Des virus mangeurs de bactéries résistantes lui sauvent la vie

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En novembre dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti que si rien n'était fait pour éviter le mauvais usage des antibiotiques ou trouver de nouvelles molécules, le monde allait se diriger vers «une ère post-antibiotique, dans lequel les infections courantes pourront recommencer à tuer».

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Elisabeth ZINGG
Agence France-Presse
Paris

Après 49 interventions et une infection nosocomiale résistante aux traitements qui ne lui laissait que l'amputation comme perspective, Christophe, qui a craint pour sa vie, a réussi à sauver sa jambe grâce à une méthode oubliée depuis l'avènement des antibiotiques: des virus mangeurs de bactéries.

Pour aboutir à ce résultat, le Français Christophe Novou, dit Picot, 47 ans, a dû se rendre en Géorgie, l'un des très rares pays de l'ex-bloc soviétique où la phagothérapie est encore proposée.

Depuis une quinzaine d'années, cette thérapie ancienne fait pourtant l'objet d'un regain d'intérêt dans des pays comme les États-Unis, la Belgique ou la France, parallèlement au développement de l'antibiorésistance, c'est-à-dire la résistance croissante des microbes aux antibiotiques, un défi à l'échelle de la planète.

En novembre dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a averti que si rien n'était fait pour éviter le mauvais usage des antibiotiques ou trouver de nouvelles molécules, le monde allait se diriger vers «une ère post-antibiotique, dans lequel les infections courantes pourront recommencer à tuer».

«La phagothérapie pourrait être utilisée dans les infections qui touchent les os et les articulations, mais également dans d'autres infections, urinaires, pulmonaires, oculaires», relève le Dr Alain Dublanchet, l'un des pionniers de la réintroduction de cette thérapie en France qui a participé à un colloque sur ce thème récemment à Paris.

Découverte pendant la Première Guerre mondiale et développée dans les années 20 et 30, la phagothérapie est basée sur l'utilisation de virus mangeurs de bactéries (ou phages) qu'on trouve en très grande quantité dans la nature (eaux usées notamment) ou dans le corps humain (dans l'intestin, par exemple).

Ces virus ont une activité plus limitée que les antibiotiques, ne détruisant que certaines souches d'une bactérie, mais ne provoquent pratiquement jamais d'effets secondaires graves dans l'organisme soigné, indique le Dr Dublanchet qui précise avoir «guéri» une quinzaine de patients au total ces dernières années.

Le traitement est généralement court (deux à trois semaines) et nettement moins onéreux que les antibiotiques.

Les labos peu intéressés

Mais le développement de la phagothérapie se heurte au manque d'intérêt des grands laboratoires parce que les phages sont issus de la nature et donc «non brevetables».

«Les laboratoires ont abandonné ce centre d'intérêt parce que le retour sur investissement est jugé trop faible», note l'infectiologue Jean Carlet, consultant à l'OMS.

Quelques start-ups commencent néanmoins à s'intéresser à ces bactériophages, classés comme des médicaments par l'Union européenne (UE) depuis 2011.

Mais aucun phage n'est encore autorisé chez l'homme en raison notamment de la nécessité de procéder à des essais cliniques «qui peuvent prendre de nombreuses années et qui coûtent cher», rappelle le Dr Jean-Paul Pirnay, de l'hôpital militaire Reine Astrid à Bruxelles, l'un des rares établissements qui travaillent sur la phagothérapie en dehors de l'ex-bloc soviétique.

Aux États-Unis, les seuls phages commercialisés actuellement sont destinés à protéger les aliments contre des infections bactériennes.

L'UE a lancé en 2013 un premier projet dans ce domaine, baptisé «Phagoburn» pour tester des phages contre des bactéries résistantes s'attaquant aux plaies de grands brûlés. Douze patients au total, originaires de France, Belgique et Suisse, doivent participer à l'essai.

Sans en attendre les résultats, l'agence française du médicament ANSM a donné sa première autorisation de traitement à titre compassionnel en novembre dernier pour un brûlé grave.

«Si je ne m'étais pas battu, je ne serai plus là», note de son côté Christophe Novou qui a déboursé environ 8000 euros au total en 2013 pour se faire soigner à Tbilissi. Des dizaines, voire des centaines d'autres Français ont eux aussi tenté leur chance. «La plupart sont revenus améliorés, mais il faut souvent faire de la chirurgie», précise le Dr Dublanchet.

Pour l'infectiologue, aujourd'hui à la retraite, «il n'est pas question  de remplacer l'antibiothérapie par la phagothérapie, mais de les associer». Il plaide également la prudence en ce qui concerne l'impact éventuel d'une phagothérapie à grande échelle sur l'environnement. «On risque de changer l'environnement global de la chaîne de la vie», avertit-il.

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