuis le box des accusés, avant de partir pour la prison.

«Des fois, ça vaut la peine. D'autres fois, moins», a rétorqué le juge.

Pendant ce temps, des membres de la famille de Côté, qui ne l'avaient pas vu depuis des années, assistent à la scène, assis dans la salle d'audience, déchirés entre leur peine et leur incompréhension. Côté, lui, évite de les regarder. Il ne leur dit pas au revoir avant de quitter le palais de justice. Comme s'il voulait tout faire pour les ignorer.

Difficile de croire que, dans un passé pas si lointain, l'homme qui prenait le chemin des cellules ce jour-là réalisait un rêve que plusieurs ne concrétiseront jamais: jouer dans la Ligue nationale de hockey. Un rêve que ses démons auront tôt fait de transformer en cauchemar.

La Presse a tenté de rencontrer Patrick Côté au pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines. Il a refusé notre demande. Certains de ses proches, de même que quelques anciens coéquipiers, ont toutefois accepté de nous raconter son histoire, comme ils en ont été témoins.

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Patrick Côté savait compter des buts, mais c'est... (Photo Jean-Marie Villeneuve, archives Le Soleil) - image 3.0

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Patrick Côté savait compter des buts, mais c'est surtout son talent de pugiliste qui a fait sa renommée avec les Harfangs de Beauport dans la LHJMQ.

Photo Jean-Marie Villeneuve, archives Le Soleil

Un avenir prometteur

Patrick Côté naît le 24 janvier 1975 à LaSalle. Bon élève à l'école et aimé de tous, il démontre un intérêt pour les sports dès son jeune âge.

«C'est un bon gars, Patrick. On l'a toujours suivi dans les sports. [...] Quand il était jeune, il aimait s'amuser. Tout le monde le trouvait bon», raconte son père, Gilles Côté.

Le premier pas de son ascension vers la LNH se fait lorsqu'il se joint aux Harfangs de Beauport, dans la LHJMQ, durant la saison 1993-1994. Il a alors 17 ans et, déjà, il possède un gabarit imposant avec ses 6 pi 3 po et ses 179 lb.

Sauf qu'en marge de sa carrière sportive, Côté fraie déjà avec l'univers interlope. Lui et son frère aîné, Daniel, travaillent dans des champs où on cultive des plants de cannabis. C'est à cette époque qu'il connaît ses premiers déboires avec la justice, au Tribunal de la jeunesse.

«On a fait des erreurs de jeunesse», reconnaît Daniel.

«[Patrick] n'était pas un saint. Il a quand même fait de petits mauvais coups», note pour sa part leur père.

Daniel Côté est cependant formel. Bien qu'il ait été en contact avec des stupéfiants, son frère ne souffrait d'aucune dépendance au moment où il a atteint les rangs juniors. «Il n'avait pas de problèmes avant cela. Quand il a fait le saut dans la LHJMQ, il n'en prenait pas», assure-t-il.

Pas seulement un bagarreur

À sa première saison avec les Harfangs, Patrick Côté connaît une récolte offensive des plus modestes, avec seulement 6 points en 48 matchs. Le jeune ailier gauche trouve toutefois le moyen de se démarquer avec ses poings, comme en font foi ses 230 minutes de pénalité.

Sa performance de l'année suivante lui permettra de se retrouver sur l'écran radar des dépisteurs. En 50 rencontres, il marque 20 buts et amasse 20 mentions d'aide, en plus de passer 314 minutes au cachot.

«C'était un gars extrêmement tough sur la glace, mais il avait aussi de bonnes qualités hockey. Il ne faisait pas que se servir de ses poings. Il travaillait extrêmement fort pour l'équipe et pour lui-même», se souvient l'ex-gardien de but Martin Biron, coéquipier de Côté avec les Harfangs.

Grâce au courage dont il fait preuve sur la glace, Côté gagne le respect et l'appréciation des membres de l'équipe. «[L'entraîneur-chef] Jos Canale demandait beaucoup d'intensité de notre part et Patrick lui donnait ça», fait valoir Biron.

La consécration

Sa carrière junior se terminera après deux saisons. Lors du repêchage de la LNH en 1995, les Stars de Dallas le sélectionnent en deuxième ronde. Ils lui offriront son premier contrat professionnel peu de temps plus tard.

«Quand il a signé son contrat, il s'est acheté une Mustang neuve, relate Biron. Il était très fier. Il était content de montrer ça aux gars.»

