Taylor Ruck: la naissance d'un phénomène

La nageuse canadienne Taylor Ruck a égalé un... (Photo Ryan Remiorz, La Presse canadienne)

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La nageuse canadienne Taylor Ruck a égalé un record des Jeux du Commonwealth en remportant un total de huit médailles.

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Il était passé 23h en Australie quand Taylor Ruck a raccroché avec La Presse. Une dernière entrevue de la soirée avant son examen d'anglais, le lendemain matin. Elle n'avait pas eu le temps d'étudier. «Des gens m'ont dit que je n'avais pas besoin de le faire pour ce test, alors j'espère qu'ils ont raison...»

L'élève au secondaire avait une bonne excuse. Elle venait de passer six jours à gagner des médailles pour le Canada à la piscine des Jeux du Commonwealth de Gold Coast. Huit au total, ce qui égale un record.

«Les derniers jours ont été fous», a constaté Ruck, moins de deux heures après avoir mis la touche finale à la performance qui a valu au Canada la médaille d'argent au relais 4 x 100 m quatre nages.

Symbole fort, la nageuse de 17 ans a pris le relais de Penny Oleksiak, la quadruple médaillée des Jeux olympiques de Rio, dont elle partage l'année de naissance (2000)... en plus de tenir sensiblement le même discours qu'elle.

«Je n'avais pas d'attentes en commençant la compétition. Juste d'avoir du plaisir et de nager vite. C'est vraiment ce que j'avais en tête.»

La native de Kelowna, en Colombie-Britannique, a annoncé la couleur dès le premier soir au 200 m libre, retranchant deux secondes à son propre record national et s'imposant par quatre centièmes devant l'Australienne Ariarne Titmus, un autre phénomène de 17 ans. «Commencer comme ça m'a donné une bonne dose de confiance.»

Ruck est montée sur le podium à ses sept autres épreuves, qui seront toutes au programme aux Jeux de Tokyo en 2020.

«J'ai vraiment aimé mon 200 libre, mais mon entraîneur dit qu'il est plus impressionné par mon 50 libre. Juste parce que je ne le nage jamais, j'imagine.»

Cette médaille de bronze sur la longueur crawl, derrière les soeurs australiennes Cate et Bronte Campbell, donne une idée de l'étendue du répertoire de Ruck, une flèche de 6 pieds (182 cm) et 139 lb (63 kg).

Ruck s'est formée dans un club de Scottsdale, en Arizona, où ses parents ont déménagé quand elle n'avait pas 1 an. Son père, ancien joueur de hockey dans la Ligue junior de l'Ouest, mesure 6 pi 9 po. Son jeune frère faisait 6 pi 6 po à 14 ans. Des gènes semblables à ceux d'Oleksiak et de sa famille de géants.

Ruck n'a jamais détenu la citoyenneté américaine, si bien qu'elle représente le Canada sur la scène internationale depuis les Mondiaux juniors de 2015, où elle a gagné six médailles, dont l'or aux 100 et 200 m libre.

En 2016, sa sélection à l'âge de 15 ans pour Rio, alors qu'elle n'avait pas réalisé le standard, avait fait sourciller dans le milieu. Elle a largement justifié ce privilège en s'avérant un élément clé des deux relais libre médaillés de bronze.

Au printemps suivant, Ruck a raté sa qualification pour les Mondiaux de Budapest. Cette fois, elle n'a pas eu de passe-droit. À l'insistance de Natation Canada, elle s'est installée au centre national de Toronto, où elle a rejoint Oleksiak, l'entraîneur britannique Ben Titley et quelques jeunes sprinteuses prometteuses comme Rebecca Smith et Kayla Sanchez, qui ont bien performé en Australie.

«Ben, c'est tellement un bon coach, il propose tellement un bel environnement, a souligné la médaillée olympique Sandrine Mainville, qui nageait à Toronto jusqu'à l'été dernier. C'est un peu comme si tout ce qu'il touche se transforme en phénomène.»

Aux Mondiaux juniors d'Indianapolis, Ruck a remporté sept autres médailles, dont cinq fois l'or avec Oleksiak dans les relais.

Avant même ces huit médailles historiques à Gold Coast, Mainville jugeait que Ruck montrait autant de potentiel qu'Oleksiak.

«Taylor, c'est vraiment le genre de personne qui ne se rend pas vraiment compte qu'elle est rapide, a noté Mainville. C'est à son avantage parce que ça ne la stresse pas. Elle fait juste s'amuser. Elle est bonne, vite, mais elle ne le sait pas. C'est le genre de mentalité qui peut permettre à une nageuse d'aller loin. Parce que justement, elle reste humble là-dedans. Elle continue de s'entraîner fort, c'est la seule chose sur laquelle elle se concentre.»

