Lèpre: 200 000 cas par an malgré un traitement efficace et gratuit

Une personne atteinte de la lèpre est traitée... (PHOTO JUNIOR D. KANNAH, AFP)

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Une personne atteinte de la lèpre est traitée à l'hôpital de la Rive de Kinshasa, en République démocratique du Congo, le 25 janvier.

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Olivier THIBAULT
Agence France-Presse
Paris

Grâce à un traitement efficace et gratuit, la lèpre, dont on célèbre ce week-end la 60e journée mondiale, n'est plus la maladie terrible qu'elle était pour les pays pauvres, mais touche toujours plus de 200 000 personnes par an.

Maladie contagieuse à évolution très lente, causée par une mycobactérie, la lèpre s'attaque aux nerfs et muscles, et finit par provoquer paralysie et infirmités définitives des membres et des yeux si elle n'est pas traitée à temps.

Spécialiste de la lèpre, le Britannique Stewart Cole reconnaît qu'il «y a eu d'énormes progrès dans le traitement et la maîtrise de l'épidémie. 16 millions de malades ont été traités par polychimiotherapie (PCT) et guéris.»

Ce traitement composé de trois antibiotiques, mis au point dans les années 80, est mis gratuitement à disposition dans les pays pauvres par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1995. Il permet de tuer le bacille et guérir un malade en six à douze mois.

De fait, après plusieurs campagnes de dépistage et traitement, «la lutte contre la lèpre s'est considérablement améliorée», note l'OMS dans un point sur la maladie réalisé en 2012. Elle reconnaît néanmoins «que de nouveaux cas continuent de se produire dans pratiquement tous les pays d'endémie» avec des «poches» où la maladie est encore très présente.

«Depuis quatre ou cinq ans le nombre de nouveaux cas chaque année reste relativement stable avec plus de 200 000», souligne le Pr Cole qui dirige le Global Health Institute de l'École polytechnique de Lausanne.

D'après les chiffres de l'OMS, 219 075 nouveaux cas de lèpre ont été dépistés en 2011, contre 228 474 en 2010 (-4%)) et plus de 400 000 cas en 2004.

«L'OMS commence à se poser des questions. Ils nous ont dit pendant des années que si on continuait d'appliquer la PCT, l'incidence allait petit à petit atteindre zéro, mais ce n'est pas le cas et cela nous préoccupe», déclare le Pr Cole qui préside la Commission médicale et scientifique de la Fondation Follereau.

Projet de vaccin

Autre spécialiste de la lèpre, le médecin béninois Roch Christian Johnson souligne que la lèpre en Afrique demeure «endémique là où les systèmes de santé sont faibles avec des centres de santé éloignés de la population».

Dans les régions reculées, le dépistage précoce est difficile, souligne-t-il. Résultat: 12.000 personnes sont diagnostiquées chaque année en phase avancée et des séquelles irréversibles.

Dans un centre de soins pour lépreux à Davougon au Bénin, le père Christian Steunou témoigne: «Quand j'ai commencé il y a 40 ans, la lèpre, c'était La maladie. Les gens ne nommaient jamais la lèpre, il disait La maladie.»

«Aujourd'hui ,c'est une maladie parmi d'autres. Ce n'est plus une maladie grave, mais une maladie méconnue qui hélas n'intéresse plus beaucoup de soignants et qui pourrait revenir si on n'y prend pas garde», indique-t-il dans un entretien par téléphone .

Il explique diagnostiquer encore de nombreux cas «multibacillaires», c'est à dire la forme la plus riche en bacilles et virulente. «Nous découvrons trop de cas multibacillaires, c'est à dire très contagieux, ce qui veut dire que dans 10 ou 20 ans nous découvrirons de nouveaux lépreux qui auront été contaminés aujourd'hui».

La persistance de la maladie dans certaines poches malgré l'efficacité des traitements pourrait s'expliquer par l'existence de réservoirs du bacille ailleurs que chez l'homme, en particulier chez certains animaux, selon le Pr Cole.

Ses recherches ont permis de démontrer que certains tatous, un mammifère à carapace, étaient aux États-Unis porteur du bacille de la lèpre, ce qui pouvait expliquer certaines mystérieuses contaminations chez l'homme en Louisiane et au Texas.

Une équipe américaine de Seattle travaille actuellement à un projet de vaccin et va demander l'autorisation pour un tout premier essai (phase 1), explique le Pr Cole.

«L'idée de vacciner pourrait être très utile dans les coins reculés pour immuniser toute une population. Mais c'est un travail de longue haleine», déclare-t-il.

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