Côté est aux anges, ça se comprend. Il est sur le point de jouer dans la LNH. Il est sur le point de prouver que tous les coups qu'il a reçus et donnés à Beauport n'auront pas été en vain. Il est sur le point d'atteindre son objectif ultime.

«Si tu es choisi en deuxième ronde, tu es supposé connaître une belle carrière», souligne Gilles Côté.

C'est cependant tout le contraire qui s'est produit.

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Choix de deuxième ronde des Stars de Dallas... (Photo fournie par les Stars de Dallas) - image 4.0

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Choix de deuxième ronde des Stars de Dallas en 1995, Patrick Côté (en blanc) disputera un total de huit matchs avec la formation du Texas sur une période de trois ans.

Photo fournie par les Stars de Dallas

L'ivresse du succès

Patrick Côté fait ses débuts dans la Ligue nationale de hockey durant la saison 1995-1996. Son séjour avec les Stars sera toutefois bref. Il ne dispute que deux matchs à Dallas et passe le reste de l'année avec leur club-école de la défunte Ligue internationale, les K-Wings du Michigan.

Côté devra attendre jusqu'en 1998 avant d'avoir sa première vraie chance dans la LNH. Cette année-là, le circuit Bettman accueille une nouvelle équipe, les Predators de Nashville. Ceux-ci réclament Côté lors du repêchage d'expansion.

Lors de la saison 1998-1999, Côté dispute 70 matchs à Nashville. Il récolte 1 but - le seul de sa carrière dans la LNH - , 2 passes et 242 minutes de pénalité.

Derrière cette maigre fiche sur le plan statistique se cache un problème bien plus sérieux, bien plus préoccupant. Côté, déjà vulnérable, laisse la gloire et l'argent lui monter à la tête. Il fait la fête. Il rentre très tard le soir. Ou très tôt le matin, c'est selon. Et il boit. Beaucoup.

Même lorsque son père débarque à Nashville pour passer une semaine avec son fils, il garde ce train de vie effréné. «Pour lui, se reposer était secondaire», indique Gilles Côté.

«Il a bu beaucoup de bière, ajoute Daniel Côté. Ensuite, il a commencé à avoir de mauvaises fréquentations. En présence de mon père, il revenait à 5h du matin. Mon père lui disait qu'il ne pouvait pas continuer comme ça, mais il répondait qu'il savait ce qu'il faisait.»

Naturellement, les autres joueurs des Predators étaient bien au courant des frasques du dur à cuire. «Je l'ai confronté à quelques reprises, mais ça ne sert à rien de l'emmener à la rivière s'il ne veut pas boire. Il ne prenait pas ça assez au sérieux. Il a fait des efforts, mais c'était plus fort que lui. Je lui ai dit à quelques reprises qu'il buvait beaucoup trop. Je l'ai ramassé à la petite cuillère quelques fois», confie un ex-coéquipier de Côté ayant requis l'anonymat.

Cet ancien confrère insiste du même souffle pour dire qu'en dépit de ces écarts de conduite, Côté n'était pas du genre à faire des esclandres dans le vestiaire et préférait garder un profil bas.

«Ce n'était pas quelqu'un de malsain, dit-il. Il avait des problèmes, mais il était quand même gentil avec ses coéquipiers.»

Le début de la fin

Le 12 juin 2000, les Predators échangent Côté aux Oilers d'Edmonton. Contrairement aux Preds, ces derniers disposent d'un alignement bien plus relevé, ce qui rend la tâche doublement ardue pour Côté pour s'y tailler une place.

Côté se remet donc, par la force des choses, à virevolter entre la LNH et les Bulldogs de Hamilton, alors le club-école des Oilers dans la Ligue américaine. À la fin de la saison 2000-2001, les Oilers décident de ne pas offrir de contrat à Côté. Il devient donc libre comme l'air. Et par une triste ironie, c'est précisément cette liberté non souhaitée qui finira par le conduire en prison.

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Patrick Côté a porté les couleurs des Chiefs... (Photo Bruno Leblanc) - image 5.0

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Patrick Côté a porté les couleurs des Chiefs de Laval dans la Ligue semi-professionnelle de hockey.

Photo Bruno Leblanc

«Dans sa tête, il n'était plus là»

En 2001, Patrick Côté n'a plus le choix. La Ligue nationale de hockey ne veut plus de lui et il doit trouver du travail. Il sera finalement embauché par les Chiefs de Laval, dans ce qu'on appelait alors la Ligue semi-professionnelle de hockey. 