Rusk, qui fera ses débuts avec Stanford dans la NCAA l'automne prochain, se défend bien de ne pas ressentir de stress avant ses courses: «Peut-être que je le cache mieux que les autres, mais je le suis, nerveuse, et je pense que ça me donne un petit avantage.»

Devant 10 000 partisans en délire et contre quelques-unes des meilleures nageuses au monde, elle a admirablement su composer avec la pression à Gold Coast. «Cette compétition a certainement été un bon apprentissage. Ça ressemblait aux Olympiques à plusieurs égards. J'y ai appris plusieurs leçons et je suis vraiment excitée à l'approche [des Jeux de] Tokyo en 2020.»

Limitée à trois médailles dans les relais en Australie, Oleksiak a vécu des Jeux décevants. La médaillée d'or olympique du 100 m a abouti au cinquième rang à cette épreuve.

«Je ne suis pas trop impressionnée par mes performances ici, a-t-elle admis sur place à La Presse canadienne. Mais ça ne veut pas dire que je ne peux pas m'améliorer à partir de maintenant, et ça ne veut pas dire que je ne peux pas me préparer pour les Olympiques.»

À l'automne, Oleksiak a quitté le groupe de Titley pour retourner au club de son enfance, situé plus près de chez elle. «Ces dernières années, j'ai essayé de gérer ma vie après Rio et de déterminer ce que je voulais faire, a-t-elle expliqué. Et cette année, j'ai décidé de prendre une année pour moi et faire le tri.»

Le directeur haute performance de Natation Canada prône la patience envers la jeune femme de 17 ans. «C'est beaucoup à gérer pour n'importe qui, en particulier pour une adolescente, a noté John Atkinson en entrevue avec La Presse canadienne. On sait qu'elle a un grand talent et on sait qu'il y a une phase d'ajustement. Je pense qu'elle a mieux nagé au fur et à mesure que la compétition avançait. C'est une véritable championne et je crois qu'elle rebondira et sera plus forte dans le futur.»

En attendant, Taylor Ruck est là pour monter la garde.

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Les médailles de Taylor Ruck aux Jeux du Commonwealth

  • Or 200 m libre
  • Argent 50 m libre
  • Argent 200 m dos
  • Argent 4 x 100 m relais libre
  • Argent 4 x 100 m relais quatre nages
  • Argent 4 x 200 m relais libre
  • Bronze 100 m dos
  • Bronze 100 m libre

Plus grands médaillés à une présentation des Jeux du Commonwealth

  • 8 Taylor Ruck (CAN), natation, Gold Coast, 2018
  • 8 Emily Seebohm (AUS), natation, New Delhi, 2010
  • 8 Susie O'Neill (AUS), natation, Kuala Lumpur 1998
  • 8 Ralph Hutton (CAN), natation, Kingston (Jamaïque), 1966
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Markus Thormeyer... (Photo David Gray, Reuters) - image 2.0

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Markus Thormeyer

Photo David Gray, Reuters

Un sommet depuis 1998

Les nageurs canadiens ont remporté 20 médailles à Gold Coast, dont cinq en paranatation, un sommet depuis les 21 de Kuala Lumpur en 1998. Sans surprise, les Australiens ont dominé le tableau avec 73 médailles, suivis des Anglais avec 24. Sans surprise encore, les nageuses ont obtenu la vaste majorité des podiums canadiens (18). Markus Thormeyer (bronze 100 m dos) et Philippe Vachon (200 m QNI SM8) ont sauvé la mise chez les hommes. Ce déséquilibre des sexes serait-il en voie de se résorber ? À l'issue des Championnats nationaux de Montréal, dimanche, Natation Canada a annoncé une équipe de 16 femmes et 13 hommes en vue des Championnats panpacifiques juniors de Suva, aux Fidji (du 23 au 27 août). Un seul Québécois y sera, Loïc St-Martin, du club CAMO.

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L'au revoir de Caldwell

Autre signe de santé pour la natation canadienne, l'annonce de la retraite d'une médaillée olympique n'a rien de catastrophique. Hilary Caldwell, qui a remporté le bronze à Rio, a tiré sa révérence après sa cinquième place à Gold Coast au 200 m dos. Kylie Masse, quadruple médaillée, et Taylor Ruck venaient d'obtenir l'or et l'argent...




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