Affaire des cellules Stap: recherches interrompues

Le 29 janvier 2014, Haruko Obokata avait présenté... (Photo archives Associated Press)

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Le 29 janvier 2014, Haruko Obokata avait présenté sa méthode chimique de création de cellules revenues à un stade quasi embryonnaire. Le lendemain, ses travaux étaient publiés dans la revue scientifique Nature.

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Karyn NISHIMURA-POUPEE
Agence France-Presse
TOKYO

«Les recherches sur les cellules Stap sont stoppées»: en faisant cette annonce vendredi, le laboratoire public japonais Riken signe la fin d'une saga de près d'un an et le pitoyable échec d'une jeune chercheuse pourtant initialement jugée si prometteuse.

«Nous n'avons pas pu reproduire le phénomène des cellules Stap et avons décidé d'interrompre les expériences», a expliqué un directeur de recherche du Riken, Shinichi Aizawa, lors d'une conférence de presse.

Le 29 janvier 2014, Haruko Obokata avait présenté sa méthode chimique de création de cellules revenues à un stade quasi embryonnaire. Le lendemain, ses travaux étaient publiés dans la revue scientifique Nature.

Elle y expliquait comment créer ces cellules indifférenciées et capables d'évoluer en divers organes ou tissus à partir de cellules matures, par un procédé inusité et relativement simple en apparence.

La découverte des cellules Stap était alors considérée comme extraordinaire et potentiellement révolutionnaire pour le développement de la médecine régénérative.

Le 29 janvier 2014 était de type «butsumetsu», un jour néfaste dans le calendrier japonais. Depuis, la jeune femme vit un enfer.

Quelques jours après la publication dans Nature, des soupçons sont nés sur la véracité des données présentées. Une commission d'enquête du Riken a conclu à la contrefaçon de visuels, et de facto remis en cause l'ensemble des éléments présentés ainsi que l'existence même des cellules Stap.

La chercheuse, entretemps hospitalisée, a fait appel, mais a été déboutée, et Nature a fini, avec le consentement soutiré à l'intéressée et l'approbation des 13 coauteurs, par retirer début juillet les articles en question.

Ce scandale a pris début août un tour tragique avec le suicide d'un des protagonistes, le professeur Yoshiki Sasai, une éminence du monde de la recherche cellulaire qui avait aidé Mme Obokata à mettre en forme ses articles.

«Prouve l'existence des cellules Stap», avait-il écrit à sa cadette dans une lettre-testament.

Le laboratoire Riken a décidé de poursuivre des investigations, dans un premier temps avec des chercheurs tiers, sans résultats concluants, puis séparément avec Mme Obokata en personne, placée sous haute surveillance.

Ce sont ces expériences qui n'ont pas permis de reproduire le phénomène et ont conduit le Riken à renoncer à toutes les recherches trois mois avant l'échéance initialement définie.

Une issue décourageante

«La fraude découlant de l'inexpérience ne peut être tolérée. La conclusion est que les cellules Stap n'existent pas», s'est empressé de déclarer le ministre de la Science, Hakubun Shimomura.

Mme Obokata, qui était devenue en quelques jours la coqueluche des médias nippons lors de la présentation de ses travaux fin janvier avant d'en devenir la proie, n'était pas présente à la conférence de presse de vendredi.

Dans un commentaire écrit, diffusé à la presse, elle s'excuse pour le trouble causé et déplore le fait que les choses se terminent ainsi: «j'ai travaillé sans relâche pour présenter des résultats, maintenant je suis simplement exténuée».

Celle qui avait affirmé en avril «les cellules Stap existent, j'en ai créé plus de 200 fois», dit avoir été «soumise», durant les tests ces trois derniers mois, «à des restrictions qui dépassaient de loin ce qu'elle aurait pu imaginer».

«Elle a demandé à quitter le laboratoire, et nous avons accepté sa démission», a expliqué le Riken qui prévoit néanmoins de la sanctionner ultérieurement.

Cette fin ne saurait satisfaire la communauté scientifique: car nul ne sait finalement si les cellules Stap existent ou non. Et cette question restera sans réponse, à moins que Mme Obokata ne persiste ailleurs ou qu'un autre chercheur ne s'empare du sujet.

«Nous ressentons une forte responsabilité dans les effets que cette affaire pourra avoir sur la crédibilité de la recherche scientifique japonaise», a reconnu M. Aizawa.

Au-delà, d'aucuns s'interrogent sur les motivations de l'acharnement dont a aussi été victime Mme Obokata, un profil exceptionnel dans le milieu masculin et grisonnant de la recherche.

Cette triste histoire et le traitement médiatique assassin dont elle a parfois fait l'objet au Japon ne vont en tout cas pas encourager les femmes à faire carrière dans la science, une orientation qu'elles ne prennent déjà que trop rarement.

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