«On était tellement contents de voir ce gars-là dans notre équipe. C'était quand même un bon joueur. Les gars forts comme lui amenaient un respect. Il avait une attitude A1», décrit Denis Chalifoux, ancien entraîneur-chef des Cataractes de Shawinigan et compagnon de trio de Côté avec les Chiefs.

Côté, quant à lui, voit ce séjour à Laval comme une période de remise en forme avant de retourner dans les rangs professionnels. D'autant que, selon Chalifoux, il négociait au même moment avec une équipe de la Ligue américaine pour obtenir un contrat. Sauf que ce contrat ne viendra jamais. Du coup, Côté voit son rêve s'évanouir devant lui. Il est dépité, découragé, désemparé. Et il renoue de plus belle avec la drogue.

Au milieu des années 2000, Côté tente de se lancer en affaires en ouvrant un restaurant sur la Rive-Sud de Montréal en compagnie d'un associé. Mais ce dernier, lui aussi grand consommateur de stupéfiants, finira par le flouer, et le projet sera un flop. Côté perd une importante part de ses économies dans l'aventure.

Il décide alors de replonger dans la criminalité en se livrant au trafic de marijuana.

En prison aux États-Unis

Cette aventure le ramènera ultimement au pénitencier. Nous sommes le 7 février 2002 à Malone, petite municipalité de l'État de New York située non loin de la frontière canadienne. Il est 3h17 du matin et Côté roule à 65 milles à l'heure dans une zone de 30 au volant de son Audi A6.

Des patrouilleurs de l'endroit le repèrent et l'interceptent après l'avoir pourchassé sur environ trois quarts de mille. Les agents exigent de fouiller le coffre du véhicule. Ils y trouvent 30 livres de cannabis. Valeur estimée de la drogue à l'époque: 120 000 $ US.

Accusé de possession et trafic de stupéfiants, il finit par plaider coupable à une accusation réduite de complot. Il est condamné à passer 180 jours dans la prison de Franklin County, en plus d'être soumis à une probation d'une durée de un à trois ans. Il a alors 27 ans.

Dans «la mauvaise gang»

Une fois sorti, il retourne avec les Chiefs, chez lesquels il demeurera jusqu'en 2007. Côté terminera sa carrière de hockeyeur en étant échangé au Mission de Sorel-Tracy avant la saison 2007-2008. Le directeur général du Mission à ce moment, Jean Lusignan, affirme qu'il était au courant des problèmes de consommation de Côté lorsqu'il a fait son acquisition. «On ne parlait jamais de ça, explique-t-il. Ce n'était pas un individu avec un mauvais fond.»

Ils n'en parlaient peut-être jamais, mais les problèmes de Côté à l'extérieur de la glace ont malgré tout fini par le rattraper.

«Il était dans la mauvaise gang, dit Lusignan. Il recevait la visite de certaines personnes. [...] Il était au bout du rouleau. Dans sa tête, il ne pouvait plus s'en sortir. Il n'était plus capable. Dans sa tête, il n'était plus là.»

Le cri du coeur d'un père

En 2009, Côté écope de deux ans de détention pour voies de fait après s'être battu avec un homme dans le stationnement d'un restaurant. À sa sortie, en 2011, il décide de retourner aux États-Unis pour se rendre aux autorités et finir de purger sa peine de 2002. 

Il repart de l'État de New York en 2014. Et c'est peu de temps après sa sortie qu'il commet ses deux vols de banque. Ceux-là mêmes qui ont ramené son nom dans les manchettes.

Lorsque Gilles Côté a assisté à la condamnation de son fils, le 4 juin dernier, c'était la première fois en trois ans qu'il le voyait. En trois ans, jamais Patrick n'avait donné signe de vie à sa famille. Et au moment de s'entretenir avec La Presse, ni son père ni son frère Daniel n'avaient eu des nouvelles de Patrick depuis son incarcération. On ignore également si celui-ci profite de ce nouveau séjour en cellule pour chercher l'aide nécessaire afin de revenir sur le droit chemin.

«J'ai été fier de lui longtemps. Durant la dernière année [à Sorel-Tracy], il n'était plus lui-même. Il n'était plus pareil. Ce n'est pas une belle fin. Il avait tout pour réussir», laisse-t-il tomber avant de fondre en larmes.

Gilles Côté reprend son souffle un instant. Puis, on lui demande ce qu'il aimerait dire à son fils Patrick. «Je ne peux pas lui dire autre chose à part que je l'aime», dit-il, la gorge nouée par les sanglots.

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